Critique

The Rain : une série au goutte-à-goutte

Série

Par killy le

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, poster ses récriminations à propos de la météo est une habitude. Ça chiale sur le froid, ça couine sur du temps gris, et ça balance de l’emoji en larmes pour un peu de vent. Dans le monde dystopique de The Rain, lorsque le #pluie est en top tweet, c’est que tout le monde risque de crever. Là, le fait de chouiner est compréhensible. Comment vivre dans un monde où la moindre goutte est un tueur en puissance ? C’est ce que tente d’expliquer cette nouvelle série Netflix.

Dying in the rain

Dans un futur plus ou moins proche, le Danemark est toujours un pays où il fait bon vivre, avec ses doux kransekage et ses légers øllebrød accompagné d’un petit verre d’aquavit. Tout le monde vous le dira autour d’un “o” rayé. Mais un jour de pluie comme les autres, le ciel se pare non seulement de gros nuages mais aussi d’hélicoptères. Les annonces paniquées se bousculent alors dans les médias : les averses tuent. N’importe quelle personne touchée par une goutte succombe en quelques secondes des conséquences d’un virus bien caché derrière des molécules d’eau. Scientifique de renom au sein de la société de recherche Apollon, Frederik sait très bien d’où vient le problème, à savoir de lui. Pressé de protéger sa famille de la catastrophe à venir, il passe chercher sa fille, son fils et sa femme afin de les conduire dans un des quelques bunkers construits par sa boîte afin de protéger ses employés.

Les consignes sont claires, ne jamais sortir durant la pluie et attendre des nouvelles pour mettre le nez dehors dans tous les cas. Frederik lui doit essayer de régler le boxon qu’il vient de causer et s’en va, sous la promesse de revenir chercher les siens dans quelques temps. Simone et son petit frère Rasmus sont trop jeunes pour le comprendre et lorsqu’on frappe à la porte du bunker, ils ouvrent plein d’un espoir enfantin de voir papa revenir. Lorsqu’à la place apparaît un camionneur barbu qui veut s’abriter tout en saisissant Rasmus par le col, leur mère se sacrifie pour éviter le drame et laisse deux gamins, seuls, pendant 6 ans sous terre. Autant dire que pendant ce temps, dehors, il s’est passé quelques trucs problématiques, comme par exemple une extinction de masse de l’humanité. C’est l’une des forces de The Rain, montrer le monde par les yeux naïfs de deux personnages dont la survie sans filet commence quand l’espoir est quasi éteint.

Le sens averse

The Rain est avant tout une recherche, celle d’un père, figure absente et écrasante, cause de tout et pourtant unique phare. Une aventure aux accents de fresque fondatrice qui va mener des ados encore enfantins vers une prise de conscience des obligations de l’adulte et de la difficulté de prendre des décisions. Une rythmique calquée sur le titre de chaque épisode, règle basique de survie et d’interaction dans le but, un jour de pouvoir dompter cette nouvelle vie. A l’image d’un Wallking Dead, l’averse tueuse n’est qu’un révélateur des limites d’une société humaine sur la brèche, mais dispose d’un avantage qui fait défaut à la série d’AMC, sa force d’action. Les zombies sont lents et pas bien réveillés, la pluie s’infiltre partout, ne peut pas être stoppée, et prévoir une averse reste aléatoire. Le coup de génie est d’avoir fait de la première ressource vitale en situation de survie, un ennemi.

Une tension constante se répand au fil des épisodes où la moindre flaque est une source d’inquiétude, la plus petite ouverture dans une fenêtre un danger imminent : un Phénomènes réussi en quelque sorte. Pourtant la série, écrite en partie par Jannik Tai Mosholt – scénariste de quelques épisodes de Borgen – se sert peu de ce génial potentiel d’anxiété généralisée. Présente en tant que menace silencieuse dans le premier épisode, la pluie ne se révèle angoissante que dans deux scènes, par ailleurs bien pensées, où la question de modifier ses habitudes face à un élément climatique auparavant bénin est plus difficile que prévu. La majeure partie du temps, elle est un canevas. Parfois même, elle est oubliée avec une inconscience que rien ne justifie (mention spéciale à l’amoncellement de gros nuages noirs pendant une séquence où la jeune héroïne tape la discut pépouze avec un enfant en pleine rue, sans aucun stress visible). Pas mal traité en soi, le matériau de base est en revanche sous-exploité, même si le scénario trouve une pirouette maligne pour transférer le danger en fin de série, idée qui résume en quelques minutes tout l’équilibre instable du show.

Personnages sobres à la profondeur irradiante, écriture par instant d’une rare maturité, la série n’est pas exempte de qualités mais peine à convaincre dans les moments plus légers. La construction chiadée des ados vole ainsi en éclats dans les instants de réjouissance. La série oscille de façon presque schizophrénique entre des instants d’une gravité bienvenue et des moments de joie sans retenue, souvent appuyés par un morceau et une réa à la subtilité de bombe atomique. Une fusion effrayante de The Last of Us et La La Land.

Danemark my words

Des dérapages qui peuvent s’expliquer par l’âge des protagonistes, ce qui ne les empêchent pas de sonner faux au regard des événements qu’ils traversent. C’est le principal défaut de The Rain, un ton qui lâche bien trop de lest au fur et à mesure de la découverte de l’ampleur du drame. Les deux derniers épisodes condensent à la perfection ce sentiment par l’intermédiaire de rebondissements encore une fois bourrées de possibilités qui sont désamorcées d’une manière peu convaincante. Le choix final de Simone, s’il est une vrai surprise, manque d’impact, de remise en cause d’un personnage qui semble avoir du mal à sortir de son archétype. Pour citer à nouveau The Last of Us, la différence de réaction face à un dilemme similaire est flagrante dans cette absence de motivation de fond. D’un côté, la beauté d’un amour sincère et absolu, dans l’autre une rébellion-caprice dont on ne voit pas du tout l’intérêt à long terme. The Rain sait dresser un univers post-apo qui fonctionne, dans ses solitudes et ses abandons, dans ses folies et ses lueurs fugaces, sans jamais s’enfoncer dans les plus sombres recoins.

Pas de méprise, la série va souvent plus loin que prévu dans le glauque, dédicace à La Route, mais elle évite les conséquences, détourne le regard de la réalité vers un groupe de jeunes gens qui se tient au dessus d’une mêlée au final plus cohérente. Difficile à prendre en défaut sur son efficacité et son univers de l’après à la Stalker version light, The Rain rappelle sans cesse son statut de première saison qui cherche son ton, essaye des choses, oublie sa puissance pour rester dans un entre-deux agréable sans génie. Plus qu’une pluie de nouveaux personnages ou de sous-intrigues, la probable prochaine saison de The Rain aura besoin de se trouver une stabilité émotionnelle. Comme ses ados, elle aura sans doute grandi et saura exprimer tout son spectre d’interactions avec modération, posée et consciente de ses qualités.

Notre avis

The Rain est une série qui se cherche. Plus qu’un bulletin météo pluvieux géant où Évelyne Dhéliat serait l’équivalent chaque jour d’un ange de l’Apocalypse, le show de Netflix oublie assez vite les averses pour se recentrer sur les hommes et les femmes d’un petit groupe d’ados confrontés à la fin brutale de leur quotidien. Efficace dans sa matérialisation d’une nation danoise dévastée reprise par la nature et la sauvagerie, la série n’en tire pourtant pas grand chose et se contente d'en faire un joli décor qui n'a pas de conséquences directes sur les personnages, à quelques exceptions près. Les points forts de la série sont régulièrement sous-employés et de nombreuses pistes passionnantes ne sont pas suffisamment exploitées malgré un bon paquet d’idées bien senties dans la caractérisation de certains protagonistes ou dans l’écriture de certaines scènes marquantes. The Rain manque de maturité, a du mal à se trouver un ton et souffre de changements d’ambiance soudains et peu légitimes. Et pourtant, par ce qu’elle essaye, par son rythme et par ses beaux moments - quand elle réussit quelque chose, elle le réussit brillamment - elle vaut le coup d’oeil. Un regard conscient des faiblesses et des potentialités pour y découvrir quelques jolies perles… de rosée. Les nuages sont au dessus d’une possible seconde saison. A elle de s’avoir désormais comment s’abriter.