Sur la toile des grandes licences Disney, TRON est un cas à part. L’opus de 1982 a marqué les esprits en devenant le premier long-métrage à se reposer presque essentiellement sur des images de synthèse, mais sa suite de 2011 s’est écrasée au box-office. Elle a bien failli causer la perte de la franchise. Pourtant, TRON et L’HÉRITAGE jouissent aujourd’hui d’un statut cultissime, notamment grâce à leur direction artistique léchée et, il faut bien l’avouer, à l’excellente bande-son produite par les Daft Punk pour le second volet.
En toutes ses années d’existence, cet univers est apparu à deux reprises dans l’une des plus grandes franchises vidéoludiques de Square Enix (avec Kingdom Hearts II et Kingdom Hearts 3D : Dream Drop Distance), est devenu une attraction majeure des parcs Disney (TRON : Lightcycle Run) et s’est même offert un énième jeu vidéo en 2023 (le visual novel TRON : Identity). Imposer cette licence comme un classique de niche au fil des ans n’a hélas fait que compromettre son éventuel retour au cinéma. Plusieurs tentatives de suite ont failli voir le jour sans ne jamais aboutir de peur d’un autre échec commercial.
On en vient donc à se demander pourquoi (et surtout comment) TRON : Ares fait-il pour débarquer dans nos salles de cinéma cette année alors que la firme aux grandes oreilles peine à sortir d’une période financière difficile ? Avec Jared Leto en tête d’affiche et des trailers loin d’être alléchants, tout le monde croyait déjà à une catastrophe inévitable, nous les premiers. Mais l’audace dont fait preuve Disney ne sort pas de nulle part : il n’a jamais été aussi pertinent de produire un nouvel opus de TRON qu’aujourd’hui.
De quoi parle cette suite ?
TRON : Ares arrive au cinéma avec pour lourde de tâche de raconter une histoire capable de convaincre un public qui n’a jamais connu les volets précédents, sans pour autant faire table rase du passé. Ce troisième long-métrage fait donc le choix d’introduire des personnages inédits et de poser de nouvelles bases. Plusieurs années après les événements de TRON : L’Héritage, l’entreprise vidéoludique et technologique ENCOM a été confiée à deux brillantes jeunes femmes souhaitant faire perdurer la vision du fondateur, Kevin Flynn. Mais les tensions avec l’entreprise rivale, Dillinger Systems, s’intensifient alors qu’une avancée majeure s’apprête à révolutionner la société.
Les deux géants de la tech sont désormais capables de matérialiser des éléments numériques dans notre monde, un pouvoir que Dillinger tente déjà d’utiliser à des fins militaires. Un obstacle subsiste : les objets matérialisés ne peuvent perdurer plus d’une vingtaine de minutes. Débute alors une course contre la montre pour tenter d’obtenir la clé du problème : le code de permanence, une ligne de code cachée par Flynn afin d’éviter toute dérive du genre dans le futur. ENCOM doit absolument le récupérer avant que celui-ci ne tombe entre les mauvaises mains. L’action se déroule donc entre La Grille et notre monde, l’occasion d’approfondir des thématiques très actuelles en lien avec l’IA et son impact sur l’humanité.
TRON s’attaque à des problématiques d’aujourd’hui
En 1982, le premier film TRON tentait d’imaginer l’évolution des mondes virtuels et de l’intelligence artificielle. À cette époque, les ordinateurs ne s’étaient pas encore imposés dans les foyers. Ce revival en 2025 prend donc le risque d’être ringard tant le public a conscience de ces thématiques et des problématiques qui en découlent. Sauf que ce troisième opus arrive à un moment clé de notre propre histoire du numérique : la mise à disposition massive de l’IA et la crainte qu’elle inspire.
Ainsi, même si TRON : Ares puise dans des poncifs – cette quête de préserver une avancée majeure d’une application dangereuse – on se laisse facilement convaincre par la tournure du scénario tant les angoisses des protagonistes sont aussi les nôtres. Sous ses airs de blockbuster d’action à la direction artistique extravagante, TRON : Ares parvient à amener une réflexion plus que nécessaire par les temps qui courent, sans pour autant s’alourdir de ce message qu’il souhaite faire passer.
On passe les Daft Punk au micro-ondes
Le groupe américain Nine Inch Nails prend la relève des Daft Punk pour donner vie à l’ambiance sonore de ce nouveau TRON, et le résultat se montre plutôt convaincant. Seulement voilà, si la bande-son est aussi efficace, c’est parce qu’elle n’est pas sans rappeler celle de TRON : L’Héritage avec une once d’agressivité supplémentaire pour répondre au scénario et aux visuels. NIN a réchauffé les nachos des Daft Punk, mais doit-on leur en vouloir ? En entrant dans la continuité de l’identité sonore de L’Héritage, ce troisième opus parvient à gratter la fibre nostalgique du spectateur tout en proposant un spectacle explosif. La synergie des morceaux et de certaines scènes est telle que l’on se retrouve pris de frissons, et c’est exactement ce que l’on attendait de TRON en 2025. Les gamers seront ravis de découvrir cette ambiance presque Cyberpunk-esque du plus bel effet.
Le cas de Jared Leto
Parlons de l’éléphant dans la pièce : la présence de Jared Leto au casting, et dans un rôle principal qui plus est. Il faut dire que ces dernières années, l’acteur s’est démarqué pour toutes les mauvaises raisons, à tel point qu’une partie du public ne supporte plus de le découvrir à l’écran. Sa présence sur ce projet TRON déjà risqué financièrement a soulevé bien des questions, mais c’est en découvrant le film que l’on comprend pleinement la décision de Disney. Nous tairons les tenants et aboutissants de l’histoire de son personnage, mais nous pouvons néanmoins vous affirmer que Jared Leto est le profil idéal pour le rôle d’Ares. Le manque de sympathie que certains éprouvent pour cet acteur ne fera que renforcer sa performance et le message que le film tente de transmettre. Oui, c’est dur à croire après Morbius, il faut nous faire confiance.
D’autant plus que monsieur Leto est entouré d’autres profils extrêmement talentueux, tels que Greta Lee (Past Lives) et Jodie Turner-Smith (The Agency), qui participent à faire de ce nouvel opus une aventure bourrée d’émotion et d’humanité. TRON : Ares parvient à tirer profit des oppositions entre êtres humains et programmes pour aborder des notions puissantes, telles que la famille et le deuil, de quoi nous tirer quelques larmichettes. On regrette néanmoins que Disney ne parvienne pas à se défaire de la comédie à tout prix, qui a déjà fait bien des dégâts chez Marvel, et qui réduit la portée émotionnelle de certains passages de ce film. TRON : Ares aurait été encore meilleur et singulier en jouant pleinement la carte du sérieux.

Une direction artistique indémodable
Côté visuel, TRON : Ares fait un sans faute. Le film n’hésite pas à expérimenter, quitte à proposer des plans plus kitsch les uns que les autres, et donc parfaitement ancrés dans l’ADN de la franchise. Que ce soit au sein de La Grille ou dans le monde réel, les combinaisons, les motos, les disques et autres murs de lumière sont toujours aussi impressionnants et témoignent de la puissance de cette direction artistique. Les effets spéciaux ont été parfaitement travaillés et ne dérangent jamais, contrairement aux quelques bavures dont Disney fait preuve chez Marvel et dans ses live action ces dernières années. Cette attention au détail permet de donner vie à une scène impressionnante qui ravira les fans, mais il faudra se rendre en salles pour la découvrir, car on ne voudrait pas vous la gâcher.
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