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The Boroughs : faut-il craquer pour ce Stranger Things en déambulateur ?

Après Something Bad is going to happen, les frères Duffer présentent une nouvelle série sous la bannière Upside Down Pictures. Faut-il craquer pour The Boroughs : Retraite rebelle ?

En 2022, les frères Duffer annoncent la création de leur propre société de production dans le cadre d’un accord avec Netflix. Il y a d’abord eu l’horreur avec Un très mauvais pressentiment et maintenant la science-fiction avec The Boroughs. Une sorte de Stranger Things à la maison de retraite avec Alfred Molina, Geena Davis et Bill Pullman. Un nouveau hit qui va retourner Netflix ? Pas sûr…

La science-fiction dans du formol

Avec Stranger Things, les frères Duffer ont initié un mouvement qui a pris racine ces dernières années au cinéma comme sur le petit écran : une ode aux années 80. Sans l’engouement pour la production largement inspirée des Goonies et du cinéma de Steven Spielberg, certaines franchises n’auraient sans doute jamais eu l’idée de revenir sur le devant de la scène. Sans la “rétromania”, Ghostbusters n’aurait pas livré ses deux derniers films, Warner Bros n’envisagerait pas un retour des Goonies au cinéma et la saga Indiana Jones ne serait pas sortie de sa tombe pour un cinquième film.

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© Netflix

Les années 80 continuent de fasciner et l’industrie l’a bien compris. The Boroughs s’inscrit aussi dans cette mouvance, mais finalement plus dans la forme que dans le fond. L’intrigue est contemporaine, les thématiques et l’écriture beaucoup moins. Tout dans la série rappelle les belles heures du cinéma d’Amblin, à commencer par une troupe de personnages attachants confrontés à des événements surnaturels.

Là où E.T utilisait le merveilleux pour accompagner le passage à l’âge adulte, The Boroughs renverse le processus. L’histoire suit Sam, veuf qui s’installe dans la communauté pour personnes âgées. S’il n’est pas franchement ravi de rejoindre cette nouvelle (et peut-être dernière) demeure, la rencontre de ses voisins va changer la donne. Ils vont s’unir pour protéger la seule chose qu’ils n’ont plus : le temps.

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© Netflix

La mort est le fil conducteur de toute cette aventure en voiturette de golf et en charentaises, elle guide la galerie de personnages plus attachants les uns que les autres. Alfred Molina est un splendide grincheux endeuillé qui oscille entre purs moments de comédies et élans dramatiques comme personne. Face à lui, Geena Davis irradie tandis que Denis O’Hare vole la vedette à chacune de ses apparitions.

The Boroughs parvient à retranscrire l’effet bande cher au cinéma d’aventure des années 80, le tout avec un optimisme contagieux. N’attendez pas des séquences horrifiques de haute volée, un mystère insoutenable ou des scènes d’action ébouriffantes, l’objectif n’est pas là. The Boroughs est mue par son envie de raconter les humains à leur crépuscule et c’est là qu’elle trouve sa lumière. Qu’il s’agisse de sexualité, chose assez rare quand on parle de septuagénaire ou encore de la maladie, The Boroughs soigne ses effets et sait exploiter ses bonnes idées. Elle ne réinvente pas la roue mais s’invite sur un créneau encore rarement exploité : l’épouvante à travers le regard de personnages plus proche du générique de fin que de celui du début.

Un peu mou du genou…

Si la portée émotionnelle du récit est maîtrisée à chaque instant, il manque tout de même à The Boroughs plus de cran pour convaincre tout à fait. Le cran de faire des choix de mise en scène radicaux et de s’affranchir de l’esthétique Netflix. Comme bien souvent sur la plateforme, chaque nouvelle série ressemble à la précédente. C’est particulièrement décevant quand on nous joue la carte de la nostalgie. La même lumière diffuse éclaire le visage des acteurs alors qu’elle devrait plutôt se jouer des ombres pour saisir le temps qui passe ou simplement pour renforcer son ambiance rétro.

Il faudra se contenter d’un filtre sépia du pire effet et une difficulté à faire exister un lieu qui avait pourtant tout du cadre idéal pour une aventure du genre. Si le Manoir se démarque, avec ses allures de parc d’attractions pour adulte, le désert et les appartements de nos personnages ne seront jamais exploités pour véritablement construire l’identité d’un show qui veut rendre l’endroit inquiétant.

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© Netflix

Même la musique, omniprésente, joue contre son camp. Elle étouffe les moments dramatiques et gâche les effets de surprise lorsque la série flirte avec l’horreur. À trop vouloir jouer la carte de la nostalgie, , The Boroughs devient trop souvent désuète.

Sous ses airs d’Amblin crépusculaire, The Boroughs révèle surtout l’uniformisation esthétique de Netflix et la marchandisation à outrance de la nostalgie. On ne peut s’empêcher de se dire qu’entre les mains d’une plateforme qui a moins tendance à standardiser ses projets, elle aurait pu être un vrai tour de force pour la science-fiction.

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