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[Chronique] LEGO Dimensions : des briques et du fric

Par killy le

Depuis quelques années fleurit une nouvelle manière d’aborder le rapport au côté immatériel du jeu vidéo par l’intermédiaire d’avatars « réels ». Ce qui se nomme désormais le jouet-vidéo repose sur un principe simple : proposer de véritables figurines qui, par l’intermédiaire d’un plateau interactif, apparaissent directement sur l’écran de jeu. Mais plus qu’une innovation, c’est aussi une incroyable manne financière.

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Devant l’abandon bien trop rapide de certains jeux à leur goût, de gros éditeurs ont eu il y a quelques années l’idée de proposer du contenu payant, le DLC. Accessible au même moment ou après la sortie du jeu, ce dernier englobe à la fois des ajouts cosmétiques, des missions supplémentaires, des nouveaux personnages et autres pièces rapportées. Une pratique souvent abusive (prix trop élevé, contenu rogné à dessein) parfois similaire à l’esprit des anciennes extensions, mais dans tous les cas sans existence physique, ce qui restait un problème dans le dialogue enfant/parent. C’est sur ce point que Skylanders : Spyro’s Adventure (2011) a été un coup de génie.

En proposant du nouveau contenu sous la forme de figurines à disposer sur un plateau, le jeu donne une matière au DLC et surtout passe pour un jouet, terme bien plus fréquentable. Passer à la caisse pour un objet potentiellement réutilisable est psychologiquement bien plus facile dans le cas d’un(e) père/mère de famille. Chose qu’à très bien compris Nintendo aussi avec les amiibos, intégrant au concept une notion de collection propre à sa communauté. Désormais trentenaires, les joueurs ayant grandi avec Mario ont en général les moyens et ne se privent pas d’acheter des figurines par nostalgie, goût de l’univers Nintendo, ou dans l’idée de partager leur propre enfance avec leurs rejetons. Il en est de même avec les LEGO, qui, atout supplémentaire, se recyclent aisément comme briques de base, propices à la création. Toutes les vertus du divertissement imaginatif dans LEGO Dimensions en somme, qui plus est accompagnées par un jeu voulu comme accessible et par conséquent familial. Une arme de construction massive qui ne fonctionne pourtant qu’à moitié.

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Il est tout d’abord assez difficile de saisir le public visé par le jeu de Traveller’s Tale. L’idée est visiblement de s’adresser d’abord aux parents désirant jouer avec leurs enfants, puis à cette nouvelle cible phare du trentenaire encore attiré par ce mélange de nostalgie, de plaisirs enfantins et de collection de « beaux » objets. Bourré de petites actions à effectuer pour déloquer les passages, LEGO Dimensions manque cruellement d’indications. Il faut souvent s’arracher les yeux et les jeter sur l’écran pour espérer déceler la mince surbrillance indiquant l’endroit précis où effectuer son mouvement, la faute à une caméra très loin de l’action. A deux, le calvaire se décuple dû à la séparation de l’écran et certains niveaux deviennent simplement pénibles. L’autre problème se trouve dans le gameplay asymétrique. Pour rappel, à la manière de Skylanders, les personnages disposés sur un plateau de jeu illuminé comme un sapin de noël apparaissent à l’écran, et il est alors possible de les diriger. Dans le feu de l’action, bombardé de lasers et entourés d’ennemis, déplacer Cool Tag sur 3 cases du socle à la suite – pour construire une machine – est une gymnastique pénible. Conscient de ce problème, Traveller’s Tale autorise le joueur à mourir autant de fois qu’il le désire, sans autre pénalité que quelques pièces perdues. Le plaisir d’avancer ne tient donc que dans la découverte des nombreux univers proposés. Ce qui ne l’empêche pas d’être très vendeur.