Dossier

Unistellar : l’étoile montante du New Space français

Espace

Par Tristan le

À l'occasion des RCE nous avons rencontré Laurent Marfisi, PDG d'Unistellar qui compte bien démocratiser l'espace pour le plus grand nombre.

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© Unistellar

Quand il est question du monde du spatial, et notamment des acteurs privés qui sont en train d’en redessiner les traits, les mêmes noms reviennent inlassablement. SpaceX, Blue Origin, Virgin Galactic, Rocket Lab, que des entreprises anglo-saxonnes, pour ne pas dire Américaines. Mais pourtant la France, pays du spatial en Europe avec la base de lancement de la fusée Ariane à Kourou, ou encore le centre de travail d’Airbus et d’Arianespace à Toulouse, est bien placée pour avoir son rôle à jouer dans cette renaissance du spatial.

Et notre territoire regorge d’entreprises, plus ou moins grandes, qui évoluent en même temps que la passion pour l’espace gagne l’Hexagone. Alors afin de combler tous ces nouveaux amoureux d’astronomie, il faut pouvoir leur offrir un télescope : c’est exactement ce que fait Unistellar.

La société créée en 2016 par Laurent Marfisi à Marseille est aujourd’hui une des principales entreprises qui produit et fournit pour le grand public, des télescopes intelligents. Pour la petite histoire la seule autre entreprise qui offre de pareils services dans le monde entier, c’est Vaonis, une start-up elle aussi Française, basée à Montpellier.

La magie opère en quelques secondes

Afin de comprendre comment Unistellar a pu grandir au cours de ces cinq dernières années, nous avons profité des rencontres du ciel et de l’espace organisées en fin d’année dernière à Paris pour discuter avec Laurent Marfisi, PDG et fondateur de la marque. D’après lui, le projet est né d’un constat simple « créer un télescope dans lequel tout le monde peut voir ce qu’il y a dans le ciel ». L’idée était donc de rendre le produit le plus accessible possible « notamment pour une utilisation en ville, là où sont les gens ».

L’idée était donc lancée. Mais le grand changement entre ce télescope et le reste du marché, c’est sa capacité à se repérer lui-même dans le ciel. « Il trouve une ou deux étoiles clés et après c’est bon » explique simplement Laurent Marfisi. En effet, le mode de fonctionnement de l’eVscope n’est pas beaucoup plus compliqué.

Il suffit de sortir la lunette, la placer sur son trépied, pointer le ciel à 45 degrés et attendre que la magie opère. En général cela ne prend que quelques secondes, une minute tout au plus. Le télescope reconnaît alors où il est, et va ensuite pouvoir proposer toute une liste d’éléments présents dans le ciel et qui sont intéressants à observer (nébuleuses, galaxies, amas d’étoiles…). `

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La nébuleuse d’Orion maginfique en cette fin d’année vue par un eVscope © Unistellar

Une ascension participative

Renommé dans le monde entier, le projet d’Unistellar n’est pourtant pas né de grands tours de table avec des investisseurs, mais d’un financement participatif. “On savait que c’était un bon canal pour récolter des fonds, on espérait atteindre 600 k€, on rêvait d’un million, mais pas plus”. Finalement, quand la campagne se clôt à la fin de l’année 2017, le projet français a récupéré plus de 2,2 millions de dollars. Une somme qui lui permet d’assurer les 1600 premières ventes de l’entreprise.

Grâce au succès de son premier produit, Unistellar a été en mesure au début de l’année 2021 de lancer un deuxième télescope, sobrement baptisée l’eVscope 2. Ce dernier est le fruit d’une collaboration avec l’une des plus grandes marques d’optique qui soient : Nikon. Une vraie chance pour la jeune société originaire de la cité phocéenne qui peut ainsi proposer des capteurs avec une meilleure résolution et un champ de vision plus large que sur la première version de l’eVscope.

“L’idée avec ce nouveau modèle, comme avec le premier, est de simplifier l’utilisation d’un télescope, rendre ce dernier plus simple d’accès pour donner envie aux gens d’observer les étoiles à leur tour”.

Un impact sur le monde scientifique

Grâce à ces observations à la chaîne, l’eVscope permet, grâce à ses nombreux utilisateurs partout à travers le monde, de faire de la science citoyenne. Laurent Marfisi explique ainsi que la NASA ou d’autres agences spatiales font régulièrement appel aux astronomes amateurs notamment pour la recherche d’astéroïde ou d’exoplanète. En effet, dans ce genre de situations “Il vaut mieux avoir plein de télescopes un peu partout, plutôt qu’un ou deux observatoires surpuissants qui pointent à un endroit très précis”.

Aujourd’hui Unistellar est fière d’annoncer que l’entreprise a travaillé à plusieurs publications scientifiques. Pour le lancement de la mission Lucy par la NASA notamment, l’agence américaine avait besoin de nombreuses données sur les astéroïdes troyens, une partie très mal connue de notre système solaire “la NASA a donc fait appel au grand public, et donc, à nos utilisateurs”.

Le test de l’eVscope 2 est à découvrir sur Presse-citron.net

Un produit parfait pour les férus d’astronomie comme les néophytes

Si la gamme de prix des produits d’Unistellar pouvait laisser penser qu’elle ne s’adresse qu’à des professionnels ou au moins à des amoureux des étoiles, déjà fins connaisseurs du ciel, c’est en réalité tout le contraire. Selon Laurent Marfisi “un tiers des clients seulement sont des astronomes amateurs, qui disposent déjà de produits à plusieurs milliers d’euros et qui viennent chercher le confort de l’eVscope”.

Pour lui, un second tiers de la clientèle d’Unistellar serait composée des “néophytes éclairés”, qui commencent à s’intéresser à l’astronomie, mais qui ne se sentent pas les épaules pour avoir un appareil aussi complexe qu’une lunette classique, dont le calibrage demande une connaissance accrue du ciel. Et enfin, le dernier tiers des clients d’Unistellar “sont des gens qui aiment les étoiles sans y connaître grand-chose et qui veulent un produit simple, mais de qualité pour découvrir le ciel et s’émerveiller”.

La simplicité d’usage, mais aussi toute la partie technologique, avec la recherche d’étoile, l’utilisation d’un véritable ordinateur de bord, ce sont autant de choses qui attirent les passionnés comme les néophytes et qui créent un intérêt supplémentaire pour l’objet.

“Notre outil est infiniment plus simple à utiliser qu’une lunette traditionnelle, et c’est exactement ce que les gens cherchent”.

Un projet récompensé

Unistellar c’est donc ce succès à la française, qui a depuis quelques mois dépassé la barre des 5000 clients, une étape clé pour l’entreprise qui a vu ses efforts récompensés lors de la dernière édition des CES Awards. L’entreprise marseillaise ayant reçu le “innovation awards” dans la catégorie “Digital Image” lors de cette édition 2022 du salon.

L’idée maintenant pour Unistellar est de poursuivre son partenariat avec Nikon afin de rendre ses produits le plus “grand public” possible. La jeune société espère pouvoir s’industrialiser davantage dans les prochains mois et utiliser sa technologie sur d’autres supports, comme le projet “Nocturne” le laisse penser.

1 Commentaire

  1. Astrorobot

    15 janvier 2022 at 8:59

    A 2700€ ce n’est sûrement pas des néophytes qui vont pourvoir se le payer. Les néophytes n’ont d’autres choix que d’investir dans un télescope certes plus “complexe” à régler mais beaucoup moins cher. Pour démocratiser l’astronomie va sérieusement falloir vous pencher sur le tarif.

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