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Dossier : Les plus célèbres plagiats au cinéma

Les innombrables attaques contre Matrix

Par Elodie le

Rouge ou bleu ?

L’affaire Sophia Stewart, véritable auteur de Matrix et Terminator ?

Cette histoire est une véritable légende urbaine du net, qui a alimenté autant de rumeurs que de théories du complot. La saga cyber-futuriste Matrix est tellement empreinte de l’univers des Wachowski, que son scénario ne peut qu’être le fruit de leurs esprits féconds. Pourtant, il n’en serait rien. D’après Sophia Stewart, Matrix (I, II et III) est largement inspiré de son manuscrit, The third eye (Le troisième œil), enregistré pour copyright en 1981.

Le fameux livre qui sera à l’origine de Matrix et Terminator

En 1999, Sophia Stewart porte plainte (ici en .PDF) contre les Wachowski, Joel Silver (producteur) et Time Warner (pour Warner Bros) après avoir vu le film au cinéma. Mais elle ne s’est pas arrêtée en si bon chemin puisque l’auteur a également poursuivi James Cameron et la Fox pour s’être un peu trop inspirés de son fameux livre pour concevoir Terminator (I, II et III), qui n’a de point commun avec Matrix que son aspect futuriste.

Voici le synopsis de The Third Eyes :

Les machines ont pris le contrôle de la planète suite à une guerre thermonucléaire. Un être non terrien est renvoyé dans le passé pour donner naissance à I-Khan (identifié par Stewart comme étant Neo), qui pourra maîtriser le pouvoir de l’Oeil afin de délivrer l’Humanité, tout en faisant face au leader des machines, le Morning Star. La mère de I-Khan emmène son fils au Dôme, où il deviendra le leader de la Rébellion galactique…

Et celui de Matrix :

Thomas A. Anderson, un jeune informaticien connu dans le monde du hacking sous le pseudonyme de Neo, est contacté via son ordinateur par ce qu’il pense être un groupe de hackers. Ils lui font découvrir que le monde dans lequel il vit n’est qu’un monde virtuel dans lequel les êtres humains sont gardés sous contrôle.

Morpheus, le capitaine du Nebuchadnezzar, contacte Neo et pense que celui-ci est l’Élu qui peut libérer les êtres humains du joug des machines et prendre le contrôle de la matrice (selon ses croyances et ses convictions).

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Selon ses propres dires, Stewart a soumis son manuscrit aux Wachowski en 1986 après la publication d’une petite annonce sollicitant des histoires de science-fiction afin d’en faire un comic book (ils n’avaient qu’une vingtaine d’années). L’auteur n’aurait jamais eu de réponses.

Frappée par les similitudes avec sa propre œuvre, elle porte plainte et réclame plus d’un milliard de dollars pour le préjudice subi.

Sur certains sites mentionnant cette affaire, on apprend qu’après des années de batailles judiciaires, elle a gagné un premier procès en 2004 (et 2,5 milliards de dollars de dommages et intérêts au passage), infirmé en 2005.

Pourtant, nulle trace de ce jugement historique, ce qui n’a pas manqué d’alimenter les théories du complot en tout genre, comme sur grioo.com, « preuves du FBI » à l’appui.

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En revanche, en 2005, l’affaire a bien été classée, Sophia Stewart ne s’étant pas présentée à une audience préliminaire. Dans sa décision longue de 53 pages, la juge Magaret Morrow explique que la plaignante n’a pas su fournir les preuves suffisantes pour étayer ses accusations et surtout démontrer les similitudes existantes entre son œuvre et les films des accusés.

Plus de 10 ans après, l’affaire est toujours close, mais Sophia Stewart maintient ses accusations et prétend qu’un jugement a été rendu en sa faveur, le paiement des dommages et intérêt lui serait encore dû. Selon elle, la corruption du système judiciaire a fonctionné en sa défaveur, beaucoup de gens auraient été payés pour étouffer l’affaire.

Cette affaire contient assez d’éléments pour entretenir la confusion sur la toile, qui n’aime rien tant que ces histoires de David contre Goliath, d’usine à rêve et à cash qui spolie l’un de ses candides esprits.

Sophia Stewart, mère de Matrix, que l’industrie du cinéma aurait délibérément cachée est donc devenue une véritable légende urbaine. Légende alimentée par un article du Salt Lake Community College Globe, réduit à Globe sur certains articles, jouant sur la ressemblance avec d’autres titres à grand tirage, tel que le tabloïd Globe, le Boston Globe ou le Global and Mail. Rédigé par des étudiants, ce papier a connu un succès fulgurant sur la toile, bien qu’ils aient rectifié leur tir depuis (voir ci-dessous). Le site de vérifications des faits (fact checking pour les initiés) Snopes.com a consacré une page à cette affaire.

Concernant un récent article intitulé ‘La mère de Matrix victorieuse’, une information a été estimée erronée. Madame Sophia Stewart n’a pas encore gagné son procès contre Joel Silver, Warner Bros et les frères Wachowski. La décision du 4 octobre autorise Madame Stewart à continuer son procès, comme toutes les tentatives de renvoyer le procès ont échoué.

En 2013, le Time revenait également sur cette affaire, la qualifiant de « l’un des hoax les plus répandus » sur la toile.

Pour vous faire une idée, vous pouvez toujours acheter son manuscrit, disponible sur Amazon notamment.

Matrix Reloaded

Les Wachowski Vs Thomas Althouse

Les Wachowski ont également dû répondre aux accusations de Thomas Althouse, scénariste américain, qui accusait Warner Bros d’avoir copié son œuvre, The Immortals.

Ce n’est qu’en 2013, soit plus 10 ans après la fin de la trilogie, que le scénariste porte plainte. Un laps de temps qu’il explique par le fait qu’il n’avait jamais vu les films incriminés avant 2010. Pour lui, c’est une évidence, Matrix, et plus encore Matrix Reloaded et Matrix Revolution sont trop largement inspirés de son scénario futuriste déposé à la Warner en 1993.

Selon Althouse, 166 moments des trois films sont copiés sur The Immortals, commis en 1992. The Immortals prend place en 2235, un agent de la CIA devenu immortel après l’absorption d’une substance chimique va devoir combattre un Adolf Hitler ressuscité et des nazis cryogénisés décidés à tuer toutes les personnes « non immortelles ». Duncan MacLeod n’a jamais eu à subir pareille épreuve.

Pour le préjudice, Althouse réclamait 300 millions de dollars.

Le juge R. Gary Klausner a rejeté tous les points de similitudes opposés par Thomas Althouse aux motifs qu’ils étaient « trop généraux pour pouvoir prétendre faire l’objet de copyrights, ainsi que des idées communément utilisées dans le genre, et non originales ».

« Les postulats de départ de la trilogie Matrix et de The Immortals sont tellement différents qu’il serait déraisonnable de trouver leur intrigue similaire ».

Matrix Reloaded

Althouse estimait également les références à Jesus Christ présentent dans Matrix étaient empruntées à son scénario. Mais là aussi, le juge l’a renvoyé dans les cordes : « Il y a bien des évocations du Christ dans les deux histoires, cependant les allusions au christianisme dans la littérature depuis plus de 2000 ans sont régulières et ne sont généralement pas protégées par un copyright. »

Et si référence il y a, « Dans The Immortals, la fin fait ouvertement référence à la résurrection du Christ, ce qui n’est pas le cas dans Matrix, qui se termine par une référence métaphorique du Christ autour de l’idée de sacrifice : Néo offre sa vie pour protéger celles des autres », a conclu le juge.

Fin du game.

Les frères Bogdanov Vs les Wachowski

C’est une affaire aux frontières du réel, comme seuls les frères jumeaux de Temps X savent nous les raconter.

En 1985, alors à leur apogée télévisuelle, Igor et Grichka publient le roman de science-fiction, Mémoire Double. Une œuvre tellement épique que le réalisateur John Woo (Volte/Face, Mission Impossible II), « malgré son enthousiasme », renonça à l’adapter, vaincu par un film « trop compliqué » et « coûteux en effets spéciaux ».

Mais en 1999, patatras, Matrix sort sur les écrans. Un vrai « coup de tonnerre » pour les Bogdanov : le film leur a « immédiatement fait penser, de manière irrésistible » à Mémoire Double.

« En fait, sans en tirer, bien sûr, aucune conclusion définitive, on ne peut qu’être passablement troublé par les similitudes qui existent entre ‘La Mémoire double’ et ‘Matrix’» Et les jumeaux d’égrener ces similitudes flagrantes : le héros qui découvre une réalité derrière sa propre réalité, la réalité est d’ordre cybernétique, le personnage principal passe « de l’autre côté du miroir », en suivant un lapin et il est pourchassé par des hommes en noir.