Dossier

[Notre sélection] Les meilleurs films d’horreur à la française

Cinéma

Par Henri le

Le cinéma d’horreur venu de l’hexagone n’est pas forcément très connu, mais il mériterait parfois de l’être. Cette nouvelle sélection vous propose de découvrir quelques films effrayants et bien de chez nous.

Halloween (1978)

La France n’est pas le premier pays qui vient en tête aux cinéphiles lorsque l’on évoque le genre horrifique. Depuis plusieurs décennies, la production américaine domine, bien suivie par l’Asie. Si les USA ont fourni la majorité des grandes figures de l’horreur des années 80-90 comme Freddy, Jason, Michael Myers ou Chucky, la Japon et la Corée se sont démarqués avec une approche plus psychologique du genre.

Hideo Nakata (Ring, Dark Water), Kim Jee-Woon (2 Soeurs), Kiyoshi Kurosawa (Kairo) ont ainsi rejoint Wes Craven, Cronenberg ou Sam Raimi dans le cœur des fans.

Dark Water (2002)

Mais l’Europe n’a jamais été en reste. Le cinéma italien a par exemple connu un bel essor dans les années 60 à 80, notamment avec le Giallo, des films d’exploitation melangeant éléments d’horreur, d’érotisme et de film policier.

Dario Argento, Mario Bava et son fils Lamberto (entre autres) se sont ainsi engouffrés dans la brèche, sans oublier plus tard le Cannibal Holocast de Ruggero Deodato, dont la polémique reste une des plus mémorables du cinéma.

Cannibal Holocaust (1980)

Mais quand est-il des Français ? Plusieurs grands réalisateurs se sont essayés au frisson. On peut citer George Franju et son visionnaire Les Yeux sans visages, mais aussi Maurice Tourneur qui, dès les années 40 aborde des thèmes angoissants (La Main du Diable, 1943). Henri-George Clouzot s’est inscrit dans cette lignée même s’il s’est plutôt illustré dans le genre du thriller avec des notes d’épouvantes (Les Diaboliques, 1955).

Le film d’horreur a néanmoins fait un retour remarqué dans l’hexagone à partir des années 2000. Porté par l’envie de ranimer le genre, une génération de jeunes réalisateurs/trices s’est mis à réaliser des productions se démarquant souvent par leur originalité. La sélection qui suit va vous permettre d’en découvrir quelques-unes, et vous procurer des frissons (entre autres) bien de chez nous !

[nextpage title= »La Terreur… »]

Haute Tension (2003)

Sorti en 2003, Haute Tension avait rapidement su trouver son public parmi les amateurs de film d’horreur. Après Furia, Alexandre Aja arrive à recréer une ambiance des plus glauques tout en conservant une véritable identité visuelle.

Marie, vingt ans, part réviser ses examens dans la ferme des parents de sa meilleure amie. Une nuit, un homme qui semble connaitre cette famille pénètre dans la maison et se met à tuer les occupants. Une nuit infernale commence alors pour la jeune femme.

La mise en scène s’inspire des grands films de terreur américains (Massacre à la Tronconneuse, Halloween) qu’Aja insère dans une province française devenue moribonde. Il rend ainsi (parfois trop) hommage à un genre qui n’a jamais vraiment réussi aux réalisateurs hexagonaux. Il peut compter sur une Cecile De France assez impressionnante, qui permet d’oublier quelques situations un peu trop convenues. Un film sanglant, mais pas déplaisant.

 

Grave (2016)

Grave fut incontestablement l’une des bonnes surprises de l’année 2016. Lauréat du Grand Prix de Gerardmer, le premier long-métrage de Julia Ducournau étonne par son originalité et la fraîcheur de sa mise en scène.

On y découvre l’histoire de Justine, dont toute la famille est végétarienne. À peine arrivée dans l’école vétérinaire où sa grande sœur est également élève, les bizutages commencent. Forcée à manger de la viande crue, Justine obtempère. Mais cette saveur nouvelle réveille des choses enfouies en elle…

Grave se démarque grâce à un habile mélange des genres, en utilisant des éléments du film gore, du teen-movie et de la comédie. Porté par une Garance Marillier convaincante, le film explore de façon initiatique la découverte de la sensualité d’un point de vue organique. Une œuvre que ne renierait pas David Cronenberg. C’est dire.

 

À l’intérieur (2007)

Premier film du duo Alexandre Bustillo/Julien Maury. L’un est un ancien rédacteur du magazine français MadMovies. Le second est l’auteur du court métrage Pizza à l’œil.

Fortement inspirés et hautement galvanisés par le Haute Tension d’Alexandre Aja, les deux hommes conçoivent leur “bébé” comme un hommage à leur propre cinéphilie et une réponse à un cinéma français profondément sclérosé.

Cette histoire de vengeance où une femme tente d’en tuer une autre enceinte pour lui voler son bébé fait toujours son petit effet. Derrière ses apparences de slasher, À l’intérieur est en réalité un drame aussi tragique que trash. Un univers où, pour que la vie puisse à nouveau surgir, la mort et la fureur humaine doivent s’abattre sur l’innocence.

Si le film, réservé à un public de niche, ne fonctionna pas en France au box-office, sa réputation, en revanche, trouva son salut à l’international. On notera ainsi l’existence d’un remake aseptisé (Inside, 2016) et une carrière désormais américaine pour le duo de réalisateurs. Les deux hommes ont effectivement mis en scène Leatherface l’année dernière, production Lionsgate-Millneium Films, un prequel de la saga Massacre à la tronçonneuse. Nul ne serait donc prophète en son pays ?

 

Les Yeux sans visage (1960)

Classique du film d’épouvante français réalisé par George Franju (Judex, Nuits Rouges), Les yeux sans visage s’attache à raconter l’histoire du professeur Génessier, un célèbre chirurgien spécialisé dans les transplantations. Le jour où ce dernier se retrouve responsable d’un accident de voiture dont sa fille bien-aimée, Christiane, sort vivante, mais horriblement défigurée, il décide, à l’aide d’une assistante dévouée d’attirer des jeunes filles dans son pavillon-laboratoire dans le but de prélever la peau de leur visage pour l’appliquer sur les plaies de sa fille. Une opération très difficile que le professeur est obligé de répéter régulièrement alors que Christiane, un masque sur le visage, ne se doute encore de rien.

Œuvre d’une force poétique assez rare dans le paysage cinématographique français, Les yeux sans visage est un film à l’ambiance étrange et à la beauté plastique troublante. Le métrage se faisant principalement suggestif tout en créant un récit tragique sur la culpabilité et la cruauté humaine.

La scène mythique de chirurgie demeure encore à ce jour l’une des séquences les plus hypnotiques et dérangeantes jamais vues dans un film d’horreur. Mal accueilli à sa sortie, le métrage a depuis été cité par plusieurs cinéastes influents tels que Pedro Almodovar (La Piel que habito), John Carpenter (pour le masque du tueur dans Halloween) et John Woo (Volte-face). Le chef-d’œuvre du “film fantastique” français, porté par la merveilleuse musique de Maurice Jarre.

 

[nextpage title= »… Bien de chez nous ! »]

Martyrs (2008)

En 2008, sort Martyrs. Deuxième long du réalisateur français Pascal Laugier après le superbe Saint Ange, le métrage fait l’effet d’une bombe chez les fans de cinéma de genre. Entre roller coaster sans concession à la liberté artistique presque totale et film d’auteur intime, le résultat ne manque pas de diviser la presse de son pays.

Au formalisme ultra préparé de son premier effort (le film était entièrement story boardé et ne laissait nullement la place à l’improvisation lors du tournage), Laugier oppose cette fois une méthode diamétralement opposée. L’homme opte pour une direction d’acteur minime, en ne donnant que de brèves informations aux comédiennes et des instructions très succinctes à son cadreur, qui filme l’ensemble à l’épaule. En découle une œuvre radicale, dérangeante et d’une grande intensité, où le désespoir côtoie en permanence la violence la plus extrême.

Démarrant sur les chapeaux de roues par le meurtre brutal d’une famille au fusil à pompe, le film ne cessera plus, à partir de ces premières minutes, de foncer tête baissée dans un crescendo brutal et viscéral. Culminant lors d’un final où horreur et métaphysique s’assemblent pour développer un propos sur la souffrance humaine comme vectrice d’une transfiguration de l’être, Martyrs est l’une des œuvres les plus ambitieuse du genre jamais produites en France. Et sans doute l’un des films d’horreur les plus marquants des années 2000, poursuivant notamment la mouvance du torture porn engendrée par Saw en 2004.

Depuis, le film de Pascal Laugier a été passé sous la houlette de l’inévitable remake américain dans une œuvre reprenant durant ses 40 premières minutes la quasi-intégralité de l’œuvre originelle pour ensuite devenir un film d’horreur lambda dénué de la moindre personnalité.

À noter au passage (dans sa version d’origine) la mort ultra violente de Xavier Dolan dans un minuscule second rôle, bien avant que ne vienne sa reconnaissance critique et artistique d’aujourd’hui. Une anecdote légère pour un film qui ne l’est pas du tout. À réserver à un public avide de sensations fortes, d’immersions cinématographiques organiques et d’existentialisme gore.

 

Trouble Every Day (2001)

Très apprécié par la critique, Trouble Every Day aura laissé une partie du public de marbre. Il faut bien admettre que malgré une forme d’hermétisme, le film se démarque très largement de canons de l’horreur traditionnels. Beatrice Dalle et Vincent Gallo s’y partagent l’affiche, et livrent une prestation tout en retenue sans forcer sur le mélodramatique.

Shane Brown et sa femme vont à Paris pour leur voyage de noces. Mais ce dernier semble surtout vouloir rencontrer un collègue médecin avec qui il a travaillé autrefois en Guyane. Il est persuadé que cet homme, dont la femme est prise de pulsions sexuelles morbides, peut l’aider à vaincre son propre mal.

Quasiment muet, le long-métrage de Claire Denis est avant tout une expérience esthétique et sensorielle. Un objet hybride qui mélange les pulsions de vie et de mort, où le scénario n’est qu’un prétexte pour filmer de belles images macabres, assisté d’une bande-son mémorable. Elles n’offrent quasiment aucune réponse aux questions qu’elles soulèvent, ce qui pourrait désarçonner les spectateurs. Une expérience.

 

Maléfique (2002)

Eric Valette signe avec Maléfique un premier film d’horreur détonnant dans la production française. Sorti en 2003, le métrage se déroule quasiment intégralement en huis clos à l’intérieur d’une cellule de prison. Le manque de moyen évident est compensé avec intelligence et inventivité par une bande d’acteurs au diapason (Clovis Cornillac en transsexuel, c’est quelque chose) et un sens du cadre et de l’écriture assez enlevé.

Le film évoque aussi bien Lucio Fulci, John Carpenter et le Sam Raimi des Evil Dead pour son atmosphère horrifique réalisée avec un budget réduit et une grande dose d’ingéniosité. Le cœur du film et la raison pour laquelle il fonctionne parfaitement durant son heure et demie de projection se trouve en effet et avant tout dans l’interaction entre ses quatre protagonistes principaux et non dans les effets fantastiques et gores que le film ne peut se payer.

Depuis ce premier tour de force trop peu remarqué par le public français de l’époque, Eric Valette a continué son petit bonhomme de chemin en signant quelques films aux USA (Hybrid et le remake de La mort en ligne de Takashi Miike) avant de revenir en France avec les très bons Une affaire d’état et Le serpent aux milles coupures. Aussi modeste qu’efficace, Maléfique reste toujours à ce jour l’un de ses meilleurs travaux, et un film de genre français franchement réussi.

 

 Il y avait aussi :

Sheitan (bien que cela soit aussi une comédie) de Kim Chapiron
Dans ma peau de Marina de Van
Silent Hill de Christophe Gans
Amer de Bruno Forzani et Helène Cattet
– Calvaire du belge Fabrice du Welz

Comme d’habitude, n’hésitez pas à partager vos trouvailles !