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Critique Predator : Badlands – la licence a-t-elle encore une gueule de porte-bonheur ?

Predator : Badlands est le premier opus de la franchise à sortir en salles depuis The Predator en 2018. Et pourtant, la saga a fait du chemin depuis. Pour le meilleur ? Oui, au début.

Lorsque l’on y réfléchit, bien qu’il soit officieusement à la tête de la licence depuis 2022, Predator : Badlands est le premier long-métrage de Dan Trachtenberg à atterrir en salles. Prey, puis le récent film d’animation Predator : Killer of the Killers avaient été directement disponibles sur Disney+ par chez nous. Faut-il y voir une sorte d’adoubement de la part de la 20th Century Fox, filiale de Disney ; une manière de montrer au monde le présent et le futur de la saga après des années d’errance et autant de fiascos ? Si Badlands représente l’avenir de Predator, alors j’ai la pétoche, Poncho.

Critique Predator : Badlands – la licence a-t-elle encore une gueule de porte-bonheur ?
© 20th Century Fox

Promis à un avenir funeste sur sa planète d’origine, un jeune Yautja décide d’accomplir sa première chasse en ramenant un trophée exceptionnel qui le rendrait digne de réintégrer le clan. Débarquant sur une planète particulièrement hostile, il va rencontrer Thia, une synthétique de la Weyland-Yutani en piteux état. Elle lui promet de le conduire jusqu’à sa proie s’il accepte de l’aider. Commence alors un dangereux périple pour ces alliés de fortune.

Alien Hurts

D’entrée de jeu, Trachtenberg continue de construire son petit univers personnel en jouant la filiation quasi directe avec Killer of the Killers. Non pas en tant que suite affichée, mais en explorant toujours davantage Yautja Prime et ses habitants, notamment via la notion de rite de passage et de famille. Oui, les bandes-annonces ne mentaient pas, le célèbre « monstre » qui en a fait baver à Arnold Schwarzenegger en 1987 sera ici la figure centrale du récit.

On comprend le projet. Il ne faut pas s’enfoncer la tête dans le sable, les films ayant tenté de recopier la recette du premier volet ont tous échoué et le Predator est aujourd’hui trop célèbre pour ne pas être exploité en pleine lumière. Si on veut… pardon, si les producteurs veulent continuer à capitaliser sur la licence, il faut tenter de l’inédit. À ce titre, Trachtenberg est plus que qualifié puisqu’avec ses deux précédents bébés, il a prouvé qu’on pouvait faire différent tout en respectant les codes.

Critique Predator : Badlands – la licence a-t-elle encore une gueule de porte-bonheur ?
© 20th Century Fox

Néanmoins, Badlands franchit une ligne interdite qui promet de diviser les fans. De notre côté, on ne peut pas reprocher à Alien : Earth de transformer le Xénormorphe en chiot et pardonner à ce Predator de faire presque la même. À l’instar de bien d’autres licences de « monstres », le long-métrage entend humaniser le Yautja et ainsi faire de lui non plus un prédateur, mais un anti-héros. C’est là qu’on aimerait faire passer un message à Trachtenberg : tu n’es pas James Cameron et tu n’es pas en train de faire ton Terminator 2.

Le changement de paradigme est d’autant plus agaçant que l’on sent le cinéaste toujours fasciné par la bête et profondément respectueux d’elle quand il doit la métamorphoser à nouveau en prédateur. Le bonhomme ne manque pas d’idées et d’envie pour iconiser son Yautja, notamment lors d’une scène de préparation à la Commando. Mais en le débarrassant de ses atouts terrifiants la majorité du temps, il produit l’effet inverse et l’adoucit. De sorte que le Predator n’est plus qu’un personnage taciturne lambda que l’on pourrait remplacer par Vin Diesel période Riddick ou The Mandalorian. Il ose briser un tabou que même Alien vs Predator n’avait pas osé à l’époque et ce n’est pas un compliment.

Predator, pour les grands et les petits

Toutefois, on ne pourra pas lui enlever qu’il a l’audace de vouloir bousculer les règles et après un film d’animation, voici un buddy movie d’action avec pas mal d’éléments comiques. Tous les films Predator de Trachtenberg auront ce petit quelque chose d’unique, qu’on apprécie ou non, et celui-ci joue davantage la carte du blockbuster tout public, très loin de ce à quoi la saga nous avait habitués.

Critique Predator : Badlands – la licence a-t-elle encore une gueule de porte-bonheur ?
© 20th Century Fox

Loin de se contenter de simples punchlines à l’ancienne, l’humour se taille une belle pièce dans le long-métrage avec l’ajout de ce qu’on appellera désormais un « bébé Yoda », soit la petite créature mascotte susceptible de se vendre en jouet pour l’équipe marketing. La stratégie fonctionne pour peu que l’on efface de notre conscience que l’on est dans un film… Predator.

Une rupture de ton qui souffle le chaud comme le froid, toutes les séquences ne se valant pas. Trachtenberg a de l’originalité à revendre, mais il n’a peut-être pas toutes les compétences pour les exploiter. Le film est généreux en action, sauf qu’il manque à chaque fois quelque chose. L’une peut être trop sombre, à base de bouillie numérique déjà fauchée, l’autre peut être inventive et pourtant trop courte pour laisser le souffle épique s’installer. On passe notre temps à apprécier la proposition tout en rechignant devant l’exploitation de cette dernière. Le cinéaste avait peut-être les épaules pour un survival en forêt, moins pour un film de science-fiction ambitieux.

Critique Predator : Badlands – la licence a-t-elle encore une gueule de porte-bonheur ?
© 20th Century Fox

Moins horrifique, moins sanglant, plus énergie et plus divertissant, ce Predator : Badlands joue avec ses propres armes, dont deux principales. La première est un bestiaire assez varié et inventif qui permet à chaque séquence d’action de se démarquer des autres dans la chorégraphie des combats. La seconde est la présence d’Elle Fanning. L’actrice surnage avec ce qu’il faut de légèreté pour nous faire apprécier son tandem, quitte à lui offrir plus de scènes qu’elle n’aurait pas volé. On regrettera juste une formidable occasion manquée d’inclure l’autre Fanning, Dakota, sur le terrain de jeu pour une double dose de talents.

En ressort un Predator : Badlands sûrement le plus accessible de la franchise, le plus fun assurément, mais on peut se demander si cela est une bonne chose. On avait peur que Killer of the Killers ouvre une boîte de Pandore avec l’aspect franchisable de la saga, et ce long-métrage vient confirmer cette peur. Comme Alien, on a le sentiment que l’important est désormais de faire vivre la franchise plus que de la respecter et cela fait d’autant plus mal que c’est celui qui nous a fait croire qu’un autre Prey était possible qui en est le responsable. Alors qu’un Alien vs Predator nouvelle version se profile dangereusement (pas confirmé, mais on sait), cette solution là, c’est coton, j’y enverrais pas un chien vérolé.

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Notre avis

Predator : Badlands n'est pas l'opus le plus raté de la saga, et Trachtenberg peut remercier ses prédécesseurs pour ça. Car il joue ici à un jeu très dangereux, tel un enfant s'amusant avec une boîte d'allumettes et un bâton de dynamite. On admire l'audace d'avoir transformé un alien collectionneur de crânes humains en Kraven le chasseur à deux doigts de faire du stand-up, cela donne un divertissement avec des capacités, mais des capacités très, très limitées.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 5 / 10

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