Dossier

Netflix : pourquoi le film 365 Dni pose vraiment problème

Cinéma

Par Julie Hay le

Cinquante nuances de Grey a ouvert la voie à un nouveau genre de roman sur le petit et le grand écran. S’il est dans la lignée du film de Sam Taylor-Johnson, 365 dni sur Netflix soulève cependant bien plus de questions. Entre apologie de la culture du viol et érotisation de la séquestration, pourquoi le film est-il si problématique ?

” Je suis mégalo, violent et narcissique mais tu vas adorer…” Crédits : Next Film

La romance au cinéma emprunte un nouveau chemin et s’érotise. Dévoilé sur Netflix il ya quelques jours, 365 dni (365 jours en VF) est pourtant loin de faire l’unanimité malgré le fait qu’il caracole en tête du classement de la plateforme de streaming. Si 50 nuances de Grey était souvent moqué pour la faiblesse de son intrigue, le film polonais soulève bien plus de questions quant à la représentation des femmes au cinéma. L’adaptation des romans polonais du même nom met en scène l’amour naissant entre Massimo, membre d’une mafia sicilienne et Laura, directrice des ventes d’une entreprise polonaise. Alors qu’elle se rend en vacances sur la péninsule, la jeune femme est enlevée par Massimo qui lui donne 365 jours pour tomber amoureuse de lui. Si à première vue, le scénario semble emprunté à la Belle et la Bête, la réalité est toute autre.

***Attention spoilers sur l’intrigue***

Dans son introduction, 365 dni semble s’investir d’un message. On y voit Laura, en pleine conversation avec ses collègues masculins. La jeune femme tient tête à son auditoire arguant que ni son sexe, ni son âge ne doit définir la manière dont elle est traitée au sein de l’entreprise. Mais c’est bien là le seul discours féministe qui émane de cette intrigue où soumission rime avec séduction. Si 50 nuances de Grey faisait le pari d’explorer une autre forme de sexualité (sadomasochiste), 365 dni diffuse un message bien plus problématique à l’heure du post #metoo.

Oui ou Non

Le mouvement #metoo aura éveillé les consciences et ramené la notion de consentement sur le devant de la scène. Si dans 50 nuances de Grey il est au coeur du récit, il est absent à chaque instant du film de Barbara Bialowas et Tomasz Mandes. Outre les remarques bien lourdes du personnage masculin, qui accoste la jeune femme en disant “Are you lost Baby Girl ?”, le problème de 365 dni réside dans le message qu’il véhicule. De nombreuses séquences sont largement problématiques, à l’image de celle de l’avion. Attachée à son siège, le personnage se retrouve aux prises de son kidnappeur, qui va rapidement glisser sa main dans sa culotte, sans qu’elle puisse se débattre. Cette scène se reproduit d’ailleurs plus tard dans le film, alors que Laura est à nouveau attachée à un lit. La caméra des réalisateurs pose son regard lubrique sur une scène pourtant insoutenable, un viol rendu glamour pour le bien d’une intrigue qui se veut romantique. 50 nuances de Grey avait au moins le mérite d’introduire cette notion à plusieurs moments du film, matérialisant même le consentement par le biais d’un contrat.

“Et là, il me kidnappe et m’enferme dans sa villa italienne. C’était si romantique…” – Crédits : Nextfilm

Lorsque l’on s’intéresse aux personnages et surtout à celui incarné par Michele Morrone, la situation est loin de s’arranger. La figure du pervers narcissique à l’écran n’est pas nouvelle, mais jamais un film n’avait autant essayé de le rendre attirant. La musculature du personnage semble être une excuse suffisante pour le présenter comme un chevalier des temps modernes. Et quand le récit tente de remettre en question la relation toxique qu’entretiennent les personnages, encore une fois le film se gamelle lamentablement. La meilleure amie du personnage principal tente de lui faire retrouver la raison, mais se ralliera rapidement à sa cause. La réalisatrice Maïwenn et l’acteur Vincent Cassel avait admirablement construit ce type de personnage envoûtant et effrayant, dans Mon Roi. Le film livrait une belle leçon de psychologie et abordait l’amour destructeur avec justesse. 365 dni préfère lui “glamouriser” à outrance son personnage.

“Material Girl”

On regrette aussi l’image de la femme véhiculée par le film, qui sous-entend qu’une bonne séance de shopping peut excuser une agression sexuelle et un kidnapping. À plusieurs moments, le film tombe d’ailleurs dans les clichés du genre, notamment avec une scène d’essayage lourdement inspirée de Pretty Woman. On notera aussi qu’à plusieurs reprises la jeune femme se retrouve pointée du doigt pour ses tenues affriolantes.

Netflix, pourtant habitué à mettre en avant des discours d’émancipation féminine, semble avoir fait un faux pas en diffusant ce long-métrage sorti en salle en Pologne. Sur Change.org, le collectif Soeurcières a lancé une pétition demandant la suppression du titre. “Un film qui prône la culture du viol n’a pas sa place sur nos écrans, ni dans notre société. À aucun moment, la notion de consentement n’est respectée, les agressions sexuelles sont extrêmement nombreuses, l’agresseur menace à de nombreuses reprises sa victime de lui faire du mal si elle refuse de le laisser faire ce qu’il veut avec elle…” Pour l’instant, elle compte plus de 5 000 signatures. Interpellé à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux, Netflix n’a pour le moment pas commenté. L’acteur s’est en revanche exprimé sur Instagram et a rappelé qu’il incarnait un personnage. “Je ne suis pas le personnage, et je ne suis pas aussi mauvais.” Il a aussi profité de l’occasion pour annoncer qu’un deuxième opus était déjà prévu. Reste à voir si Netflix choisira de le diffuser.

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  • 168 Pages - 01/26/2017 (Publication Date) - Gallimard Jeunesse (Publisher)