Critique

[Critique] Life : Origine Inconnue

Cinéma

Par Henri le

Passé relativement inaperçu malgré un casting solide, Life : Origine inconnue arrive chez nous un mois après sa sortie américaine. Mais faut-il grimper à bord de l’ISS ?

Le thriller spatial se porte décidément à merveille. Et si le prochain Alien : Covenant cristallise forcément beaucoup d’attentes, Life sort trois semaines avant lui. Ce dernier ne bénéficie pas d’une couverture médiatique importante, mais affiche un casting composé de véritables têtes d’affiche. On pense notamment à Ryan Reynolds et Jake Gyllenhaal, aujourd’hui considérés comme des valeurs sûres au box-office.

Un argument suffisamment important pour passer outre la simplicité du script, mettant en scène six astronautes de la Station Spatiale Internationale, en proie à une forme de vie martienne aussi fascinante que dangereuse.

Cette base scénaristique pour le moins convenue est malgré tout servie par une réalisation formelle et efficace, basée sur les grands succès critiques de ces dernières années. David Espinosa livre en effet une première demi-heure assez enlevée, dont l’aspect technique fait fortement penser au Gravity d’Alfonso Cuaron.

On se plait à visiter une station à taille humaine via de longs plans séquence soulignant les allers et venues des protagonistes en apesanteur. Le réalisateur fait la part belle au hors champ et donne l’impression d’assister au ballet réaliste de travailleurs de l’espace peu soucieux du spectateur. Life cultive alors une forme de pragmatisme scientifique à même d’intéresser n’importe quel amateur d’espace.

Ce début prometteur montre néanmoins ses limites à partir du moment où, pressé par la linéarité de son scénario, l’équipage se retrouve confronté à un organisme violent et hors de contrôle. Commence alors un huis clos qui, bien qu’énergique, ne sort jamais des sentiers battus. Plus gênant encore, il ne peut cacher son manque d’originalité ni sa parenté avec Alien, une franchise en pleine mue qui fêtera bientôt ses quarante ans d’existence. Des inspirations qui se retrouvent même dans le design de la créature, qui fait bien trop penser au Facehugger du génial Hans Ruedi Giger.

Une fois ce postulat accepté, rien n’empêche un film de genre de tenir en haleine… À condition d’y distiller assez de passion. C’est également là que le bât blesse. Bien que le casting soit de qualité, personne n’arrive à transmettre assez d’émotion pour faire ressentir un sentiment d’attachement au groupe. Face à une bête qu’ils ont eux-mêmes réveillée, aucun d’eux ne réagit comme les professionnels surentraînés qu’ils sont censés être. Dans une volonté de faire avancer le récit à toute allure, les choix se font toujours en dépit du bon sens. C’est d’autant plus dommage que certains plans font l’objet d’une vraie maîtrise, à l’image de cette impressionnante scène de noyade spatiale. Le film maintient d’ailleurs une certaine intensité, aidé par la bande-son convaincante du suédois Jon Ekstrand.

On en vient donc à se poser des questions sur l’apport d’un tel casting, qui ne se justifie jamais vraiment. Quand on sait comment Gyllenhaal arrive à susciter une forme de trouble dans ses récents films (Prisoners, Enemy, Nightcall…), on se demande pourquoi Espinosa n’a pas voulu mettre son personnage plus en avant. On ne peut donc jamais s’empêcher de penser que Life aurait mérité plus d’ambition. Ce manque flagrant d’inspiration en fait une macédoine certes digeste, mais dénuée de toute originalité. Au lieu de lui voler la vedette, le long-métrage fait office d’amuse-bouche visuel avant la sortie d’Alien : Covenant. Cela suffira aux amateurs de série B, mais les autres auront l’impression d’avoir tout vu.

Derrière son indéniable maîtrise technique, qui rappelle fortement Gravity, Life : Origine Inconnue laisse un gout d’inachevé. Malgré un beau casting, les acteurs n’arrivent jamais à donner de l’épaisseur à un récit dont les ficelles scénaristiques sont connues depuis trente ans. Il reste divertissant, notamment grâce à quelques scènes visuellement impressionnantes, mais n’arrivera pas à étonner des spectateurs en quête d’originalité. C’est un comble, mais ce Life manque de vie.