Vous vous souvenez de l’épidémie de coronavirus qui a enfermé des milliards de personnes chez elles ? C’était le bon temps, non ? Surtout pour les claustrophobes. On plaisante, mais du côté de Netflix, on a décidé de miser sur un bon vieux traumatisme en le tirant du lit par l’oreille. Comprenez que le top 1 de la plateforme de streaming fait de cet événement la base de son récit, non sans le détourner avec des créatures amphibies, parce que c’est plus drôle qu’un virus.

Néanmoins, si on s’est penché sur Le Dernier Refuge, ce n’est pas “que” parce qu’il pète actuellement les scores de visionnage du service SVoD, c’est également parce qu’il s’agit d’un film de Louis Leterrier, l’homme responsable de Fast & Furious X et d’Insaisissables, et qu’on retrouve à l’écran la trop rare Greta Lee (Tron : Ares) et Wagner Moura (Narcos). Des noms qui attirent forcément l’attention. Après, s’il suffisait de beaux noms pour faire un bon film, Monuments Men aurait été un carton. Bref.
De quoi parle Le Dernier Refuge ?
Alors qu’ils s’apprêtent à sortir, la famille Delgado, le couple et leurs deux enfants, se retrouve coincée chez elle par une pluie continue venue de nulle part. Littéralement, puisqu’il est désormais impossible d’ouvrir portes et fenêtres. Une situation que vit également leur voisinage, comme s’ils étaient tous prisonniers de leurs domiciles.

Petit à petit, ils découvrent que leur geôlier n’est pas la pluie, mais d’étranges présences se cachant à l’extérieur. Alors que les jours, puis les mois se suivent, les Delgado doivent apprendre à survivre dans ce qu’ils appelaient leur foyer, rivalisant d’ingéniosité pour trouver les ressources nécessaires. Mais jusqu’à quand ?
Pourquoi c’est cool
Parce que dans son côté survivaliste, Le Dernier Refuge est plaisant à regarder. Attention, cela va dépendre de votre niveau de crédulité et si vous ne vous posez pas trop de questions (on y reviendra), mais globalement, il est assez intriguant de voir comment cette famille va pouvoir tenir aussi longtemps dans une maison qui menaçait déjà de s’écrouler avant que tout commence. D’ailleurs, il est toujours pratique d’avoir un père ingénieur au chômage, juste au cas où.

Louis Leterrier a une règle : faire d’un scénario bancal un long-métrage simple, mais efficace. On est dans de la pure production Netflix faite pour cartonner en période estivale (repensez à Sous la Seine), sauf que dans le genre, on a largement vu pire (repensez à Sous la Seine). Ici, on touche plutôt du doigt Le Monde après nous de Sam Esmail, sans toutefois atteindre la qualité de ce dernier, il ne faudrait pas abuser. La réalisation de Leterrier fonctionne bien, sauf sur son dernier acte, et le film répond bien aux standards de la plateforme, à savoir assurer notre besoin vital de distraction tout en ne compliquant pas inutilement les enjeux ou le mystère pour qui aurait décroché une minute ou deux. Le Dernier Refuge est un long-métrage fait pour engranger les visionnages, mais avec ce qu’il faut d’implication et de soin pour ne pas se sentir complètement trahis par la marchandise.
Pourquoi c’est bête
Pour toutes les raisons que l’on vient de citer au fond. Si vous cherchez davantage qu’un long-métrage algorithmique, Le Dernier Refuge répond au niveau à peine au-dessus, sans faire davantage. Le film met du rythme pour éviter qu’on se pose des questions qu’il ne voudrait pas que l’on se pose, notamment au niveau de l’électricité ou de la psychologie des personnages (on a vu des gens devenir fous pour moins que ça en période de Covid-19). La figuration est réduite au minimum et on évitera de trop s’attarder sur le voisinage, de passage.
Et puis il y a cette morale finale, subtile comme un tracteur dans une fête foraine que l’on voit arriver une semaine avant. Une morale servant à justifier des actes devenus barbares et une humanité où le gentil ne doit plus être méchant s’il veut survivre. Comme beaucoup d’œuvres de plateformes, il engendre une forme de frustration de voir un pitch intéressant (à défaut d’être une révolution), un tandem d’acteurs trop rares, et que l’ensemble tourne dans une forme de routine de production.
Clou dans le cercueil, il y a ce dernier acte où tout s’effondre, où le thriller survivaliste se transforme en affrontement façon Guerre des Mondes du pauvre, où la caméra ne sait plus où donner de la tête et où on se satisfait simplement de voir que Le Dernier Refuge a au moins eu la gentillesse de ne pas trop tirer sur la corde de notre patience. Un long-métrage dans le haut du panier des films moyens du catalogue Netflix. On ne saurait dire si c’est une légère victoire ou une légère défaite, cela dépend sûrement de comment vous voyez le remplissage de votre verre. En attendant, avec le succès du machin et sa conclusion ouverte, on n’est pas à l’abri d’une suite.
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