Critique

Critique Interstellar : IN-TER-STEL-LAIRE !

Cinéma

Par Pierre le

Avec Interstellar, notre génération obtient enfin le chef d’oeuvre de science-fiction qu’elle mérite.

3

Critique garantie sans spoilers

Christopher Nolan est maintenant une valeur sûre. Et lorsque qu’en 2012 le bonhomme avait annoncé travailler sur un projet racontant l’histoire d’explorateurs spatiaux voyageant dans le temps et l’espace via des trous noirs, le tout basé sur les théories de Kip Thorne, tout le monde s’est un peu gratté la tête en se demandant : “Qu’est qu’il va bien pouvoir nous inventer, encore ?”. Le train de la hype s’est ensuite mis en route avec les trailers. Le tout nous conduit jusqu’à la date fatidique du 5 novembre 2014, où le réalisateur va lâcher au grand public la meilleure création de sa filmographie.

Interstellar, ce n’est pas un film de science-fiction. Ce n’est même pas un film de hard-science. C’est une oeuvre traitant de l’exploration, qu’importe sa forme. Des sacrifices que sont capables de réaliser une poignée d’êtres humains pour tenter de faire avancer l’humanité. Jusqu’où sommes nous prêts à aller alors que l’on est au pied du mur ? Sommes nous capables de sacrifier l’amour que nous portent nos proches pour tenter de sauver le monde ? Sommes-nous prêts à accepter un sort pire que la mort pour arriver à nos fins ?

Voici Cooper, notre héros
Voici Cooper, notre héros

Nous suivons donc Cooper, joué par un Matthew McConaughey en mode Rust Cohle, tout au long de son aventure, son odyssée. Balancé à travers l’espace et le temps, il doit trouver un nouveau foyer à une humanité vivotante sur une Terre à l’agonie. À bord de l’Endurance, lui et son équipage vont aller au-delà des étoiles, encore plus loin que ce que la conscience humaine peut imaginer aujourd’hui.

L’odyssée de l’espace

Interstellar emprunte beaucoup à 2001, Nolan ne s’en cache pas. Que ce soit dans les plans, les thèmes, les ambiances, les couleurs… Beaucoup de choses font penser au film de Kubrick. Mais Chris Nolan ne cherche pas seulement à singer l’un de ses maîtres. Tel un vaisseau fragile se servant de la gravité d’une planète massive, il se sert de cet héritage pour se propulser dans les étoiles, afin de nous donner quelque chose de différent, de nouveau, nous sortant de notre zone de confort. Il serait stupide de dire qu’Interstellar est meilleur que 2001, cela n’aurait pas de sens. Mais le film assume entièrement sa paternité, tout en nous racontant sa propre épopée et en développant ses propres idées.

Interstellar nous transporte dans des mondes inconnus
Interstellar nous transporte dans des mondes inconnus

L’espace n’a jamais été aussi beau avec Interstellar. Le film de Nolan est tout simplement la création cinématographique offrant les plus beaux paysages interstellaires. Vous aurez le souffle coupé devant ces longs plans séquences spatiaux et extraterrestres. Même les plans terrestres sont empreints de mélancolie, avec ces champs de maïs quasi-infinis, recouverts de poussière et de nostalgie du temps passé. Nolan a soigné son ambiance, comme il le fait toujours, et nous voilà transportés dans cet univers si personnel, si triste, mais en même temps si grandiose. Un univers où la notion de temps est reine et apporte un sentiment d’urgence à chaque seconde du film.

Le tout est magnifiquement servi par la musique d’un Hans Zimmer qui a cette fois délaissé les violons pour les synthés. Le tout rappelle furieusement les BO des films de SF des années 80, et ce n’est pas pour nous déplaire. Cependant, nous regrettons l’absence de thème fort, Zimmer préférant ponctuer l’oeuvre de Nolan de musiques d’ambiance délicieusement planantes.

Spaceception

Interstellar est une odyssée éprouvante. À la fin des trois heures de film, vous en sortirez lessivé, épuisé, vanné. Interstellar est plus qu’une fiction, c’est une véritable épopée, lente, réfléchie, dans laquelle le spectateur doit s’investir à chaque seconde. Chaque élément prend du temps à se mettre en place pour nous raconter son histoire dense, comme a l’habitude de faire Chris Nolan. Ce rythme s’adapte très bien au thème de l’exploration où chaque découverte, si minime soit-elle, est un événement important. Un rythme qui s’accélère à peine lors du final, ce qui ne nous donne pas l’impression d’une fin rushée et coupée à la hache pour mieux entrer dans les carcans d’Hollywood.

La relation entre Cooper et sa fille Murphy est au cœur du film
La relation entre Cooper et sa fille Murphy est au cœur du film

Interstellar, c’est également une oeuvre abstraite, mystique. Si le tout est traité sur le ton de la hard-science, Nolan n’hésite pas à semer quelques éléments surnaturels (comprendre non expliqués par la science), qui laissent l’imagination du spectateur s’envoler au gré des révélations. N’ayez pas peur, le tout est encore magnifiquement écrit, pensé, calculé pour contribuer à cet aspect découverte de l’inconnu.

Verdict

Vous l’aurez compris, nous avons bien aimé Interstellar. Mieux, ce film nous a touché, transporté. Pendant trois heures, nous n’étions plus sur Terre, mais aux côtés de Cooper, l’accompagnant au gré de ses découvertes et de ses péripéties. Interstellar est un film qui va marquer son époque, tant pas son thème que par son histoire poignante et saisissante.

Pour résumer, Interstellar est bien plus qu’un film. C’est un trou noir dans lequel le spectateur doit volontairement se plonger pour vivre une véritable expérience de cinéma.

Anne Hathaway est de la partie
Anne Hathaway est de la partie