Quelques mois après les adieux à Stranger Things, un autre monument télévisuel s’en va. Prime Video vient de livrer l’ultime épisode de The Boys, la conclusion d’une série qui aura changé le regard que portait les spectateurs sur les superhéros. L’adaptation des comics de Garth Ennis, qui s’est largement écarté du matériau source, a-t-elle flanché dans la dernière ligne droite ? A-t-on eu le final que l’on espérait ? On fait le bilan.

Top : une vraie bataille finale
The Boys n’a pas le budget d’un Game of Thrones ou d’un Stranger Things. Pour calmer les ardeurs des fans, le créateur Eric Kripke a fait savoir que ce dernier épisode n’aurait pas l’allure d’un blockbuster à plusieurs millions de dollars. Pas un déluge d’effets spéciaux, pas un nombre incalculable de superhéros à l’écran et surtout pas un épisode sous la forme d’une bataille de plusieurs heures. Finalement, on aura eu droit à une bonne dizaine de minutes de soupe de phalanges et de rayon laser dans la maison blanche… et pas du genre qui laisse tout le monde avec un simple coquard.

La séquence fonctionne bien, les personnages ne retiennent pas leurs coups. On regrette tout de même que la disparition des pouvoirs d’Homelander n’entraîne pas un changement dans la réalisation. Il manque un véritable basculement dans la manière de mettre en scène la nouvelle impuissance du personnage. C’est particulièrement vrai concernant le design sonore, qui continue d’amplifier le bruit des poings de Butcher s’abattant sur le visage de son ennemi. Plus de réalisme aurait profité à cet ultime combat.
De la même manière, la série use de grosses ficelles pour retarder la montée en puissance de Kimiko, tire en longueur lorsqu’il faut enfin faire chuter son antagoniste. Le dernier épisode est finalement à l’image de la dernière saison, une conclusion qui ne cesse de reculer pour éviter de sauter tout à fait.
Flop : pas de véritables surprises
The Boys n’a jamais été une série de mystère, pour autant, elle a offert de jolis coups de sang à ses spectateurs. Qu’il s’agisse de la mort de Robin dans le premier épisode ou encore celle de Victoria Neumann, l’adaptation des récits de Garth Ennis a souvent su ménager ses effets. Ce final, et même plus largement cette saison, peine à retrouver ce talent pour le twist.
Les préparations sont souvent grossières, les spectateurs sont trop entraînés. Qu’il s’agisse du bâillon présenté dans l’introduction de ce nouvel épisode ou encore le retour prophétique de Ryan, The Boys est sur des rails et n’en sortira qu’à de très rares occasions. Ce que l’on peut reprocher à ce final, c’est de n’avoir pas tout à fait embrassé la radicalité de ses choix.

Même lorsque Butcher bascule, le récit se sent obligé de lui offrir une rédemption. Parce que Karl Urban est trop charismatique pour être tout à fait un connard, parce qu’il faut bien jouer sur la corde sensible. The Boys, à l’approche de ses adieux, teinte ses épisodes d’une mièvrerie inédite ou du moins confinée à Frenchie et Kimiko jusqu’ici. Mention spéciale pour le fantôme de Frenchie qui atteint des sommets de nunucherie. On souffle fort.
Flop : Il arrive après une saison très moyenne
The Boys souffre de la même maladie que bien des cartons au rayon streaming : elle a rencontré un tel succès que ce qui devait être aventure contenue en quelques épisodes a donné naissance à tout un univers de productions dérivées. Si Eric Kripke a raillé Marvel aussi souvent que possible, force est d’admettre que Butcher et sa bande ont emprunté la même voie que les Avengers.
Avec les séries dérivées, Prime Video a ouvert de nouvelles pistes que les spectateurs espéraient voir explorées pour le grand final. C’est particulièrement vrai pour Gen V, dont la seule raison d’exister était finalement le virus. Il n’aura eu qu’un impact modéré sur le combat final… pire, les aptitudes de Marie qui représentaient un danger pour Homelander n’ont jamais été exploitées.

Marie Moreau, Jordan Li et Emma Shaw sont intégrés au chausse-pied dans une saison déjà incapable de tenir son rythme. On sent bien que l’idée de Kripke était de faire une réunion de tous ses héros et de s’amuser sur les plateaux une dernière fois… au détriment de la portée dramatique. On se dit que la série aurait dû profiter d’une construction en trois actes. Une saison pour raconter la rencontre des Boys et le basculement de Homelander, une autre pour sa montée en puissance et ses délires christiques, et une dernière pour écorner l’image de sauveur de Billy Butcher.
Top : C’est une vraie fin
On le disait plus haut, Prime Video ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Deux autres séries en live-action sont prévues, une évoluant à Mexico avec des personnages inédits, l’autre opérant un voyage dans le passé pour raconter la naissance de Vought. La seconde est intimement liée à cette nouvelle saison et plusieurs épisodes se sont attachés à construire les bases de ce qu’elle racontera. On a découvert que Soldier Boy et Stormfront ont eu une liaison, chose qui sera sans doute au coeur du procédé narratif de ce préquel.

Néanmoins, ce dernier chapitre n’empile pas les promesses pour l’avenir et clôt véritablement le chapitre The Boys. Tout le monde prend la tangente, aspire à une vie calme loin des superhéros. Ryan est adopté par MM, Starlight et Hughie coulent des jours heureux avec leur bébé à naître et Kimiko se rend en France sur les traces de Frenchie. À priori, on ne devrait pas nous sortir un autre spin-off du chapeau. Il faut dire que l’atout charme de la série mange les pissenlits par la racine… à moins que Prime Video confie à Karl Urban un préquel. On n’espère vraiment pas.
À l’heure du bilan, The Boys se conclut sur une note positive. Le voyage n’a pas été parfait, certains éléments sont clairement tombés à plat mais dans l’ensemble, la série s’en sort bien mieux que nombre de ses contemporaines. Mais à force de repousser sa propre fin, The Boys a perdu une partie de sa rage.
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