Critique

Critique : Moonwalkers

Cinéma

Par Mathieu le

Moonwalkers, c’est le petit film sans prétention un peu boudé par les médias mais qui intrigue ne serait-ce que par son affiche et son casting. C’est un français, novice dans la réalisation, qui a décidé de porter le projet : Antoine Bardou-Jacquet. Avec à son affiche Ron Perlman (Hellboy, Drive, Sons of Anarchy) et Rupert Grint (Ron Weasley dans Harry Potter), le long-métrage nous emmène dans un trip délirant mais tente surtout de surfer sur la vague d’une théorie conspirationniste bien connue de tous.

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Une histoire made in England

Moonwalkers se passe en juillet 1969 et voit Tom Kidman (Ron Perlman), l’un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, être envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick mais il tombe sur Jonny (Rupert Grint), le manager raté d’un groupe de rock hippie. Tout les oppose, mais ils n’auront pas d’autre choix que de travailler ensemble, remplacer Kubrick, tromper la CIA, éviter les drogues hallucinogènes et sauver leur vie en montant la plus grosse supercherie de l’histoire. Voilà pour ce qui est du synopsis officiel. Véritable ode aux films britanniques des années 90, Moonwalkers s’inspire assez librement des classiques du genre et notamment des premières réalisations d’un certain Guy Ritchie. Pour tout vous dire, j’ai retrouvé par moments l’essence même d’un Snatch dans les dialogues et la mise en scène d’Antoine Bardou-Jacquet.

Quant à son histoire principale, celle qui emmène le spectateur d’un bout à l’autre du long-métrage, elle se suit avec légèreté et envie, laissant le spectateur maître de ses émotions tout en le surprenant à des moments charnières. On sent le souhait du réalisateur de ne jamais vraiment infirmer ni confirmer l’hypothèse conspirationniste tout en y insérant des éléments de fiction pertinents. L’idée de base étant déjà assez burlesque, le fait d’y ajouter des instants d’une grande curiosité donnent au film une saveur unique, digne justement des comédies d’action de nos amis anglais. L’humour est d’ailleurs très britannique, bien que le long-métrage soit réalisé par un français, avec à sa tête d’affiche un Américain. Mais n’en déplaise à certains, on ne peut qu’adhérer à ce parti pris, qui fait la force de Moonwalkers.

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Un casting haut en couleur

Au-delà du classique conflit générationnel entre le grand costaud au passé mystérieux (Ron Perlman) à celui du jeune con paresseux et sans le sou (Rupert Grint), le film pose les bases d’un duo hilarant et surprenant. Les deux acteurs, qu’on aurait jamais cru voir ensemble un jour à l’écran, s’accordent parfaitement et donnent une véritable plus-value au film d’Antoine Bardou-Jacquet. Ron Perlman offre, à 65 ans, une nouvelle partition de sa vaste gamme de jeu d’acteur tandis que Rupert Grint nous ferait presque oublier son passé de magicien à Poudlard. Le duo rattrape les baisses de rythmes de certains passages et les seconds rôles manqués.

En parlant des seconds rôles justement, notons l’excellente performance de Robert Sheehan que vous avez déjà pu voir dans Killing Bono ou The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres qui interprète magistralement bien Léon mais aussi la présence d’un français, Eric Lampaert, cet ancien candidat à l’émission de TF1, Mon incroyable fiancé. Pour ce dernier, nous dirons simplement qu’après avoir été exécrable dans une émission française, il réussit aussi à le faire au Royaume-Uni , mais rassurez-vous, de la bonne manière.

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Une réussite visuelle et sonore

Le long-métrage d’Antoine Bardou-Jacquet s’imbrique avec aisance dans la fin des années 60, délivrant un style visuel assez proche de cette période et dont la richesse culturelle est bien retranscrite. “L’année 1969 a été riche et fascinante. Du concert des Stones à Hyde Park aux premiers pas sur la lune, Woodstock, Warhol, la guerre du Vietnam etc. C’est une période incroyable sur le plan culturel et musical : David Bowie, The Who, les Stones, Led Zeppelin…

C’est un tournant, une libération, on passe d’un monde gris contrôlé par des vieux à un monde en couleur où la jeunesse expérimente tout ce qui passe, la sexualité, les drogues, des modes de vie différents…” expliquait d’ailleurs le réalisateur. Cela se ressent aussi au niveau de la bande originale qui mélange Pop, Rock et Folk et nous fait voyager tout au long des péripéties de nos héros.

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Quelques faiblesses à souligner

Seulement deux choses m’auront, très légèrement, fait tiquer lors de la projection de Moonwalkers. La première, c’est les quelques faux raccords comme, par exemple, celui où de la drogue est étalée sur le capot d’une voiture lors d’un plan et disparaît mystérieusement sur celui d’après. Il y en a deux ou trois autres tout au long du film mais qui n’altéreront néanmoins pas votre vision globale.

L’autre chose, c’est que le long-métrage est un véritable hymne au film d’action des années 90 et qu’il souffre parfois de petites erreurs rythmiques, c’est-à-dire qu’il passe d’une scène pleine d’action à une autre qui se concentre uniquement sur des dialogues et ce, sans véritable transition. Rassurez-vous, ces petites faiblesses n’enlèvent en rien la qualité globale de la réalisation d’Antoine Bardou-Jacquet.

Conclusion :

Frais, drôle, pétillant et disposant d’un casting explosif, unique et qui fonctionne parfaitement, Moonwalkers est la surprise de ce début d’année. Vous n’en avez probablement pas entendu parler avec l’ensemble des blockbusters qui arrivent sur nos écrans depuis quelques semaines et pourtant, nous ne pouvons que vous conseiller d’aller le voir.