Critique

[Critique] Jurassic World Fallen Kingdom : Le dinosaure, un monstre comme les autres ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Trois ans après la sortie du premier Jurassic World, Juan Antonio Bayona livre avec Fallen Kingdom un épisode de transition. Un divertissement digne de l’héritage de Spielberg ?

Jurassic Park sort en 1993, et devient en quelques années un monument du cinéma. Spielberg livre un spectacle total, qui touche l’ensemble des générations de l’époque. En un seul film, le réalisateur donne vie à un rêve de paléontologue… Et un cauchemar de spectateur. Le dinosaure sort de l’encyclopédie et alimente une « dinomania » sans précédent. A lui seul, il devient une proposition de cinéma formidable : un prédateur naturel qui à l’avantage d’avoir véritablement existé. Cette fascination face au réel permettra d’enchainer deux épisodes très lucratifs malgré une qualité inégale.

Avec Jurassic World, Colin Trevorow se devait de relancer la licence. Et si son opus se présente plus comme une resucée juvénile de l’œuvre originale, celui de Juan Antonio Bayona devait véritablement faire décoller cette nouvelle trilogie.

Depuis la destruction du nouveau parc, les dinosaures sont livrés à eux-mêmes sur Isla Nubar. Mais lorsque le volcan de l’île s’apprête à rentrer en éruption, Owen et Claire s’organisent pour leur éviter une mort certaine. Il lance donc une grande opération aidée par les hommes du richissime Lockwood, mais se rendent rapidement compte que ce sauvetage a un tout autre but.

Un tel synopsis ne laisse que peu de place à la surprise. Plus encore que l’opus précédent, Fallen Kingdom n’a pas l’intention de cultiver un mystère autour de ces bêtes majestueuses. Il nous les balance dès lors gaiement au visage. La tension qui entourait la découverte de l’un d’entre eux s’est évanouie pour laisser place à des fresques certes impressionnantes, mais moins inspirées.

Si l’utilisation de l’animatronique laisse forcement sa place au numérique (mais pas complètement), force est de constater qu’Industrial Light & Magic a effectué un travail dantesque. Il s’agit certes d’un pur film de post-production mais le résultat final impressionne. Il devrait d’ailleurs laisser les plus jeunes complètement ébahis.

Le choix du réalisateur catalan est plutôt judicieux. Visiblement engoncé dans les desiderata d’un blockbuster de cette envergure, l’espagnol arrive néanmoins à extraire des moments forts et montrent qu’il tient encore les rênes de son roller-coaster. C’est notamment le cas lors d’une scène de noyade en pleine mer, ou d’un cache-cache mortel dans le manoir de Lockwood. Malgré quelques baisses de rythme, le film retombe toujours sur ses pattes.

Alors que Goldblum agissait comme une soupape amusante face aux dangereux dinosaures, le film choisit ici clairement l’humour. Le casting ne s’en cache pas. Chris Pratt est plutôt convaincant en sympathique boute-en-train, mais c’est plus compliqué pour Bryce Dallas Howard, dont le visage figé ne semble pas s’être extirpé de sa partition dans Black Mirror.

Il ne peut néanmoins pas grand-chose face à la faiblesse du scénario de Trevorow, qui n’étonne jamais. Un peu comme le récent remake de La Planète des Singes avant lui, cet épisode fait office de transition logique avant une bataille généralisée. Enfermées, les bêtes se libèrent de leur condition pour se retourner contre leur bourreau. Un postulat plus crédible lorsqu’il s’agit d’un de nos ancêtres directs.

Les dinosaures sont donc les acteurs principaux du film. Un rôle qui leur va plutôt bien, mais qui finit par dénaturer leur essence. « Personne n’est impressionné par un dinosaure aujourd’hui » déclamait le personnage d’Howard dans le premier Jurassic World. Preuve en est, le scénario s’efforce constamment d’en créer des plus effrayants. Après deux heures de bruit et de fureur, ils n’ont plus grand-chose à envier à King Kong ou Godzilla. C’est dommage, car c’est bel et bien leur véracité qui les rendait fascinants.

Notre avis

Jurassic World : Fallen Kingdom est un pur épisode de transition, qui finit de marquer la césure entre l’ancienne et la nouvelle trilogie. Bien qu’il dispose d’une faible marge de manœuvre, J.A Bayona arrive à livrer quelques scènes qui ne manqueront pas d’impressionner les spectateurs, notamment les plus jeunes. On regrette néanmoins que la surexposition des dinosaures ne les relègue à de simples monstres, et réduise grandement la tension liée à leur présence. Un spectacle divertissant, où le rire a hélas trop pris le pas sur la peur.

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