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YouTube : Quand le cauchemar se déroule hors champ

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Par Jules le

Faire des vidéos sur YouTube ou streamer tous les soirs sur Twitch et réussir à en faire son gagne-pain est un rêve pour beaucoup de jeunes. Et pour une poignée d'entre eux, le fantasme est devenu réalité. Mais bien souvent, derrière les sourires, la bonne humeur, le train de vie "idyllique" et les blagues se cachent son lot de problèmes, allant de l'anxiété à la dépression, en passant même par le harcèlement.

Cette année, le “YouTube-jeu” a été marqué par l’apparition d’un nouveau type de vidéo. Non, on ne parle pas des compilations de danses Fortnite IRL ou des nombreuses versions du #KikiChallenge. De nombreux vidéastes (et la liste continue de s’allonger) ont mis en ligne des séquences dans lesquelles ils font part de leur détresse psychologique, de la forte pression qu’exerce leur métier, ou de leur décision de faire une pause dans la réalisation de vidéos.

Un succès rapide pour une pression d’autant plus forte

Bien que cette vague de burn-out ait pris de l’ampleur cette année, elle n’est que la conséquence directe d’un métier précaire. Comprenez bien que pour la plupart des vidéastes ou des streamers Twitch, également touchés par le phénomène, il s’agissait avant tout de faire des vidéos par passion. Et que c’est le succès rencontré auprès du public qui a transformé ce hobby en source principale de revenus. Une gloire rapide, parfois trop, que les vidéastes, souvent jeunes, ne veulent pas perdre. En résulte une pression constante, imposée par les YouTubers / streamers eux-mêmes.

C’est quand même absurde de commencer ce métier par passion, et de finir par se lever un matin et de n’avoir même pas envie de tourner”, confiait MissJirachi, Élodie Nassar de son vrai nom, dans une interview au Monde datant de juillet dernier. Lorsqu’elle était en couple avec David Lafarge, c’est un rythme de travail endiablé qui réglait le quotidien du duo. “Fin 2017, on s’obligeait à produire six à huit vidéos par semaine (…) Pour garder ce rythme, on travaillait tous les jours. Même après une soirée ou un concert, ou même après une journée chargée, on se remettait à travailler sur les vidéos en rentrant”.

Pour le meilleur et pour le pire

Malheureusement pour les vidéastes, la pression s’avère tout aussi forte de la part de leur communauté. Les haters ont vite fait de reprocher à un vidéaste son changement de rythme de publication, l’évolution du ton, une vidéo jugée trop courte, ou a contrario trop longue, l’intégration de pub en début ou milieu de vidéo (publicité qui assurent un revenu dudit vidéaste) et bien entendu, toute séquence qu’il jugera mal travaillée.

Internet et les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, et l’anonymat n’aidant en rien, les commentaires colériques ont vite fait de se transformer en message de haine, voire en campagne de harcèlement dans le cas d’une streameuse ou d’une YouTubeuse. On en veut pour exemple la féministe Marion Séclin, attaquée pour ses prises de position, ou Dany Caligula qui a récolté une volée de bois vert après l’avoir défendue.

L’argent des abonnés

Enfin, reste la question de l’argent. Si les YouTubeurs et streamers les plus influents peuvent compter sur des partenariats avec des annonceurs ou des placements de produits, la grosse majorité des acteurs du milieu vivent dans un quotidien précaire. Le travail des vidéastes est souvent invisible aux yeux des spectateurs, qui le voient comme du divertissement.

Qui plus est, un travail régulier et conséquent n’est pas forcément synonyme de succès. D’autant que le modèle YouTube est différent de celui dicté par Twitch. Le second impose des heures à ses streamers rémunérés là où YouTube ne demande qu’un contenu fini. Sauf que dans les deux cas, ce sont les vues monétisées et la visibilité qui permettent au vidéaste de dégager des revenus. Ce qui dans le cas des “petits” YouTubeurs ou streamers est vital.

Les sociétés de production viennent bien sûr parfois épauler les vidéastes, les aidant à conserver une bonne visibilité et à décrocher des partenariats commerciaux. Mais il s’agit d’un luxe bien souvent réservé aux YouTubeurs / Streamers les plus influents. Les autres doivent se contenter d’un statut d’auto-entrepreneur, et des pressions supplémentaires qui l’accompagnent.