Dossier

[La sélection de la rédaction] Les films de gangsters qu’il faut absolument avoir vus

Cinéma

Par Henri le

Sous-genre du film policier, le film de gangsters est un des plus appréciés au cinéma. Il a ainsi donné lieu à des dizaines de longs-métrages souvent inspirés de figures réelles du grand banditisme. Il faut dire que le genre a de quoi faire les yeux doux au septième art.

Il permet de tirer des portraits de personnages violents et hors du commun, deux traits qui ont toujours attiré les foules dans les salles obscures. Parmi la masse de films sortis, certains ont permis de révéler ou confirmer le talent de réalisateurs de renom, qui ont su insuffler un aspect tragique et/ou historique à leurs scénarios.

Et si l’Amérique est longtemps restée maître en la matière, de nombreux autres pays ont su apporter leur pierre à l’édifice en montrant un gangstérisme parfois diamétralement opposé à celui qui nous est habituellement exposé.

Cette sélection a pour but de réunir quelques-uns des meilleurs films du genre, et d’effectuer un petit tour du monde de nos truands préférés. N’hésitez pas à la compléter avec vos oeuvres favorites.

[nextpage title= »I / Immigration et "American Dream" »]

Les Affranchis

Sorti il y a plus de 25 ans, Les Affranchis reste un chef-d’oeuvre indétrônable. Considéré comme un des meilleurs films de Scorsese, le long-métrage retrace la montée en puissance de Henry Hill (impeccable Ray Liotta), petit caïd né d’un père irlandais et d’une mère sicilienne.

Accompagné d’un Robert de Niro et d’un Joe Pesci au meilleur de leur forme, ce dernier va accéder au trafic de drogue et à la vie fastueuse qui l’accompagne. Mais cette folle ambition lui coûtera très cher. Un film à la mise en scène éblouissante, une tragédie aux accents grecque qui nous scotche à l’écran de la première à la dernière minute.

Le Parrain

Film véritablement fondateur du cinéma contemporain, l’imagerie du Parrain hante la rétine des spectateurs depuis plus de quarante ans. Porté par un casting fabuleux, Marlon Brando, Al Pacino et Robert de Niro en tête, le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola n’a pas pris une ride.

En décrivant tous les rouages de la mafia italienne aux États-Unis, le réalisateur livre une œuvre tragique qui permet de mieux comprendre l’histoire générale de l’immigration américaine. Culte.

Scarface

Brian de Palma s’est aussi payé une tranche du rêve américain avec le désormais culte Scarface, sorti en 1983. Cette libre relecture du film de Howard Hawks (1932) est surtout l’occasion d’assister à une des plus grandes performances d’Al Pacino.

Son jeu fiévreux et ses expressions font de Tony Montana, petit caïd cubain en quête de gloire, une des figures les plus emblématiques du cinéma américain. D’abord conspué pour sa violence et son langage grossier, le film a rapidement connu la postérité en décrivant habilement les mécaniques du trafic et de l’argent facile.

Miller’s Crossing

Si l’immigration italienne voire latino a souvent alimenté les films de gangsters, les Irlandais ne sont pas en reste ! C’est autour de cette dernière que s’articule Miller’s Crossing, un des meilleurs films des frères Cohen. Les deux réalisateurs proposent une plongée réaliste dans l’époque de la Prohibition, qui dura de 1919 à 1933. On y suit Tom Reagan, qui officie comme le bras droit d’un caïd irlandais redouté.

Ce dernier (incarné par Albert Finney) agit comme le parrain de la ville, et décide de qui doit mourir ou non. C’est ainsi qu’il protège une petite frappe, dont il aime secrètement la femme. Problème : elle trompe son mari avec Tom. Ce dangereux quatuor arrive à cristalliser tout le talent des cinéastes qui livrent un polar violent, porté par une très belle mise en scène. Les dialogues sont savoureux et transcende les codes du film noir en y ajoutant parfois une pointe d’humour noir. On a rarement fait aussi original.

[nextpage title= »II / Les grandes épopées du crime »]

Il était une fois en Amérique

À l’image du Parrain, Il était une fois en Amérique est considéré comme un classique du cinéma contemporain. Œuvre testamentaire de Sergio Leone, cette fresque de plus de quatre heures est aussi son plus grand film. Lui aussi basé sur la période de la prohibition (jusque dans les années 60), il retrace la carrière tumultueuse de David « Noodles » Aaronson et de ses amis, de leur ghetto juif jusqu’aux plus hautes strates du crime organisé.

Leone fait une nouvelle fois part d’une maîtrise absolue de son art, après avoir exploré le Grand Ouest et la révolution mexicaine. Rien n’est laissé au hasard et la mise en scène sublime souligne un casting de très haut vol, Robert de Niro en tête.

American Gangster

American Gangster est un des derniers très grands films du genre à être sorti dans les salles. Ridley Scott y revisite l’histoire vraie de Frank Lucas, devenu parrain de la pègre de Harlem dans les années 70. Conscient que la Guerre du Vietnam avait rendu de nombreux soldats accros à l’héroïne, il organise un gigantesque trafic qui le rendra extrêmement riche.

Un empire qu’il devra défendre face à de nombreux adversaires… Ainsi que les autorités. Incarné par un Denzel Washington au meilleur de sa forme, Lucas fait face à l’inspecteur Richie Roberts (très bon Russell Crowe), bien décidé à le faire tomber. Le rythme est nerveux, l’écriture particulièrement réussie. Un film violent, mais passionnant.

Casino

Vous voulez comprendre l’enfer du jeu que fut Las Vegas dans les années 70 ? Il y a un film pour ça. Réalisé une nouvelle fois par Martin Scorsese, Casino permet au duo Robert de Niro / Joe Pesci de se reformer à nouveau, cette fois-ci accompagné par Sharon Stone dans un de ses meilleurs rôles.

Ici, le personnage principal commence déjà en haut de l’échelle. Sam « Ace » Rothstein domine la ville, mais ses histoires de cœur et d’amitié vont lui apporter bien des soucis. Magistralement mis en scène, Casino est un film lent, mais jouissif. Il permet de comprendre, étape par étape, comment une ville comme Las Vegas fonctionne réellement. Fascinant.

L’Impasse

Si beaucoup de spectateurs ont en tête les tirades enragées de Tony Montana, Al Pacino aura aussi montré l’entendu de son talent dans le rôle plus contenu de Carlito Brigante, dans L’Impasse. Une fois n’est pas coutume, c’est Brian de Palma qui s’y colle et nous livre une histoire de rédemption impossible. Sortie de prison après cinq années d’incarcération, une ancienne figure du milieu décide de se ranger et de monter un business honnête. Mais à peine dehors, d’anciens compagnons et ennemis ne tardent pas à réveiller en lui ses vieux démons.

Repartis de zéro, lui et son avocat cocaïnomane, incarné par un Sean Penn au top, vont reprendre petit à petit le contrôle des affaires. Mais dans ce monde-là, une trahison est vite arrivée. Pacino replonge dans son rôle de gangster avec délice, sublimé par une photographie de haut vol. Classique !

Reservoir Dogs

Pulp Fiction mettait certes en scène des gangsters, mais Reservoir Dogs a pour nous plus sa place dans cette sélection. Huis-clos nerveux, d’où transpire toute l’énergie du jeune Tarantino, le long-métrage aura durablement marqué les spectateurs.

À la suite d’un hold-up raté, des braqueurs professionnels se regroupent pour comprendre lequel d’entre eux les a trahis. Il n’en fallait pas plus au réalisateur pour étaler sa célèbre recette, composée de dialogues ubuesques et de violence décomplexée. Immanquable.

[nextpage title= »III / Des gangsters d’ici et d’ailleurs »]

Pusher

Le cinéma danois est plus connu pour le Dogme95 ou la saga Millenium que pour ses gangsters. Pourtant, Nicolas Winding Refn, devenu célèbre depuis Drive, s’est intéressé aux criminels venus du froid à travers sa trilogie Pusher. On y suit les pérégrinations de Frank et Tony, deux dealers de moyenne envergure qui se retrouvent affublés d’une énorme dette auprès de Milo, un chef de la pègre serbe.

Commence alors une course contre la montre pour trouver son argent. Le film propose une plongée inédite dans le banditisme d’un pays qui n’est pas connu pour cela. Refn y dresse une galerie de drogués instables, qui n’hésitent pas à trahir tout le monde pour arriver à leur fin. Le rythme est soutenu, la mise en scène ultra réaliste. Une œuvre qui mériterait d’être encore plus connue.

La Cité de Dieu

Film coup-de-poing de l’année 2003, La Cité de Dieu a ouvert les yeux de bien des spectateurs sur la pauvreté et la violence endémique qui rongent les favelas brésiliennes depuis la fin des années 60. Avec beaucoup de tact, Fernando Meirelles dresse le portrait du pays à travers les yeux d’enfants. Le fragile Wilson Rodriguez aimerait devenir photographe et partager ses conditions de vie alors que du haut de ses onze ans, Ze Pequeno veut être le plus grand caïd de son quartier.

Ces destins croisés vont les mener à travers une terrible guerre de gangs. Le montage énergique propose de multiples scènes de vie, toujours réalistes, souvent déchirantes sans constamment vouloir faire la morale au spectateur. En résulte un choc émotionnel puissant, qui suit ce dernier pendant un long moment. Inoubliable.

Les Tontons Flingueurs

Il fallait un film français pour compléter ce classement, et la production hexagonale nous a offert quelques très bons polars. On pense bien sûr au Clan des Siciliens, au Cercle Rouge ou encore à la récente saga sur Jacques Mesrine. Mais Les Tontons Flingueurs reste gravé dans la tête d’une majorité des spectateurs comme un film absolument culte.

Grâce à un casting hors-norme composé de Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche et Jean Lefebvre, cette parodie de film noir aura su faire rire toutes les générations. Les dialogues de Michel Audiard sont savoureux et donnent à cette brochette de truand un charme indéniable. On peut le dire : avec ce film, George Lautner « n’est pas venu beurrer les sandwichs ». Un monument.

Sonatine, mélodie mortelle

Bien que les moeurs du pays diffèrent beaucoup du monde occidental, le Japon est lui aussi confronté à des groupes mafieux depuis des décennies. Souvent fantasmé, le monde des yakuzas soulève de nombreuses interrogations hors de l’archipel nippon. Avec Sonatine, mélodie mortelle, Takeshi Kitano explore ce monde opaque en nous plongeant au cœur des guerres intestines qui animent les clans ennemis .

Murakawa, le bras droit du chef Kitakima, est convoqué pour aider un clan ami contre leur rival, les Anan. Il comprend qu’il se trouve au cœur d’un complot de grande envergure, et décide de se venger de tout le monde. Avec une certaine poésie, Kitano arrive à retranscrire le fonctionnement de ces groupes criminels, qui ont peu à peu abandonné leurs traditions ancestrales. Il confirmera quelques années plus tard avec le très beau Hana-Bi, qui recevra le Lion d’or en 1997. Un film de gangsters différent.

Gomorra

Inspiré du best-seller de Roberto Saviano, qui vit toujours sous protection policière, Gomorra est un film qui fait froid dans le dos. Filmé à la manière d’un documentaire, le long-métrage tire un portrait terrifiant d’une Italie complètement gangrenée par le crime. En montrant des scènes tristement ordinaires, Matteo Garone laisse le spectateur s’imprégner de la vie des habitants de la Campanie, confrontés quasi quotidiennement à une violence insupportable.

Il démonte habilement un système basé sur une corruption endémique, qui touche toutes les strates de la ville de Naples. Trente-cinq ans après Le Parrain, le réalisateur redistribue les cartes et dévoile une réalité brutale. Un pavé dans la mare, au cœur d’un État et d’une Europe impassibles. Un film nécessaire.

Infernal Affairs

Le cinéma Hong-Kongais est connu pour ses films d’action, mais il a également produit un des meilleurs films de gangsters des années 2000 : Infernal Affairs. Un long-métrage qui connaîtra une seconde vie avec Les Infiltrés (2006) de Martin Scorsese, qui s’est directement inspiré de ce dernier. Ce thriller joue sur une intéressante symétrie des situations. On y découvre la vie de Ming et Yan qui jouent tous les deux le rôle d’un infiltré pour le compte du camp adverse. Le premier dans la police, le second chez les triades. Mais ces vies de mensonges les fatiguent tous les deux.

Le jour où la pègre et les autorités découvrent le pot au rose, une course contre la montre débute pour trouver les infiltrés. D’autant plus que la mafia et la police promettent une belle récompense à celui qui trouvera la taupe. Doté d’un casting solide, le long-métrage de Alan Mak et Wai Keung Lau tient en haleine jusqu’à un final saisissant. Il se démarque aussi grâce à une écriture précise, qui donne une vraie épaisseur psychologique aux personnages. Captivant.