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Critique : Man of Steel – Un Superfilm pour Superman ?

Cinéma

Par Pierre le

Man of Steel signe le retour sur grand écran de Superman, qui n’a pas brillé au cinéma depuis des décennies. En 2006, le Kryptonnien avait bien tenté de revenir sur le devant de la scène avec un Superman Returns que l’on qualifiera sobrement de ratage. Batman avait effacé Clark Kent sur grand écran avec la trilogie de Nolan ces dernières années. Mais la Warner compte bien remettre l’homme d’acier à sa véritable place grâce à Zack Snyder à la réalisation et à Christopher Nolan à la production. Une chose est certaine, Superman frappe fort pour son retour !

Le costume est inspiré de celui de New 52
Le costume est inspiré de celui de New 52

Critique garantie sans spoilers

L’histoire de Superman, tout le monde la connaît et nous n’allons pas vous la refaire ici. Le scénariste, David S. Goyer est parti du même principe et a choisi de raconter l’histoire du superhéros de manière non chronologique. On suit donc notre cher Clark Kent qui, adulte et conscient de sa différence, part en quête de ses origines pour finalement devenir Superman. La transformation en Super-héros arrive d’ailleurs très tôt dans le film, le scénariste n’ayant pas voulu gaver le spectateur avec une énième genèse. L’enfance et l’adolescence de Clark, période où il découvre ses pouvoirs, sont donc racontées via des flashbacks non chronologiques. Une manière de dévoiler l’histoire extrêmement bien maîtrisée et qui a le mérite de surprendre même le spectateur fan de Superman. Les profanes ne seront eux pas perdus par ces ellipses et ces va et viens continuels, Goyer et Snyder se contentant de raconter seulement ce dont le spectateur a besoin de savoir pour bien suivre le parcours du héros. On notera également que quelques petites libertés ont été prises avec le personnage, libertés assez bien tournées pour ne pas choquer les fans.

Une réalisation ultra léchée

Zack Snyder n’est plus un petit nouveau dans l’adaptation de comics au ciné et encore une fois il frappe fort. La réalisation ainsi que la narration sont parfaitement maîtrisées. Pour Superman, une approche à la Nolan rendant les héros de comics crédibles n’aurait eu aucun sens. Et Snyder n’est pas tombé dans le piège. Certes, les séquences où l’on découvre l’enfance et la jeunesse de Clark Kent sont réalistes, mais à part cela, Man of Steel tient plus du Space Opera que du film de Superhéros, et ce n’est pas plus mal. De même, on apprécie que Zack Snyder se soit calmé sur les ralentis et autres Bullet time. L’action est plus fluide, plus spectaculaire, mais également plus fouillis. On regrettera aussi la prise de risques minimum concernant la réalisation en elle-même. Certaines scènes donnent plus l’impression au spectateur de regarder de loin l’action à défaut d’être directement plongé dedans.

Zod est un méchant d'envergure
Zod est un méchant d’envergure

Un Supercasting

L’une des grandes forces de Man of Steel, c’est son casting XXL. La véritable révélation du film, c’est bien sûr Henri Cavill. Bien que le film se démarque du Superman de Richard Donner, on ne peut s’empêcher de remarquer la ressemblance de l’acteur avec Christopher Reeves. Mais Cavill ne se contente pas de reprendre l’héritage laissé par son défunt prédécesseur, il le modernise, le rend plus humain, plus touchant, à tel point que l’on y croit à 100%.

Clark Kent, il a deux papas, et comme il a de la chance, tous les deux sont des Robins des bois. Si Jonathan Kent, joué par Kevin Costner, est assez en retrait dans le scénario, Russel Crowe est lui crucial dans Man of Steel. L’acteur signe là une grande performance en Jor-El. Et même si ses apparitions sont assez rares, sa présence et son charisme lui permettent d’hanter le film du début à la fin.

La jeunesse de Clark est racontée via des flashbakcs
La jeunesse de Clark est racontée via des flashbakcs

Parlons également de Zod, incarné par Michael Shannon. Là aussi, l’acteur donne un coup de vieux à Terence Stamp, qui a interprété Zod dans les films de Donner. Le général déchu impose sa présence dans Man of Steel et la tension est bien là à chacune de ses apparitions. On appréciera également le fait que Goyer n’a pas donné un méchant sans saveur à Superman. Zod n’est pas un mégalomane détruisant tout juste pour le plaisir. Non. Zod est un bad-guy avec ses motivations, des buts, des espoirs. Son histoire est même touchante par certains aspects et Snyder arrive parfois à nous faire ressentir de la compassion pour ce général qui est prêt à tout pour sauver sa race. Un méchant qui va certainement marquer.

Enfin, les autres seconds rôles ont été un peu délaissés. Par exemple, la présence de Lois Lane (Amy Adams) est prometteuse dans la première partie du film. C’est une femme forte, indépendante, touchante, mais dans la dernière partie du film, la journaliste du Daily Planet est reléguée au rôle de cruche en détresse qui ne peut pas s’en sortir sans Superman. Seul personnage secondaire à tirer son épingle du jeu : le colonel Hardy (Christopher Meloni), qui malgré ses apparitions furtives, marque par ses moments de bravoure.

Lois est un personnage intéressant... du moins au début
Lois est un personnage intéressant… du moins au début

De Superdéfauts

Man of Steel n’est pas un film parfait, loin de là. La première partie du film est un régal. Narration inventive, scènes de bravoure, personnages profonds, analyses sociétales sur la gestion de la différence… tout s’annonce pour le mieux. Malheureusement, Zack Snyder reste Zack Snyder et le réalisateur n’a pas pu s’empêcher de faire tout péter à la fin. La dernière heure du film se résume à un combat entre le bien et le mal, le bien étant incarné par un Superman quasi messianique. Bruyant, brouillon, long, incohérent avec la première partie du film (Superman est soucieux du sort des humains, mais rien ne le retient lorsqu’il s’agit de tout faire péter à Metropolis), le final aurait mérité un meilleur traitement, quitte à être raccourci. Le final tient plus d’un mauvais épisode de Dragon Ball Z que d’un film de Super-héros. Si le traitement du film est assez cohérent au début, la fin s’affranchit de ces règles distillées çà et là. Heureusement que la musique d’Hans Zimmer, qui signe l’une de ses meilleures partitions, est là pour donner un souffle épique à des scènes sans âme.

Verdict:

Man of Steel est-il un film réussi ? Oui et non. Est-il un bon film Superman ? Assurément. Zack Snyder a réussi à donner un coup de jeune à un héros accusant tout de même 75 ans d’âge. La première heure et demie du film est un exemple de ce qu’il faut faire dans un film de Superhéros. Une première partie solide, captivante, admirablement mise en scène, qui est malheureusement gâchée par une dernière heure brouillonne. Warner voulait son quota d’effets spéciaux et de destructions, c’est fait, au grand dam du spectateur.

Un film à tout de même aller voir, rien que pour le plaisir de redécouvrir Superman sur grand écran.

Russel Crowe est parfait en Jor-El
Russel Crowe est parfait en Jor-El