Critique

[Critique] Jurassic World : La colo du Crétacé, un vrai faux « teen movie » préhistorique

Série

Par Felix Gouty le

Pour nous faire patienter avant la sortie de « Jurassic World : Dominion », Universal et Netflix nous ont concocté une série d’animation se déroulant durant les événements du premier « Jurassic World. » L’occasion pour le Journal du Geek de revenir au pays des dinosaures, grâce à « Jurassic World : La colo du Crétacé », dans une critique garantie sans spoilers !

Crédits : Netflix / Universal.

Le troisième (et dernier ?) opus de la trilogie Jurassic World ne se montrera en salle qu’en juin 2021. Si la crise sanitaire n’empire pas les choses d’ici là, Netflix et Universal font patienter les « dino-nerds » avec une nouvelle série d’animation. En huit épisodes de 25 minutes, Jurassic World : La colo du Crétacé raconte les vacances tourmentées d’un groupe de jeunes adolescents sur Isla Nublar, l’île où John Hammond avait dépensé sans compter pour ramener des dinosaures à la vie dans un parc d’attractions. L’intrigue de cette série se déroule dans l’ombre des événements désastreux de Jurassic World, le film de Colin Trevorrow, dans lequel l’Indominus Rex, un dinosaure hybride créé par le généticien Henry Wu, fait fermer le nouveau parc ultra-moderne rebaptisé Jurassic World. Après l’excellent spin-off Battle at Big Rock, situé entre Jurassic World : Fallen Kingdom et Dominion, la Colo du Crétacé peut-elle réussir à étancher la soif préhistorique d’un « dino-nerd » ?

La médiocrité trouve toujours un chemin

Soyons clairs dès le début : non, Jurassic World : La colo du Crétacé n’arrive certainement pas à la cheville des séries animées des années 1990 adaptées d’autres blockbusters comme Godzilla, Men In Black et (surtout) Batman. Plutôt que d’explorer tout le potentiel offert par le monde esquissé sur grand écran comme ses prédécesseurs, cette série animée-ci se perd dans ses propres méandres contradictoires sur ce qu’elle aimerait être. Netflix la classe, en vérité à tort, parmi les contenus conseillés « pour enfants » et « recommandés pour les 7 ans et plus ». Dans ses premiers épisodes, la série est effectivement très enfantine, voire trop. D’ailleurs, son animation, plus proche de la Pat’Patrouille que de quelque chose justifiant le budget de Universal, le reflète bien. Cependant, dès la seconde moitié de la saison, le ton change drastiquement. Les dialogues et les relations entre les personnages sont légèrement plus mâtures – mais assez pour que le changement se fasse remarquer. Les enjeux sont emprunts de plus de gravité et surtout le « kill count » (le nombre de morts) et la dangerosité augmentent littéralement d’un épisode à l’autre. La série s’approche alors bien plus d’un « teen movie » à suspens que d’un récit d’aventure jeunesse. Un tel contraste a évidement ses bons côtés mais n’a, avec le recul, rien de bénéfique quelque soit l’âge et la maturité du spectateur. D’une part, les plus jeunes seront probablement choqués, voire terrifiés, par la montée drastique de tension et de gravité de la série – qui finit par égaler celle des films à plusieurs endroits. D’autre part, les plus âgés la vivront comme un long sevrage de ce qu’ils considéreront comme un faux départ, s’ils se sont permis de regarder au-delà. En somme, à la fin des huit épisodes de cette (première ?) saison de Jurassic World : La colo du Crétacé, le spectateur a vraiment l’impression d’avoir suivi deux séries : la version familiale, plus commerciale et moins engageante, et la version d’origine, plus mature et travaillée.

Crédits : Netflix / Universal.

Cependant, les défauts de cette série ne se résument pas uniquement à cette dualité perturbante. Loin s’en faut ! La première partie de la série est bourrée de soucis flagrants de logique et de crédibilité – dont la deuxième moitié ne sera pas non plus totalement exempte. A de nombreuses reprises, les personnages se retrouvent au pied du mur, prêts à être dévorés goulument par un terrible lézard géant, avant de s’en sortir miraculeusement. La narration ne fait appel à aucun retournement de situation qui pourrait justifier ou donner forme à leur échappatoire. Les personnages s’en sortent simplement, le plus souvent, en courant avec leurs petites jambes. Au début de la série, les jeunes protagonistes n’ont absolument rien de l’ingéniosité ou de la réactivité qui caractérisaient, fut un temps, les personnages de Tim et Lex dans le premier Jurassic Park ou même d’Eric dans Jurassic Park III. La série procède aussi à de multiples téléportations qui, dans un continuum espace-temps réaliste, seraient bien souvent impossibles.

L’autre défaut récurrent de la série est sa relative lourdeur. A l’image de son générique peu inspiré, la première partie de la série tente de se dédouaner de son manque de créativité en présentant très rapidement un grand lot de dinosaures, plutôt que de les délivrer au compte-goutte. Autre preuve de sa dualité, la série semble justement se rendre compte de son erreur en limitant la présence des dinosaures (et leur nombre) aux moments les plus dramatiques. Idem pour ses cliffhangers de fin d’épisodes qui vendent très souvent plus de suspens que de raison, au regard des épisodes qui les suivent. L’élément déclencheur, qui permet au leader Darius de rejoindre la colo du Crétacé comme il en rêvait, en fait preuve lui aussi (sans compter une grave erreur de « lore », dès le premier plan du premier épisode !). Par ailleurs, pour les intéressées, la version française de la série incarne malheureusement cette médiocrité qui caractérise la série (et, plus particulièrement, sa première partie). Insipide, elle n’essaie même pas de retranscrire les légers accents qui, en version originale, donnaient un peu de personnalité à la dizaine de personnages de la série. Et non : le seul caméo de la trilogie, Henry Wu, n’est pas doublé par son interprète d’origine, BD Wong.

Seuls au monde sur Isla Nublar

Fort heureusement, la deuxième moitié plus mâture de Jurassic World : La colo du Crétacé surprend. Son écriture – qu’il s’agisse des dialogues ou de l’intrigue – semble véritablement plus travaillée et, ainsi, plus palpitante. La dynamique du groupe, et les personnages individuels qui le forment, fonctionnent bien mieux. Leur psychologie se complexifie et, avec elle, l’impact des actions de chaque personnage sur leurs péripéties. Le spectateur finirait, presque, par s’attacher à cette bande qui naturellement finit par se souder. Certains passages dramatiques, où des gestes héroïques finissent (classiquement) plus tragiquement que prévus, deviennent plus engageants et émouvants. La série parvient aussi, dans cette deuxième moitié, à exploiter davantage sa nature de récit parallèle avec l’intrigue du Jurassic World. Sa narration réussit parfaitement à s’imbriquer dans celle du film de 2015 et a adapter ses dénouements aux siens.

Crédits : Netflix / Universal.

A la marge de ce parallélisme réussi, la série se permet même d’ajouter quelques belles petites idées supplémentaires. Sans gâcher les surprises, Jurassic World : La colo du Crétacé introduit notamment l’existence d’un nouveau laboratoire concurrent à InGen, la société de John Hammond, à l’image de BioSyn dans les films et romans d’origine. La série capitalise aussi plus subtilement sur la thématique des modifications génétiques pratiquées sur les dinosaures clonés par le Dr. Wu, en présentant autre chose qu’un énième monstre mutant sans saveur. Concernant justement les dinosaures, Jurassic World : La colo du Crétacé parvient à se désolidariser du courant d’anthropomorphisation excessive de la nouvelle trilogie. A l’exception de Bossue, l’acolyte dinosaurien du groupe, qui ressemble plus à un chien qu’à un être doué d’humanité et à la scène finale où figure l’antagoniste théropode de la série (et non, ce n’est pas un T. rex et c’est peut-être mieux ainsi), les dinosaures sont représentés pour ce qu’ils sont : des animaux dangereux, qu’ils soient des prédateurs mortels ou simplement d’énormes bêtes sauvages dont il ne vaut mieux pas s’approcher surtout pour les caresser.

Enfin, sans en dire davantage, le dernier épisode installe bien l’intention réelle de la série : s’étaler au-delà d’une seule et unique saison. Bien que se déroulant parallèlement aux événements de Jurassic World, La colo du Crétacé finit, pour ses protagonistes du moins, à l’opposé du film. Malgré le changement de cap réparateur mi-saison, les prémisses de cette saison deux ne sont pas forcément rassurants. De ce fait, cette dernière constituera le véritable test sur lequel la série méritera d’être jugée … en attendant que Jurassic World : Dominion ne se montre et décide de son destin sur le long-terme.

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  • Sam Neill, Laura Dern, Bryce Dallas Howard (Actors)
  • Steven Spielberg (Director)
  • Audience Rating: Tous publics

Notre avis

En prenant les premiers épisodes de Jurassic World : La colo du Crétacé, n'importe quel fan de la saga pourrait facilement admettre qu'elle est tombée bien bas. Fort heureusement, la seconde moitié de la série, plus grave et plus intrigante, amène un regain d'intérêt dont elle avait certainement besoin. En fin de compte, bien que peu compétente à bien des égards, la série représente un bonus satisfaisant quoique négligeable au premier film et, pour certaines de ses idées originales, à la saga en général.

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