Scary Movie, c’est forcément un bon souvenir d’adolescent. On est en 2000, les slashers battent leur plein au cinéma. Notamment un en particulier, Scream. Cela tombe bien, les frères Wayans décident de parodier la saga de Wes Craven avec leur propre long-métrage, Scary Movie. Déjà parce qu’ils savent faire, à l’image quelques années plus tôt de Spoof Movie. Ensuite, parce que le terrain d’expression s’y prête.
Avec Destination Finale, Souviens-toi l’été dernier et donc Scream, Keenen Ivory Wayans (derrière la caméra), Marlon et Shawn Wayans (devant la caméra et à la plume) ont de quoi faire. Et ça marche. Avec 278 millions de dollars au box-office, le premier Scary Movie est une réussite et relance l’intérêt du public pour la parodie cinématographique. Car dans le film des Wayans, tout y passe. Les films d’horreur à la mode mais aussi la culture populaire du moment. La politique et la société. Tout, on vous a dit.
Un retour sous forme de promesse paternelle
Le conte de fées dure un temps. La potion magique délivrée par les Wayans, pourtant réputés pour leur art de la dérision, vient à s’épuiser. De toute façon, les frères ne sont plus dans les projets des 3, 4 et 5 (jamais sorti en France) et, coïncidence ou non, les recettes de ces suites ne font que plonger. Scary Movie se meurt, autant par un manque d’intérêt du public, qu’une qualité de film et d’écriture en baisse, et des figures mythiques de la licence aux abonnés absentes (Regina Gall et Anna Faris) sur la fin. Alors quand Scary Movie 6 s’annonce, avec le retour de Keenen, Shaw et Marlon Wayans à l’écriture et rapatrie avec lui les actrices emblématiques des premiers films, forcément, on y croit. Même vingt-six ans après.

Casting d’origine, scénaristes d’origine et promesses d’un humour qui ne plaira pas à tout le monde : sur le papier, ce sixième épisode a des atouts. Il est surtout porté par la promesse de plusieurs fils à leur père, qui souhaitait voir ses rejetons collaborer de nouveau ensemble. Et les premières bandes-annonces avaient donné le ton du leitmotiv du film : personne ne sera épargné. Et c’est le cas. Pour mieux tirer à boulets rouges sur tout le monde, Scary Movie 6 s’attache d’abord à retrouver l’essence du début : avoir un fil rouge au milieu de tous ses nombreux gags et de ses références à gogo.
Un sixième épisode avec Scream 6 et Scream 7 comme base narrative
Le fil en question ici n’est autre que la saga Scream, comme à l’époque du premier, avec un mélange entre l’intrigue en monde ouvert du 6 et le retour de Neve Campbell dans le 7. On retrouve donc Cindy, sa meilleure amie Brenda, Shorty, toujours accro à la défonce, Ray, toujours en conflit intérieur avec sa sexualité, Doofy et Gail. Tout ce petit monde est dans la ligne de mire de Ghostface, de retour pour se venger. Tous ont vieilli et ont construit tant bien que mal leur vie après les incidents du premier Scary Movie, à l’image de Cindy, qui a eu deux filles qu’elle néglige volontairement pour ne plus être dans le collimateur d’un quelconque tueur en série. Evidemment, c’est autour des filles de Cindy que l’histoire va se construire, avec un focus par-ci, par-là, du côté des autres protagonistes de l’époque, Sara et Mardi, parodie évidente du personnage de Mercredi, star de la série d’horreur éponyme.
Les références sont nombreuses et pratiquement toutes évidentes. Scary Movie 6 parodie les derniers films d’horreur et les plus grands aussi comme Halloween, avec une Cindy plus proche de Jamie Lee Curtis que Neve Campbell finalement, Scream donc, Smile, Evanouis (et c’est très drôle), Get Out, Terrifier (drôle), Sinners (là aussi c’est marrant), MEGAN ou encore The Substance. Mais on a aussi droit à des films d’autres genres, comme Michael, qui avait fuité lors de la dernière bande-annonce ou encore Wicked.
Si même Teyana Taylor s’y met…
D’ailleurs, on trouve un peu dommage que la grande majorité des films parodiés soit connue avant de s’installer dans la salle. Un peu de surprise n’aurait pas été de refus. Toutefois, cela ne gâche pas le plaisir de les retrouver et de revivre sous un angle totalement absurde certaines de leurs grandes scènes, d’autant que le film arrive à nous surprendre par moments. On pense à l’introduction avec Teyana Taylor, qui n’hésite pas à caricaturer son rôle de féministe dans Une Bataille après l’autre… avec une petite critique pour l’absence d’Oscar pour sa performance remarquée dans le film de Paul Thomas Anderson.

Mais plus que les longs-métrages cités et ceux qu’on n’a pas cité d’ailleurs (et il y en a) et les parodies de moments cultes de ces films, c’est le ton et le discours employé tout au long de Scary Movie 6 qui marque et risque de faire débat. Les balles fusent et on comprend mieux pourquoi les équipes du film ont promis que tout le monde prendrait cher. On retrouve bien les thèmes de l’époque, comme le racisme et un humour graveleux très porté sur ce qui se passe en-dessous de la ceinture. Mais pas que.
Tout le monde, mais vraiment tout le monde, en prend pour son grade
Demi Moore en prend une belle et la considération des films d’horreur, comme The Substance, par l’industrie aussi. Ça, c’est pour le cinéma. Kai Cenat, présent dans le film, la mode des subathon et la course au sensationnel en ligne et ses dérives, ont droit à leur petit tacle. Ça, c’est pour les streamers. Cindy qui se fait agresser en plein hôpital sous les yeux du corps médical qui n’intervient pas, revendiquant son droit de pause ? Ça, c’est pour la Gen Z.
Le Covid y passe aussi, Meetoo, la trend du 6-7, les dossiers Epstein, la politique de Trump, les conditions de sa deuxième élection et la milice anti-immigration (ICE) également. Vu le contexte de notre société et les positions des uns et des autres, il est clair que Scary Movie 6 ne plaira pas à tout le monde. Certains s’offusqueront peut-être et il serait alors bon de leur rappeler que les premiers films n’ont jamais épargné personne avant. Que la parodie et la critique sous-jacente derrière elle concerne toujours les deux faces d’un même thème, comme la communauté LGBTQ, les personnes transgenres et la transphobie. Et que l’intérêt de cette suite est de respecter cet ADN, aussi. “C’est la faute aux jeux vidéo, pas à l’alcool et aux parents absents”, voilà une des phrases que l’on peut entendre dans le film et qui vise juste, au moment où l’on ne désigne pas toujours les bons coupables. Tout n’est pas drôle, loin de là et c’est parfois la limite du genre, éprouvée avant par la saga des Y a-t-il ? dont Scary Movie s’est toujours clairement inspiré dans son approche. Oui, parfois c’est lourd et c’est intentionnel. Oui, parfois, la vanne tombe un peu à côté et c’est le risque. Mais la force du film, c’est d’enchaîner suffisamment de vannes pour décrocher rires et sourires, pour peu qu’on ait envie et qu’on sache (encore ?) rire de tout. Son véritable souci alors, finalement ? Son enchaînement un peu incohérent de situations parfois, qui nous donne véritablement le sentiment de juste voir un amoncellement de blagues, sans véritable structure narrative derrière et ce, malgré l’idée de suivre tout ce petit monde tenter de démasquer GhostFace. On va dire que certaines scènes se marient mieux que d’autres.

Mais il y a aussi beaucoup de créativité dans ce film, et il faut le souligner, avec une référence sous forme de clip au phénomène K-Pop Demon Hunters (grand moment visuel) ou encore une course poursuite dans les couloirs d’un hôpital entre Ghostface et Mardi au ralenti, suite à une consommation involontaire de produits. Seul le succès en salles déterminera si Scary Movie 6 a réussi son pari et donner envie aux gens de revoir encore une fois toute cette bande. Mais le film a tenu sa promesse : il nous a choqué (un peu), on a ri (beaucoup) et le moment était sympa. Les trois credos de la licence, en somme non ?
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