Critique

[Critique] Seven Sisters

Cinéma

Par Henri le

Casting intéressant, scénario intrigant, Seven Sisters serait-il une bonne surprise estivale ? Non. Sept fois non.

L’épuisement des ressources naturelles est un thème qui anime les œuvres dystopiques depuis longtemps. De Soleil Vert à Mad Max en passant par Interstellar, l’explosion démographique auquel le monde doit faire face est très souvent liée à une vision mortifère de la société. C’est sur cette même base que Seven Sisters tisse son scénario.

Le monde est désormais basé sur une stricte politique de l’enfant unique, et tout enfant supplémentaire est cryogenisé par l’état pour mieux vivre ensuite. Confronté à la naissance de septuplées identiques, Terrence Settman décide de donner à chacune le nom d’un jour de la semaine. Parfaitement intégrée dans la société, Karen Settman est en fait sept personnes bien distinctes. Mais quand Lundi disparait, les ennuis commencent.

Depuis le succès international de la saga Millenium, Noomi Rapace a su se faire une place dans le paysage hollywoodien. Il est donc assez étonnant de la retrouver dans cette plus petite production, aux côtés de Willem Defoe et Glenn Close. Mais ces deux derniers n’occupent qu’une place minime, alors qu’elle endosse la majorité des rôles visibles à l’écran sur plus de deux heures. On imagine que l’actrice a dû être tentée par cette occasion assez rare de travailler sur plusieurs palettes d’émotions en même temps.

Tommy Wirkola, à qui l’on doit déjà les très moyens Hansel & Gretel : Chasseurs de sorcières ou Dead Snow, est rapidement confronté aux limites de la situation initiale. Alors que chacune de ces femmes est censée devenir Karen Stettman la journée, il est bien difficile de leur allouer une quelconque identité en dehors. Noomi Rapace est alors grimée de lunettes, d’une frange, d’une perruque blonde, mais ces gimmicks visuels ne permettent jamais de clairement différencier les entités. On se contente d’un personnage vaguement bimbo par ici, d’une action girl par là sans oublier la présence (désormais indispensable) de la geekette férue d’informatique.

Rapace réussit malgré tout à composer avec ses propres sosies, sans que la supercherie ne dérange vraiment. Pour autant, la comparaison avec Orphan Black est difficile, et l’impressionnant numéro de Tatiana Maslany aura laissé des traces dans l’esprit des amateurs de série.

Conscient de la difficulté d’incarner autant d’alias, Wirkola s’en sépare assez rapidement par l’intermédiaire d’un Bureau d’Allocation des Naissances très violent, qui n’avait semble-t-il pas prévu qu’une femme puisse avoir des jumeaux, voire plus. Commence alors une chasse à l’homme pour éliminer les autres sœurs.

Pas originales pour un sou, ces séquences sont pourtant les plus réussies. La mise en scène est propre et Noomi Rapace démontre de belles capacités physiques à l’écran. On a bien du mal à l’imaginer maîtriser des agents du SWAT à main nue, mais elle arrive malgré tout à faire écran grâce à une vraie énergie. Certaines scènes, comme ce saut entre deux immeubles ou l’utilisation d’un doigt coupé pour appuyer sur une gâchette, frisent quand même le grand guignol.

Wirkola meuble cette longue course-poursuite d’éléments scénaristiques épars, qui aurait pu donner de l’épaisseur au récit s’ils n’étaient pas expédiés dans le dernier quart d’heure du film. On pense notamment à une histoire d’amour un peu incongrue, qui sert plus d’élément de résolution que de véritable moteur du récit. L’aspect conspirationniste qui chapeaute l’ensemble aurait lui aussi mérité un peu plus de profondeur, d’autant que des films comme Les Fils de l’Homme ou l’Armée des douze singes ont déjà ouvert la voie sur le sujet.

L’antagoniste principale, incarnée par une Glenn Close moins inspirée que dans le récent (et plus réussi) The Last Girl, enfile les clichés du politicien véreux. Cela à pour effet d’atténuer tout effets de surprise lors la révélation finale.

On se focalise sur deux versions de Karen Settman, alors que le principe même du film réside dans la multiplicité de sa personne. Même derrière sa mise en scène convenable, Seven Sisters n’arrive jamais à faire pleinement honneur à son idée principale.

Malgré une prestation plutôt ambitieuse de Noomi Rapace, Seven Sisters n’arrive pas à s’extirper de son statut de série B très moyenne. Alors que le scénario dystopique laissait entrevoir une réflexion sur le futur de nos sociétés, le film se contente d’enchaîner des scènes d’action certes agréables, mais sans aucune émotion. Ce manque de liant et d’idée a pour effet de souligner l’absurdité de certaines séquences, mais aussi une vraie faiblesse dans l’écriture. Une bonne actrice ne fait pas tout. La preuve par sept.