Dossier

Broken Age

Notre avis
5 / 10

Par Corentin le

Vous l’avez voulu ? Vous l’avez eu. Vous l’avez eu ce jeu Lucas Arts comme au bon vieux temps. Car après tout, c’est ce que tout le monde voulait, y compris les créateurs. C’est ainsi, dans une espèce de promesse vaine, celle disant que nous allons tous être jeunes de nouveau, que Broken Age a récolté plus de 3,3 millions de dollars lors d’une campagne de financement participatif.

Jouer sur la nostalgie des joueurs est-il la meilleure manière de récolter des fonds sur Kickstarter ? On est en droit de le croire quand on regarde les derniers grands succès de la plateforme. La promesse d’un « nouveau » Megaman ? 3,8 millions de dollars. La promesse d’un « nouveau » Castlevania ? 2,4 millions et toujours en cours. Un « nouveau » Banjo et Kazooie ? 1,6 million de livres sterling et toujours en campagne.

Je pourrais continuer longtemps à énumérer les exemples de ces créateurs de jeux qui arrivent devant la plateforme de financement participatif et qui y voient une sorte de panacée pour ressusciter leurs vieilles gloires. Il faut les comprendre : Kickstarter permet de recréer une certaine époque bénie du jeu vidéo. Une époque où les éditeurs les laissaient encore un peu tranquilles. Une époque où les pulsions créatrices étaient peut-être plus fortes, y compris au sein des plus grandes entreprises du jeu vidéo. Une époque où il ne fallait pas trois personnes à plein temps pour animer un personnage.

Les valeurs sûres et les suites à gogo que doit produire l’industrie AAA pour compenser les coûts de plus en plus forts, obstacles à la rentabilité, poussent les créateurs vers l’indépendance. Le crowdfunding devient alors une solution assez évidente pour mettre en place des projets. Ce procédé devrait être un tremplin formidable pour les projets les plus fous (et parfois, comme pour l’Oculus Rift, c’est même le cas). Au lieu de ça, ces créateurs se retrouvent piégés par un autre diktat, celui de la nostalgie. Et c’est très certainement ce qui a fait le plus mal à Broken Age, la volonté de faire un jeu de 90, en 2015.