Critique

[Critique] Rampage : Dieu que c’est Kong !

Cinéma

Par Henri le

Après avoir dévasté une grande partie du paysage américain dans San Andreas, le réalisateur Brad Peyton et son acolyte Dwayne Johnson reviennent avec un appétit pour la destruction quasiment intact. Attention les neurones.

Les adaptations de jeux vidéo au cinéma traînent une réputation sulfureuse, mais parfaitement justifiée. Un désamour principalement dû à des films peu scrupuleux, omettant souvent de retranscrire le récit ou l’atmosphère d’un titre apprécié. En choisissant Rampage, Brad Peyton s’est mis à l’abri. Non seulement, car le titre a plus de trente ans, mais aussi, car il ne comporte aucun scénario autre que la destruction totale d’une ville par trois créatures géantes. De quoi faire passer San Andreas pour du Victor Hugo.

Bon joueur, il s’est servi de cette page blanche pour incorporer un héros à taille presque humaine en la personne de Dwayne Johnson. L’ex-catcheur est devenu en quelques années la coqueluche des studios en mal d’action décérébrée, et la muse bodybuildée du réalisateur canadien.

Il incarne ici David Okoye, un primatologue qui s’entend mieux avec George, un gorille albinos, qu’avec les humains. Une relation qui sera bientôt perturbée par une expérience génétique menée par un laboratoire véreux. Certains des produits toxiques dispersés dans la nature provoquent la mutation du gorille, mais aussi de deux autres redoutables adversaires…

Contrairement à ce que l’on peut penser, un synopsis fluet n’a jamais empêché au Kaiju Eiga (littéralement « cinéma des monstres ») d’avoir de la résonance. Derrière ce grand divertissement populaire, ce genre si apprécié au Japon a su exorciser les peurs intimes des populations de l’archipel, notamment face au danger nucléaire. La machine hollywoodienne a toujours tenté de s’en emparer, en privilégiant constamment la forme sur le fond. Mais seul le Godzilla (2014) de Gareth Edwards a en partie réussi à saisir l’essence de ce cinéma grâce à une mise en scène ingénieuse.

Peyton ne prend jamais la peine d’insuffler une gravité à son propos, et s’en rend compte en cours de film. La première partie du récit tente assez clairement de tisser une relation forte entre David et Georges, mais expédie l’origine tragique de leur histoire en moins d’une minute.

Cette envie pressante de nous montrer ses jouets numériques supprime purement et simplement la dramaturgie nécessaire pour se sentir concerné par les scènes de désolation qui vont suivre. Comme si créer du divertissement ne pouvait pas aller de pair avec un minimum d’écriture. Des arguments que certains balaieront sur l’autel de la jouissance instantanée. Ils sont en réalité les défenseurs silencieux de l’aseptisation des blockbusters.

La partie technique est réussie et fait plutôt honneur au travail des techniciens. Certains plans font l’objet d’un vrai souci du détail et n’ont rien à envier aux autres productions du genre. Paradoxalement, c’est aussi cet aspect qui nous rappelle qu’il ne s’agit pas d’un projet de série B et que de tels moyens auraient pu accoucher sur un divertissement nettement plus marquant.

Conscient de cela, Peyton fait petit à petit tomber son film dans un humour volontairement ridicule, comme s’il l’avait assumé dès la première scène, qui fait beaucoup penser au récent Life : Origine Inconnue.

Il dispose pour cela d’un casting caricatural à souhait. Parfois convaincant dans ses précédents blockbusters, Dwayne Johnson devrait continuer à devenir la figure héroïque des plus jeunes spectateurs. C’est en tout cas à eux que se destinent ses vannes peu inspirées, lancées à un rythme frénétique entre deux cascades improbables (et une balle dans l’estomac).

Il fait face à un couple de businessmans maléfiques absolument absurde (Malin Akerman et Jake Lacy) et un Jeffrey Dean Morgan qui incarne une sorte de Negan à l’accent texan. Seul Georges, un gorille en image de synthèse (rappelons-le), semble exprimer un peu d’émotion au milieu de ce vacarme. C’est dire.

Notre avis

Avec ses gigantesques bestioles, Rampage tente de brasser large… Mais brasse surtout du vent. Brad Peyton n’essaye jamais d’insuffler un minimum d’enjeu à ces deux heures de destruction, et tente de cacher le tout derrière le ton de la blague et l’argument du plaisir coupable. Il est pour cela bien épaulé par un Dwayne Johnson qui joue le même rôle depuis trois films et des acteurs secondaires particulièrement caricaturaux. Restent quelques scènes impressionnantes, qui tiennent en éveil malgré la débilité du scénario. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

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