Test

Test de Kingdom Come : Delivrance – Mon royaume pour moins de bugs

Notre avis
5 / 10
Jeux-Video

Par firoste le

La sortie de Kingdom Come : Deliverance n’aura pas été de tout repos, de par les polémiques qu’il a suscitées. Accusé de white-washing de ses PNJ, et par extension de révisionnisme historique quant à sa représentation de la Bohème médiévale, le jeu est aussi la cible de nombreuses moqueries, de par le nombre de bugs persistants et de situations surréalistes que ses premiers acheteurs ont pu dégoter. Et pourtant, le jeu de Warhorse (dont c’est le premier titre) remporte un certain succès en termes de ventes, pour sa proposition radicale de gameplay. Mais une proposition, aussi originale soit-elle, fait-elle un bon jeu ? Diantre, non.

Il y a des jeux qui vous mettent dans la peau de guerrier(e)s badass partant seul(e)s à l’assaut d’armées entières. Et puis il y a ceux qui, comme baptême du feu, vous demandent d’acheter un sac de charbon pour votre père, puis d’aller jeter du purin sur la maison d’un voisin. Kingdom Come :Deliverance est de ceux-là. Ici, l’expérience est tournée vers l’immersion dans le quotidien d’un jeune apprenti forgeron au 15e siècle, dans région rurale du Royaume de Bohême. Héros qui voit son village mis à sac et sa famille assassinée par une armée d’envahisseurs hongrois, et va devoir se venger, après avoir rejoint la garde rapprochée d’un suzerain voisin.

Plus qu’un coup de projecteur sur une période et une région délaissée par le jeu vidéo, KCD se veut aussi table rase conceptuelle en termes de simulation de vie en vue subjective. Ici, le personnage est non seulement soumis aux impératifs vitaux (faim, sommeil, hygiène), mais il est analphabète de base et doit, si on le désire, apprendre à lire pour éventuellement gagner en expérience ou en éloquence. Mais surtout, chacune de ses actions peut avoir un impact sur son environnement social, et tout égarement illégal peut mettre en péril ses relations avec la populace (ne plus faire commerce, notamment), voire le jeter au cachot s’il abuse de ses libertés.

Libertaire, le jeu l’est plus ou moins. Certes, il nous laisse privilégier telle ou telle spécialité, préférer la diplomatie à la brutalité sur la plupart des quêtes, ou jouer avec le feu, selon notre skill au détroussage de poche ou au crochet de serrure. Mais il est moins un RPG qu’un jeu d’aventure à composante rôlesque : son personnage est – physique compris- imposé, et sa progression reste fermement ancrée sur une ligne droite narrative, quand bien même les historiettes secondaires sont nombreuses. Et l’on pourrait même rajouter que la narration prend plus souvent l’apparence d’un roman policier qu’une odyssée épique, tant la plupart de ses missions demandent de dresser une enquête autour d’un contentieux public, avec récolte d’indices et interrogatoires de témoins au programme. C’est même, mais cela reste subjectif, ce qui fait son sel.

Rase (mais belle) campagne

Car il faut dire que Kingdom Come : Deliverance sait séduire sur certains aspects. Non pas sur sa rigueur historique puisque celui-ci, dans ses représentations des Coumans notamment (des mercenaires censés venir d’Asie et de Turquie) se permet des interprétations souvent contestables, d’autant que le studio lui-même avoue avoir pris des libertés au nom des impératifs de gameplay.

En revanche, le jeu possède un charme indéniable en ce qui concerne ses décors et ses ambiances. Ici, point de monumentalisme pompier : la campagne bohémienne est reproduite avec une sobriété réaliste qui s’avère assez saisissante. Fort vaste, son monde ouvert est constitué de quelques bourgs et places fortes, au milieu de grandes prairies désertes et de forêts à la densité bluffante. Quand bien même, la direction « artistique » bénéficie d’un soin technique tout particulier. Notamment sur les effets climatiques et lumineux, qui donnent parfois des atmosphères à tomber par terre, pour qui aime la peinture naturaliste à la flamande par exemple.

Quant au scénario, s’il reste dans des sentiers balisés, il se suit agréablement, de par la sobriété de ses dialogues (fuyez la VF, en revanche) et l’efficacité de ses cut-scenes, dont la mise en scène a été pensée avec un vrai sens du cadre et du rythme, pour aborder des thématiques matures, voire inhabituelles (la contestation du pouvoir religieux notamment) dans un jeu vidéo.

Que trépasse si je faiblis

Malheureusement, toutes ces bonnes intentions se heurtent à un mur critique : le jeu est loin d’être abouti. Ou plutôt : son studio et son éditeur n’auraient jamais dû le sortir dans un tel état d’approximation technique. Le problème ne concerne pas forcément le nombre de bugs visuels, d’animations ou de comportements des PNJ qui, au mieux, prêtent à sourire. Mais bien de certains choix de gameplay, qui auraient mérité encore quelques mois de playtest.

L’exemple le plus flagrant concerne les combats, dont le parti pris est de reproduire la gestuelle et le ressenti subjectifs des mêlées à l’arme blanche. L’idée, intéressante en soi, perd vite de sa force devant l’incapacité du jeu à produire autre chose qu’un fouillis sans nom lorsqu’on affronte plusieurs ennemis, ou sur des décors en relief ou en forêt (la plupart du temps, donc). Idem pour le système de crochetage ou d’alchimie qui s’effectuent sous forme de mini-jeux, ou de sauvegarde, qui demande de boire une boisson particulière (et très chère) : l’idée est bonne mais l’exécution, elle, en devient une torture.

Choix d’autant plus condamnable qu’il faut parfois recharger une partie à cause d’un bug bloquant sur un script d’une mission en cours…commencée près d’une demi-heure auparavant. Face à un tel degré d’amateurisme, l’envie de ragequit n’est jamais loin, quand bien même le potentiel reste là, sabotée par un manque de finition affligeant.

Notre avis

Alors oui, Kingdom Come :Deliverance en a beaucoup sous la pédale, et son expérience mérite un bon coup de polish pour exprimer son potentiel à plein régime. Il n’empêche que son achat est à recommander comme une rando sur un terrain miné. Le paysage a beau être beau et le scénario prenant, on a tôt fait de s’exploser une patte sur ses innombrables avaries techniques qui, pour un jeu commercialisé plein pot, frôlent le scandale.

5 / 10
Les plus
Les moins
  • De très beaux décors
  • Des ambiances sonores et lumineuses saisissantes
  • Un parti-pris de réalisme sans concession
  • Scénario prenant, quêtes bien écrites
  • Il y a de quoi faire
  • Un manque de finition terrible
  • Plein de fausses bonnes idées : le crochetage, les sauvegardes...
  • Des bugs bloquant sur la quête principale
  • Des combats à s'en arracher parfois les cheveux
  • Une crédibilité historique contestable