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Critique Le Hobbit : La Désolation de Smaug – Une surprise inattendue

Cinéma

Par Pierre le

Faire un deuxième épisode d’une trilogie est toujours un exercice délicat. Il n’y a en effet ni début, ni fin. Peter Jackson ne s’en était pas mal tiré avec Les Deux Tours en 2002. Maintenant, nous sommes en 2013 et le réalisateur travaille sur une toute autre série : Le Hobbit.

Là encore, le néo-zélandais arrive à surprendre avec son deuxième épisode et montre qu’il maîtrise toujours parfaitement son sujet. Le premier Hobbit n’était pas un mauvais film, loin de là, mais nous sentions tout de même que Jackson n’avait pas pris trop de risques, se contentant d’une sorte de remake de La Communauté de l’Anneau, le rythme en moins. Ici, il nous livre un film unique, qui affirme enfin la personnalité de la nouvelle trilogie.

Critique garantie sans spoilers

PICSOU, OUHOU HOU !
PICSOU, OUHOU HOU !

Dans La Désolation de Smaug, nous retrouvons notre hobbit, ses treize nains et Gandalf là où nous les avions laissés : au pied des montagnes brumeuses. L’orque Azog (qui a été créé spécialement pour le film) est toujours à leur poursuite. Mais notre petite troupe ne baisse pas les bras et continue son périple vers l’est. Sur leur chemin, une multitude de dangers, d’ennemis et d’amis les attendent. Si vous avez lu Bilbo le Hobbit, vous connaissez déjà le périple de la troupe de Thorin Ecu-de-chêne, mais vous risquerez d’être surpris par quelques événements du film.

Lorsqu’un réalisateur adapte un livre sur grand écran, il dégraisse pas mal de choses en général. Des sous-intrigues sont passées à la trappe, des personnages disparaissent et des événements vus sur papier ne se produisent pas dans le film. On l’a vu par exemple avec Le Seigneur des Anneaux. Dans Le Hobbit, c’est tout le contraire. Peter Jackson a choisi d’inclure beaucoup de nouvelles choses dans sa Désolation de Smaug. Vous retrouverez donc le périple de Bilbo tel que vous l’avez connu, mais vous aurez droit à beaucoup de sous-intrigues créées spécialement pour l’occasion ou piochées dans les autres œuvres de Tolkien. Ainsi, Legolas (Orlando Bloom) fera son apparition, et il aime toujours surfer sur des trucs. La guerrière elfe Thauriel sera également présente sur le chemin de Bilbo et apporte un peu de féminité à un film qui respire tout de même la testostérone. Enfin, Esgaroth, la cité du lac, aura droit à son lot d’intrigues politiques et ses personnages hauts en couleurs. Si les ajouts freinaient le rythme du premier Hobbit, ici, ils servent l’histoire et apportent un peu plus d’enjeu au scénario.

La Terre du Milieu retrouve sa splendeur

Nous l’avons dit : Un voyage inattendu était très proche de La Communauté de l’Anneau. Non seulement dans son histoire, mais aussi dans son esthétisme. Dans cette suite, Peter Jackson s’affranchit des lieux, des ambiances et des règles du Seigneur des Anneaux. Nous découvrons de nouveaux lieux enchanteurs et de nouvelles créatures insolites. Au niveau du visuel, le film est une véritable réussite et arrive à transmettre avec brio l’impression que le spectateur s’enfonce dans des terres étranges et inconnues. Notons que si les décors en images de synthèses avaient donné un aspect un peu artificiel à la Terre du Milieu, ce n’est pas le cas ici : les décors mélangeant véritables constructions et CGI (Computer-generated imagery ou images de synthèses), à la manière de Game of Thrones. Mentions spéciales à la ville d’Esgaroth et au trésor de la Montagne Solitaire dont la direction artistique est une véritable claque. La Désolation de Smaug se dote d’une véritable personnalité visuelle et nous montre qu’il reste bien des choses à découvrir sur la Terre du Milieu.

Esgaroth est magnifique
Esgaroth est magnifique

Willow le hobbit

Contrairement à la première pellicule, Peter Jackson nous livre un film beaucoup plus rythmé et plus enchanteur. La Désolation de Smaug rappelle ces films d’Heroic Fantasy des années 80, comme Conan ou Willow. Il y a du rythme, de l’humour, de la découverte, des situations burlesques, du courage, des dangers, de viles créatures. Un cocktail qui, certes, ne fait pas de ce deuxième volet un grand film, mais un film très agréable à regarder. On ne s’ennuie jamais. Il se passe beaucoup de choses pendant le film et la petite troupe ne reste jamais très longtemps au même endroit. Une occasion donc de découvrir une multitude de lieux et de personnages dans ce périple, jusqu’à la rencontre fatidique avec Smaug.

Smaug est extra
Smaug est extra

Deux mots sur Smaug. Ce qui manquait cruellement à Un Voyage inattendu, c’était un ennemi de taille qui décuplait l’enjeu (que personne ne vienne nous parler de ce plouc d’Azog). Monsieur Jackson s’est rattrapé avec cette suite en nous offrant Smaug, qui est incontestablement la cerise sur le gâteau de ce film réussi. Le dragon du Mont Solitaire est une pure merveille de mise en scène et d’interprétation. Ici, c’est l’excellent Benedict Cumberbatch (Star Trek Into Darkness, Sherlock, Le Cinquième pouvoir) qui prête ses traits et sa voix au gardien du trésor. Et ce gardien terrible instille la peur dans l’esprit des nains, mais aussi dans celui du spectateur. En effet, les apparitions du monstre mettront vos nerfs en pelote, tant il est charismatique et dangereux. Une vraie réussite qui mène le suspense à son paroxysme.

Le mal est partout

Il y a du très bon dans ce Hobbit. Mais aucun film n’est parfait. On regrette par exemple que certaines sous-intrigues aient été placées là artificiellement. On évoquera par exemple Thauriel, la guerrière elfe (Evangeline Lilly), qui a droit à un arc narratif qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Même chose pour Legolas qui, à part être Legolas, est un peu inutile. Si vous ne l’avez pas aimé dans Le Seigneur des Anneaux, vous le détesterez dans La Désolation de Smaug. Il est également dommage que le périple personnel de Gandalf ne soit pas plus passionnant, il l’aurait mérité. Enfin, même reproche qu’au premier film : l’aspect préquelle ajouté artificiellement, afin de bien nous faire comprendre qu’on est là devant une histoire se passant avant la saga LSDA.

"Un soleil rouge se lève, beaucoup de sang a du couler cette nuit"'
“Un soleil rouge se lève, beaucoup de sang a du couler cette nuit”‘

Verdict

Le Hobbit : La Désolation de Smaug est un film réussi, c’est incontestable. Peter Jackson, qui nous avait laissé sur notre faim avec le premier chapitre de sa saga, nous montre qu’il en a encore sous le capot et qu’il reste plein de choses à raconter dans l’univers de Tolkien. Cependant, le film est tellement dense qu’on se demande bien s’il restera assez de choses à raconter dans le troisième film. Réponse dans un an, comme d’habitude.

Bard a le droit à un arc narratif intéressant
Bard a droit à un arc narratif intéressant