Critique

[Critique] La Momie

Cinéma

Par Mathieu le

En 1932, Karl Freund fait peur au monde entier avec une momie. De ce film naît un monstre de légende qui grandira cinématographiquement, tout comme l’ont fait Dracula et Frankenstein de leur côté. 67 années plus tard, Stephen Sommers remet sur le devant de la scène ce cadavre d’origine égyptienne grâce au surprenant La Momie avec Brendan Fraser et Rachel Weisz. Deux autres épisodes suivront, cumulant alors des centaines de millions de dollars de recettes au Box Office. Universal, sentant le bon filon, décide il y a de cela deux ans, de mettre en route le projet Dark Universe.

Celui-ci a un but simple : remettre les monstres d’anthologie sur le devant de la scène. La Momie, Dr Jekyll, L’homme invisible et Frankenstein sont donc de retour et devraient, au fil des années (et des films) se rencontrer. C’est d’ailleurs d’ores et déjà le cas avec la première pièce de ce vaste projet : La Momie. Réalisé par Alex Kurtzman, plutôt habitué à être scénariste jusque là, le long-métrage entend bien lancer de la meilleure des façons le Dark Universe grâce à son panel de stars : Tom Cruise, Russell Crowe et Sofia Boutella. Une réussite ?

Brendan vs Tom

La Momie nous conte l’histoire d’Ahmanet, une princesse de l’ancienne Egypte enterrée vivante dans un tombeau au fin fond d’un désert à plus de 1 500 kilomètres de son pays natal. Cette dernière a vu son père lui ravir le destin qui lui était promis et a décidé d’invoquer Seth, un ancien Dieu, afin de l’aider. C’est doté d’un pouvoir surhumain qu’elle s’en prend aux membres de sa famille afin de régner sur l’Egypte tout en s’assurant de trouver un hôte pour accueillir Seth sur Terre. Heureusement, elle sera stoppée juste avant d’en finir et finira cachée et emprisonnée. 5 000 années plus tard, Nick Morton et Jenny Halsey tombent par hasard sur un mystérieux tombeau qu’ils n’auraient jamais dû découvrir…

Ahmanet, très certainement le personnage le plus intéressant du film

C’est donc de ce postulat de départ qu’est né le film. Rapidement, on sent que le réalisateur et Universal ont navigué entre deux eaux : repartir sur de toutes nouvelles bases ou faire honneur à ce qui a été réalisé auparavant. En ce sens, La Momie compte quelques références à la trilogie emmenée par Brendan Fraser. Il faut dire que le personnage de Nick Morton, incarné par Tom Cruise, ressemble beaucoup à Rick O’Connell. Un côté mercenaire, une pointe d’égoïsme et des tentatives de blagues qui tombent souvent à l’eau. À ses côtés, la belle Jenny Halsey, incarnée par Annabelle Wallis, qui hésite entre amour et dégoût envers le héros (comme Evelyn Carnahan dans l’épisode de 1999). Et au milieu de tout ça, Chris Vail, joué par Jake Johnson, le trublion de service, peureux et jamais avare en bons sentiments (oui, vous l’aurez compris, c’est le Jonathan Carnahan de ce nouveau film). C’est donc rapidement ce fait qui nous saute aux yeux : en terme de création de personnages, aucun véritable risque n’a été pris. Nous sommes face à une copie conforme de ce à quoi nous avons eu droit il y a 18 ans, la surprise en moins.

Bien heureusement, la Momie Ahmanet est elle bien plus travaillée. Étonnamment, elle remplit mieux son rôle que prévu et donne au film une dimension plus intéressante, notamment en ce qui concerne la mythologie égyptienne. Elle ne réussit néanmoins pas à sauver le film à elle seule. Car il faut l’avouer, l’ennui pointe un peu trop souvent le bout de son nez. Alors que l’on pouvait espérer une certaine fraîcheur et un départ tonitruant pour ce premier volet du Dark Universe, le réalisateur nous présente plutôt une sorte d’esquisse au rythme inégal. Le véritable problème de la réalisation d’Alex Kurtzman, c’est qu’elle a tendance à se prendre bien trop au sérieux. Si les quelques jets d’humour balancés ici et là distrairont les plus “bon public” d’entre vous, il est certain que nous sommes face à une oeuvre quelque peu égocentrique. On ressent une volonté forte de distraire le spectateur tout en se targuant de présenter un univers vaste et riche, mais ce ne sont que des facettes qui sonnent rapidement creuses.

Des acteurs pas au tops

L’histoire dévoilée est bien trop classique pour véritablement surprendre et les quelques indices laissées en route pour nous permettre d’imaginer les futurs longs-métrages sont bien trop maigres (ou inutiles) pour scotcher l’assistance. On en vient même parfois à se demander comment les autres “monstres” pourront s’imbriquer avec ce film, tant la substance de départ nous parait maigre.

Au-delà de ses problèmes flagrants de rythme et de scénario, La Momie a un mérite : les effets spéciaux qu’il présente sont de grande qualité. Un travail d’orfèvre a été mené pour sublimer les différents paysages et la photographie du film est à souligner. Chaque scène profite d’une lumière spécifique et d’un rendu tantôt coloré, tantôt sombre, qui imprègne les acteurs dans des plans cohérents. Les scènes d’action bénéficient d’un rendu grandiose et les différents monstres sont habilement modélisés. Le travail graphique réalisé sur Ahmanet est par ailleurs une belle surprise.

Tom Cruise fait dans le classique

Quant aux acteurs, nous ne critiquerons pas en mal le jeu de Tom Cruise, qui est toujours très impliqué et qui prend son rôle à cœur. On sent que l’Américain de de bientôt 55 ans s’est vraiment amusé, bien qu’on puisse parfois se pencher sur ce choix de casting, quelque peu surprenant. Russell Crowe, qui interprète le célèbre Dr Jekyll, est assez peu présent finalement même s’il est clair qu’il tiendra un rôle ô combien important, voire central, pour le futur du Dark Universe. La française Sofia Boutella est-elle, et c’est encore une fois à noter, très convaincante dans son rôle de momie femme, une première pour la franchise. C’est par ailleurs le personnage le plus intéressant du film et l’on croise les doigts pour qu’il revienne, sous n’importe quelle forme (Hollywood est capable de tout) dans le futur. Du côté des mauvais points, notons le personnage de Jenny Halsey, incarnée par une Annabelle Wallis (que l’on peut voir actuellement dans Le Roi Artur : la légende d’Excalibur) complètement à côté de la plaque. L’actrice en fait souvent trop, ses émotions ne sont que rarement justes et elle donne parfois l’impression de réciter plutôt que jouer. Un sentiment désagréable prend donc constamment le dessus lorsqu’elle donne la réplique à son allié Tom Cruise. Dommage.

Les effets spéciaux sont de qualité

Conclusion

La Momie d’Alex Kurtzman est un film brouillon, loin du niveau auquel il prétendait. Blockbuster annoncé, il reste surtout un long-métrage oubliable qui n’apporte que peu à la franchise et qui lance bien mal l’attendu Dark Universe et sa pléthore de monstres cultes. Une petite déception qui, on l’espère, aura droit à de bien meilleures suites.

5 réponses à “[Critique] La Momie”

      • Il était sensé être le premier, mais comme il n’a pas bien fonctionné (financièrement) et qu’il n’aura jamais de suite, Universal a décidé de l’écarter du Dark Universe. Par défait La Momie devient le premier de la franchise, en revanche si La Momie le marche pas non plus, ça risque de faire mal au projet de franchise d’univers partagé.

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