Critique

[Alors on regarde ?] House of Cards saison 6 : plus dure sera la chute

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Allan Blanvillain le

Figure de proue du navire Netflix à ses débuts, House of Cards n’aura eu de cesse de voir sa qualité diminuée jusqu’à ce que les accusations d’agressions sexuelles de son acteur-star Kevin Spacey viennent achever une série mal-en-point. Avec Robin Wright en seule tête d’affiche, il lui restait une sixième et dernière saison pour tenter de tirer sa révérence avec les honneurs. Mais pas sûr que ces huit épisodes (contre treize habituellement) suffisent à rattraper plusieurs années d’errance.

Cela avait été montré dès les bandes-annonces de cette saison 6 : Frank Underwood n’est plus. Et c’est bien une présidente veuve qu’on retrouve dès les premières images de House of Cards. En quelques minutes, le cas Kevin Spacey est ainsi évacué (d’ailleurs on ne verra pas son visage une seule fois), laissant à Claire les rênes du pouvoir. Ça tombe bien, c’était déjà ce qui se passait à la toute fin de la saison 5. En un sens, on peut ainsi dire que malgré le changement de destin de dernière minute de l’ex-président, la série maintient un certain cap. Du moins avec elle-même.

L’occasion étant trop belle, House of Cards en profite pour plonger à corps perdu dans la vague féministe post-#MeToo, la nouvelle Calife à la place du Calife étant désormais la cible des rapaces qui voient en la femme une proie facile. Le scénario n’aura alors de cesse d’opposer sa prétendue fragilité avec la réalité – dont Claire s’amuse souvent avec le spectateur – : elle n’a rien à envier à son mari. « Bill savoure de me savoir femme en détresse. S’il savait… » nous glisse-t-elle avant de contre-attaquer l’épisode suivant en formant un cabinet entièrement féminin. Fausse potiche, vraie manipulatrice, la présidente joue autant de son sexe qu’elle fait passer un message : plus aucun homme ne lui dictera sa conduite. Oui, c’est une femme et c’est là toute sa force, c’est de là que naîtra la différence… ou de ce qu’on nous en fait croire.

House of Frank

L’intention serait louable si on ne passait pas huit épisodes à nous rappeler le précédent chef des lieux. Comme si les scénaristes se tiraient une balle dans le pied – ou serait-ce une nouvelle preuve d’une série qui s’est perdue en route, mais nous y reviendrons – l’absence de Kevin Spacey a beau être vite entérinée, elle se rappelle continuellement à nous. Frank Underwood est évoqué constamment, que ce soit pour ses anciennes promesses, pour comparer sa successeur, ou même pour le mystère entourant sa mort dont l’intrigue se repaît. C’est bien simple, son fantôme hante constamment les murs.

Évidemment, se débarrasser d’une telle figure de la série n’était pas chose aisée et on comprend que les showrunners aient eu besoin de maintenir Frank en vie, du moins dans les esprits. Mais ça crée obligatoirement un paradoxe au sein d’une saison 6 qui veut se tourner vers l’avenir sans parvenir à s’échapper du passé. Cela aurait pu marcher si ça avait débouché sur une nouvelle saison, sauf que pour un final, la pilule ne passe pas. D’autant que par l’intermédiaire de Doug Stamper, le show semble appeler au pardon du personnage (et de Kevin Spacey ?), ce qui est d’autant plus gênant par rapport au propos principal…

La House of Cards en feu

Sauf que les problèmes de cette saison 6 d’House of Cards ne s’arrêtent pas à ce double discours incompatible en l’état. Ils proviennent d’un mal plus profond qui touche le show depuis plusieurs années : l’incapacité à se renouveler. Depuis un moment maintenant, la série semble tourner en rond, multipliant les intrigues à la cour sans paraître se soucier de la cohérence de l’ensemble. Combien de trahisons, de manipulations, d’adversaires – politiques ou non – qui apparaissent de nulle part avant de disparaître d’un claquement de doigts. Au fil des saisons, le show s’est replié sur ce qui a fait son succès sans chercher à évoluer et la qualité de son intrigue s’est transformée en paresse. Une paresse qui n’aura jamais autant sauté aux yeux que lors de cette saison 6.

Il n’y a qu’à voir l’arrivée de la famille Shepherd pour se rendre compte du souci. Le frère et la sœur sont à la tête d’une des plus grosses entreprises privées du pays, le fils est un magnat de la presse, et on nous les présente comme des proches des Underwood depuis des décennies. D’ailleurs, ils étaient en affaire avec Frank. Quelqu’un peut-il donc nous dire pourquoi on ne les découvre que maintenant ? Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Comme à leur habitude, les personnages vont et viennent, changent de camp, de personnalité même parfois, au gré des besoins narratifs, faisant fi de toute logique, de tout réalisme. Et quand les scénaristes en ont besoin, une ellipse vient accélérer les choses.

Comment imaginer une quelconque envie de bien faire lorsque l’on voit la façon absurde dont les problèmes sont réglés ou celle dont le quatrième mur est utilisé ? Le final – qui tombe comme un cheveu sur la soupe – finira d’achever une série qui souffre de sa longévité, de son propre modèle qu’elle n’aura pas su dépasser. Par manque d’idées, House of Cards est tombée dans la parodie, la caricature, et elle tire sa révérence en partant par la plus petite des portes. On regrettera ce qu’elle était, pas ce qu’elle est devenue.

Notre avis

Avec son changement de direction forcé, la saison 6 d'House of Cards avait la possibilité de finir avec les honneurs. Et sur certains points, on peut dire qu'elle aura essayé... mais trop peu. Précipité, fainéant, ce dernier tour de piste n'aura fait que surligner les faiblesses de la série. Même Robin Wright semblait faire du pilotage automatique en ersatz féminin de Frank Underwood, oubliant ce qui faisait sa différence. Les dernières cartes du château se sont écroulées...

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