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Retour à Hawkins : Stranger Things 5 révèle-t-elle trop de failles ?

Stranger Things saison 5 arrive sur Netflix ce jeudi 27 novembre avec de lourdes responsabilités sur les épaules. Ces quatre premiers épisodes sont-ils à la hauteur ? Critique.

1244 jours, mais qui compte encore ? Il s’est écoulé plus de trois années depuis la dernière saison de Stranger Things sur Netflix, trois années durant lesquelles les spectateurs, comme nous, se sont voués passionnément à d’autres productions télévisuelles. Trois années pendant lesquelles on a pu fomenter des théories sur l’issue de la série lancée en juillet 2016.

Cette attente aurait pu nous convaincre que l’herbe était plus verte ailleurs, limiter notre entrain à découvrir le premier chapitre de ce grand final. Pourtant, à deux heures du matin, on trépignait à l’idée de retrouver Hawkins, l’Upside Down et tout ce qu’il y a entre les deux. C’est avec l’appétit d’un mort de faim que l’on a entamé un marathon nocturne, pas seulement par responsabilité professionnelle.

Parce que Stranger Things nous a marqués comme peu de séries peuvent se revendiquer de l’avoir fait. Parce que la création des frères Duffer est l’une des rares capables de nous tenir éveillés jusqu’au petit matin. Mais à anticiper autant le retour du fils prodige de Netflix, est-ce que l’on ne risque pas un peu d’être déçu ?

Plus d’un an après l’ouverture des failles, Hawkins est sous surveillance militaire. La ville est barricadée et personne n’entre ou ne sort. Vecna, lui, a disparu. Mike, Dustin, Hopper ou encore Nancy s’organisent pour le trouver et lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Dans l’Upside Down ou la surface, c’est l’ultime bataille d’une guerre qui aura duré près de six ans qui se prépare.

En attente de réponses

S’il faut être tout à fait honnête, ça ne fait pas vraiment trois ans que l’on attend ces épisodes de pied ferme. Il y a neuf ans, les frères Duffer déployaient un imaginaire fourni, peuplé de créatures effrayantes et dont la simple existence est un mystère à part entière. Cette dernière saison a donc la lourde responsabilité de répondre à toutes les questions que l’on se pose encore sur l’Upside Down et Vecna.

Sauf que, sur leurs petits vélos, nos héros patinent. Le premier épisode s’étire inexorablement avant de permettre à Stranger Things d’entrer dans le vif du sujet : la traque de Vecna. Les frères Duffer ont voulu prendre le temps de construire un climat particulier à Hawkins, celui d’une ville occupée et d’une résistance qui s’organise.  Ils ne parviennent pas à faire éclore cette idée.

Il faut s’assurer que tous les héros ont le temps nécessaire à l’écran, quitte à délaisser la ville elle-même. Hawkins ressemble plus que jamais à une ville fantôme, finalement peu touchée par les conséquences de l’ouverture des failles en dehors de notre équipe.

On nous montre bien les convois militaires, le plan de nos héros, mais les autres habitants, eux, sont aux abonnés absents. C’est avec eux que la saison 5 aurait véritablement pu renverser l’ordre établi, en confrontant le commun des mortels aux intrigues de l’Upside Down. 

Critique Stranger Things Saison 5 Partie 1 6
© Netflix

Les frères Duffer ont d’autres chats à fouetter… beaucoup. Non contents d’avoir déjà deux dimensions à explorer, les créateurs s’aventurent dans de nouvelles contrées et complexifient la partie. Trop ? Indubitablement. Ils ne savent plus que faire de ce trop-plein de lieux et d’arcs narratifs. En ressort un véritable problème de rythme qui entache largement l’idée que l’on se faisait de Stranger Things. Il faudra attendre l’épisode 4 pour que la série commence vraiment à proposer quelque chose de nouveau (qui est surpris ? ).

L’attente de retrouver tout le monde

Mais à bien y regarder, ce n’est pas la première fois que Stranger Things ressasse ses idées. La saison 2 adoptait déjà des motifs et mécaniques similaires à la saison précédente, tandis que la saison 4 se concentrait plus que de raison sur une mission sauvetage qui aurait pu être l’affaire d’un épisode. Mais alors pourquoi, cette fois-ci, on ne se prend pas au jeu ? Ou du moins pas complètement.

Les personnages manquent d’amplitude dans une galerie qui commence doucement à ressembler à une ligne de métro aux heures de pointe. Chacun joue des coudes devant la caméra, chacun a droit à un enjeu d’ampleur, mais peu ont vraiment le temps de nous convaincre.

Critique Stranger Things Saison 5 Partie 1 5
© Netflix

C’est pourtant la grande réussite de Stranger Things, sa galerie de personnages. Des archétypes américains, certes, mais d’excellents vaisseaux pour de la SF qui se veut accessible au grand public. Beaucoup ont eu des progressions notables, comme Steve qui a commencé l’aventure comme un insupportable cool kid pour devenir un tendre looser. Il est fauché en plein vol par une saison 5 qui le confine à une écriture en deux dimensions.

Face à lui, Dustin profite d’une montée en puissance et s’extirpe de sa figure de caution humoristique. Pourtant, là encore, le récit se contente de poser machinalement les balises de cette évolution avant de la matérialiser par le biais des dialogues. Il y a tout simplement trop à faire pour s’attarder sur ce qui était précédemment le cœur battant du récit. On n’ira pas jusqu’à dire qu’on n’est pas heureux de les retrouver, que l’on n’a pas esquissé quelques sourires quand ils apparaissent, mais quelque chose sonne creux.

Le cas Will est particulièrement intéressant, il symbolise toute cette difficulté pour Stranger Things à composer avec son ensemble. Au second plan dans la saison 4, il redevient l’épicentre de l’intrigue et s’offre un arc qui ne démérite pas. Sauf qu’après trois ans, et quantité d’autres histoires, forcément, ce basculement paraît artificiel.

En attente de surprises

Nous avons sans doute passé trop de temps sur les forums à éplucher des théories, trop de temps à écrire sur une saison 5 qui n’en finissait plus de se faire attendre. C’est le risque quand on fait patienter le public aussi longtemps, il en vient à évaluer toutes les possibilités.

Souvent, dans ces cas-là, c’est le suspense qui trinque. Rien n’est véritablement surprenant dans cette première moitié de saison. Déjà parce que la même musique nous a déjà été jouée, mais aussi et surtout parce que c’est la saison qui semble avoir le plus à cœur de contenter ses fans… quitte à se refuser beaucoup de choses, et notamment la plus évidente : tuer des personnages. 

C’est une mécanique bien connue des adorateurs de Stranger Things, tellement connue qu’elle prête à sourire. Chaque début de saison, il est question de faire intervenir un nouveau personnage (Bob Newby ou Eddie Munson) pour mieux le tuer à l’approche du grand final. Les anciens, eux, sont épargnés par la décidément très solide armure narrative. 

Critique Stranger Things Saison 5 Partie 1 4
© Netflix

Les frères Duffer manquent de courage si vous voulez notre avis. Ils ont sauvé Hopper in extremis, ils ont cultivé le mystère entourant la survie de Max… Et ils en paient maintenant les conséquences. S’ils promettent une saison 5 tragique, on a de plus en plus de mal à y croire.

Des soldats surentraînés se font déchirer par des créatures sanguinaires, mais nos héros s’en sortent avec quelques égratignures. Leur force c’est leur savoir, leur connaissance de l’Upside Down, mais on s’explique assez mal comment tout ce beau monde a pu passer l’hiver 1983… alors l’hiver 87 ! Il reste tout de même quatre épisodes à la série pour nous convaincre que l’on avait tort, pour nous bousculer vraiment… et nous traumatiser un peu.

Trop d’attentes ?

À l’heure du bilan, après quatre épisodes et un marathon de près de 5 heures, on se demande si l’on n’en attendait pas un peu trop de cette saison ? Oui, mais les frères Duffer ont un atout dans leur manche : on aime assez l’univers et les personnages pour pardonner ce lancement en demi-teinte.

Critique Stranger Things Saison 5 Partie 1 3
© Netflix

On leur pardonne volontiers le manque de subtilité — même si certains dialogues sont criminels — parce qu’on ne s’est pas ennuyé pour autant. La série n’a pas été avare en séquences ambitieuses. Un plan séquence qui redynamise l’ensemble ou encore des transitions efficaces, Stranger Things n’a pas perdu son âme. Son esthétique reste diablement ludique, ses gimmicks aussi. Profitant des progrès techniques en matière d’effets visuels, la série semble avoir enfin la largesse de s’attarder dans l’Upside Down. Plus que jamais, Stranger Things explore sa dimension des enfers et délivre des séquences prenantes illustrées par une réalisation qui ne démérite pas. Le grand final qui nous rattrape en plein vol, sauve presque le tout. L’art du cliffhanger…

Maintenant, on attend le 26 décembre comme le matin de Noël (euh… le lendemain du matin de Noël ?) et on espère que la série se terminera sur une meilleure note. On attend que les créateurs nous offrent ce pour quoi on est venu, mais surtout ce que l’on n’anticipait pas.

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