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Dossier : Les nanars au cinéma, le meilleur du pire

Cinéma

Par Julien Paillet le

Non, le cinéma, ce n’est pas seulement le glamour, la gloire internationale et l’un des plus populaires représentant de l’Art dans le monde. Non, de Citizen Kane à Mad Max : Fury Road, les films n’ont pas toujours été des chefs d’œuvre. Et non, raconter une histoire à l’aide d’images en mouvement ne va pas forcément de soi. Aujourd’hui, le Journal du Geek vous propose donc de revenir sur une catégorie bien particulière de métrage, à la réputation souvent honteuse et paradoxale. Cette catégorie, c’est celle des nanars.

Mais alors qu’est-ce qu’un nanar ? Genre cinématographique à part entière, celui-ci s’avère beaucoup plus complexe à cerner qu’il n’y paraît en raison de sa multitude de variations. On distingue effectivement plusieurs types de nanars : le nanar involontaire/volontaire, fortuné/sans argent, amusant/ennuyeux, etc…Autant de types de films différents que de définitions possibles.

Avant de revenir sur l’origine du mot, revenons un instant sur sa signification dans le langage courant. Le terme de ‘‘nanar’’ désigne aujourd’hui et communément un métrage à la qualité artistique exécrable, mais que l’on peut tout de même prendre plaisir à regarder.

Doit-on alors y voir là une pratique masochiste ? Pas nécessairement, puisque pour  un grand nombre de spectateurs, visionner ce genre d’œuvre s’apparente à une expérience proche de celle procurée, par exemple, par une comédie. À ceci près que les mécanismes capables de déclencher du rire ne sont évidemment pas tout à fait les mêmes dans les deux cas.

Plus cynique, moins noble et parfois indissociable de la raison précédente, le fait de railler un mauvais film constitue une seconde explication au visionnement de ce dernier. Dès lors, le mépris se rapproche rapidement de la banale moquerie.

Enfin, à cela s’ajoute une forme de magie inversée. L’enchantement du ‘‘meilleur’’, suscité par des effets spéciaux, un scénario, un casting et une lumière de série A,  devient chez le nanar un attrait du ‘‘pire’’. À l’hallucinante performance technique d’un Gravity, se substitue dès lors dans un opus de Sharknado une performance de l’horreur visuelle telle qu’elle en devient tout aussi spectaculaire, à ceci près qu’elle évolue qualitativement parlant dans le sens opposé au travail d’Alfonso Cuaron.

Comment a-t-on pu créer quelque chose d’aussi aberrant, raté, nul ? se demande-t-on à la vision de The Room de Tommy Wisseau. Le visionnement d’un nanar contient en lui ce questionnement, qui défie quelquefois l’entendement humain du bon goût. Et par conséquent, fascine.

Sans véritable équivalent dans la langue anglaise, le terme daterait de son côté du XIXe siècle. À cette époque, il s’orthographiait alors «nanard » ; un mot qui proviendrait du mot d’argot « panard » qui signifie « vieil homme ». On distingue donc le nanar du navet. Dans le premier cas, on parle d’une œuvre certes mauvaise, mais au potentiel comique involontaire. Dans le deuxième, il s’agit seulement de désigner un objet tout aussi raté, mais dénué d’un quelconque aspect de loisir délectable.

Il faut de plus bien départager les différents types de nanar. Car un film ne peut se transformer de la sorte qu’à une seule condition. Si et seulement si son ou ses géniteurs n’avaient pas pour intention de doter leur création d’une nullité extraordinaire au moment de sa fabrication. Ainsi, compliqué d’inclure les nanars conscients de leur bêtise suprême et réalisés dans l’optique de susciter une moquerie précalculée.

Dans cet ordre d’idée, il arrive même qu’un bon film prenne les contours d’un nanar. Kung Fury en est l’exemple parfait. Dans ce cas, on parlera alors davantage de comédie, de pastiche ou de parodie. Vous l’aurez compris, le terrain à explorer est immense. Et il va s’en dire que le dossier qui vous est présenté ici n’ambitionne pas tellement de dresser un panorama complet du nanar que de vous en livrer quelques- uns des représentants les plus insolites et originaux.