Critique

Critique : Jurassic World – Remakosaurus

Cinéma

Par Pierre le

Jurassic Park a marqué son époque et l’histoire du cinéma. Le film de 1993 a eu droit à deux suites puis la saga a été mise en sommeil en 2001. Elle revient sur les écrans en cette année 2015 avec Jurassic World. Même si le réalisateur Colin Trevorrow a réussi son pari, son film tient plus du remake que de la suite.

Screenshot

Génération Jurassic Park

Avant toute chose, je tiens à préciser deux ou trois choses sur Jurassic Park. Je suis un enfant de la génération dinosaures et lorsque le premier film est sorti en 1993, j’avais sept ans. Et comme tous les gamins de l’époque, j’étais un très grand fan du film, j’avais (et j’ai toujours) des tonnes de dinosaures en plastique dans ma chambre, je me passionnais sur le sujet et je voulais devenir paléontologue.

JP-TimMurphy

Comme beaucoup de gosses, j’ai donc été la victime (consentante) de la dinomania. Et depuis mes sept ans, Jurassic Park reste mon film préféré. Jamais un film m’a remis une telle claque dans ma vie. Je suis capable de réciter le script par cœur bien que je découvre à chaque fois de nouvelles choses quand je le revois. Bref, Jurassic Park fait tout simplement partie de ma vie, pour toujours. Autant dire que lorsque Jurassic World a (enfin !) été annoncé, j’oscillais entre excitation et appréhension.

Critique garantie sans spoilers

L’histoire se déroule vingt-deux ans après l’échec d’Hammond sur Jurassic Park. Depuis, Isla Nublar a été reprise des pattes des dinosaures et le parc est enfin ouvert. Adieu Jurassic Park, bienvenue à Jurassic World ! Mais vous le savez (et l’espérez), tout va partir en sucette à un moment ou un autre.

Le parc est ouvert !
Le parc est ouvert !

Qu’on se le dise de suite, Jurassic World ressemble plus à un remake de Jurassic Park qu’à une vraie suite. Une suite hommage qui met à la trappe Le Monde Perdu et Jurassic Park 3. Colin Trevorrow nous sert la même histoire, les mêmes enjeux, les mêmes archétypes de personnages que dans le premier épisode… mais en plus gros, plus impressionnant. Pire que cela, le film suit grosso modo la même progression que son aîné et certaines scènes sont des copier/coller maladroit, rien de plus. Les plus optimistes crieront à l’hommage, les autres au repompage sans âme.

Nous retrouvons les mêmes archétypes de personnages que dans le premier film
Nous retrouvons les mêmes archétypes de personnages que dans le premier film

Car voilà le problème de Jurassic World. Loin d’être un mauvais film, il s’enferme lui-même dans la prison de l’hommage et du fan service à outrance. Trevorrow est un fan de JP, et cela se sent. Néanmoins, nous aurions aimé que le réalisateur prenne plus de risques, affirme sa personnalité et arrête de vouloir absolument montrer à Spielberg qu’il a bien aimé son film. Un déroulement trop scolaire pour un Jurassic World qui recèle pourtant d’idées sympas.

Dis donc, tu viens plus aux soirées ?

Un parc ouvert avec des dresseurs (Chris Pratt et Omar Sy) qui tentent de contrôler les Raptors tels des tigres. Un dino mutant créé de toutes pièces car les gens ne sont plus impressionnés par les autres animaux. Des attractions en fonctionnement. Le film en a plein, des idées. Malheureusement, Trevorrow veut en montrer trop et Jurassic World aurait tout de même gagné à être moins dense. Alors que le premier film se concentrait sur Grant et nous présentait les autres personnages par son prisme, Trevorrow s’éparpille, se focalisant sur des personnages qui n’ont aucun lien entre eux. Il faut attendre un peu avant que les pièces du puzzle se mettent en place et pour que le spectateur commence à s’attacher aux différents protagonistes.

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Ces premiers paragraphes vous décrivent un film horrible à ne surtout pas aller voir, j’en ai bien conscience. Mais attendez un peu avant de crier au viol de licence. Jurassic World n’est pas un mauvais film. A vrai dire, on ne s’ennuie pas et nous sommes emportés par l’histoire (même si elle se montre prévisible). De plus, certaines séquences nous rappellent les bons moments de la licence et nous donnent des frissons. Comme la première attaque de l’Indominus Rex ou la découverte du parc sur le thème musical du géniallissime John Williams. Malgré une première partie brutale dans sa densité, le spectateur finit par s’attacher aux personnages et même les moins importants ont droit à leur petite séquence. Mention spéciale à Omar Sy qui dresse les raptors en leur parlant français.

Trop de fan service tue le fan service
Trop de fan service tue le fan service

Jurassic Park reste le roi

Jurassic World est donc une suite/remake scolaire qui pète légèrement les plombs sur la fin. En plus de vouloir titiller les fans dans le sens du poil (mais nous ne sommes pas dupes !), le réalisateur abuse légèrement sur les dinos, au point de nous donner un final qui frise avec le grand guignol. Pendant un instant, je me suis demandé si j’étais bien devant Jurassic World ou le dernier Transformers, et c’est dommage. Pour Jurassic Park, les limitations de l’époque ont obligé Spielberg à faire des dinosaures un peu lourds, patauds, mais dangereux. Dans ce quatrième épisode, les dinos en 3D sont plus souples et il est possible d’en mettre beaucoup plus, beaucoup trop. Dommage.

Dino

Pour finir, parlons un peu des effets spéciaux. Jurassic Park a été une claque dans ce domaine en 1993 et il est toujours étonnant de voir que les dinos de l’époque sont mieux faits que ceux d’aujourd’hui. Spielberg avait utilisé des animatronics en plus des effets 3D (naissants). Le résultat ? Des dinos à l’aspect réel, palpable.

Plus de 20 ans plus tard, il est toujours étonnant de voir que les effets en full 3D se montrent moins réussis que les techniques à l’ancienne. Dommage, d’autant plus que Trevorrow a choisi d’utiliser des animatronics pour certaines séquences (trop peu nombreuses). Cela fait également tâche de voir que le premier plan du film montre un dino sortant de son oeuf… le tout en 3D à l’effet bien artificiel. Dans ce domaine, JP reste le roi.

Verdict

Bref, vous l’aurez compris, Jurassic World n’est pas un mauvais film. C’est même un film assez réussi, loin de la catastrophe annoncée. Plus proche du remake que de la suite, Jurassic World aurait mérité plus de personnalité, plus de prises de risques et moins de fan service. Mais vous savez quoi ? Ce sera pour la prochaine fois, puisqu’un Jurassic World 2 (un Jurassic Park 5, donc) est déjà en chantier.

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Pour vous donner un ordre d’idée, j’ai trouvé ce Jurassic World plus réussi que Jurrassic Park 3 et Le Monde Perdu. Néanmoins, il reste logiquement à des années lumières du premier film.