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Test du remake de Secret of Mana : de la bien mauvaise graine

Notre avis
4 / 10
Jeux-Video

Par killy le

Dans le milieu des années 90, si une Super Nintendo trainait dans le salon devant les yeux interrogateurs de parents qui avaient du mal à en justifier le tarif, nul doute qu’un Zelda III, un Street Fighter 2 ou un Secret of Mana étaient posés non loin. Des jeux qui ont marqué une génération et qui ont acquis une belle aura nostalgique. Un petit pincement au coeur que les services comm’ ont bien compris avec le concept des remakes-anniversaire. Pour ses 25 ans, Secret of Mana en fait les frais. À coups d’antirides bon marché.

Lors de sa sortie en 1993, Secret of Mana (Seiken Densetsu 2) est un condensé des talents de chez Squaresoft : Hiromichi Tanaka et Koichi Ishii, des vétérans de Final Fantasy au concept et game-design, le célèbre Nasir Gebelli à la programmation et le futur homme fort de la partie technique de Vagrant Story, Taku Murata. Autant dire que le projet affiche une belle dream-team, avec à la partie sonore Hiroki Kikuta, secondé de grands noms de la composition, Yasunori Mitsuda et Kenji Ito. En résumé, difficile de se planter.

Cet action-RPG est une sacrée aventure, marquante pour toute une génération de joueurs, sorte de conte initiatique universel. Le jeu avait malgré tout de sacrés défauts, notamment au niveau de l’I.A, et ce remake de Square-Enix était donc l’occasion parfaite de régler tout ça une bonne fois pour toutes. Le célèbre générique se lance, l’Arbre-Mana apparaît dans toute sa poésie, entouré de flamants roses et tout semble se dérouler pour le mieux. Le joueur souffle alors et ne voit pas le coup de poing lui arriver en pleine face. Les premières minutes suffisent à causer un traumatisme dont il faut plusieurs heures pour se remettre.

Secret of Mais Non

Le passage à tabac de Square Enix commence dès les premières minutes avec l’apparence globale du jeu qui fait preuve d’un certain mauvais goût avec son rendu digne d’un titre bas de gamme pour smartphone. Si les modèles 3D des personnages principaux sont moins concernés, car mieux détaillés, les environnements souffrent d’un côté aseptisé qui casse la moindre tentative de susciter du dépaysement. Pire, la fête à l’aliasing est ouverte, et les feuilles, fleurs et autres éléments végétaux affichent un magnifique crénelage aux extrémités. Les intérieurs ne sont pas en reste avec des décorations floues et un ascétisme visuel omniprésent.

Rien de scandaleux, mais le projet souffre de manière évidente d’un sacré manque de moyens, qui en fait esthétiquement un produit de seconde zone. Loin, très loin du rendu espéré par le public qui a connu l’original. Déception mise à part, même les nouveaux venus risquent de ne pas se laisser convaincre par ce qui ressemble à un portage PC/PS4 d’un free to play lambda. Le drame n’est pourtant pas là. Il est possible de faire des compromis – douloureux – sur la forme quand le fond tient la route, les fans de Niddhog 2 vous le diront. Le souci étant que les choix de refonte du gameplay sabotent eux aussi en partie une formule qui avait déjà un tantinet mal vieilli.

L’épée massacrée

Comme son genre l’indique, Secret of Mana repose sur du combat “direct” avec des composantes RPG pour tout ce qui est gain de niveau, gestion de l’équipement, etc. Faisant partie des meilleurs représentants du domaine à sa sortie, il avait comme particularité de proposer de la coopération à 3 joueurs. Sans ami ou multitap, il fallait se contenter de laisser l’I.A gérer ses compagnons, ce qui permettait à l’époque d’apprendre concrètement ce que signifiait le mot aléatoire. Entre les soucis de déplacements des personnages et leur utilisation étrange du timing dans leurs attaques, certaines batailles devenaient difficiles pour des simples raisons de programmation discutable. Les amoureux de sensations pures seront heureux d’apprendre que rien n’a changé. Ce qui, en 2018, est un gros problème.

Ce remake prend même le temps de faire pire : les ennemis peuvent maintenant frapper en diagonale, tout comme les héros. Pas de quoi faire peur, sauf que les attaques, notamment à distance, pouvaient être évitées à l’époque par un décalage habile dans un angle mort. C’est désormais impossible, ce qui permet par exemple aux archers adverses de balancer leurs flèches dans tous les sens et de devenir ingérables. Et comme les réglages de comportement de l’I.A. de son équipe ont disparu, il devient problématique de se sortir de situations dangereuses. Le joueur regarde alors impuissant ses personnages ne pas savoir quoi faire et mourir, la rage au ventre et la manette contre le mur. Mais il reste encore une surprise.

À quel synthé se vouer ?

Célèbre également pour sa merveilleuse bande-son qui donnait mille et une couleurs à une aventure déjà pleine de promesses, Secret of Mana prend encore une gifle. Les réorchestrations de ce remake ne sont pas seulement ratées, pour la plupart, elles fracassent l’ambiance de certains lieux. À mi-chemin entre un générique de sitcom des années 90 et un morceau d’eurodance qui tourne mal, le style de Kikuta est noyé sous des couches de mauvais synthés placées n’importe comment. Les merveilleuses mélodies du compositeur sont encore là, mais mis à part certains thèmes repris avec élégance, toute la bande-originale patauge dans un manque de classe surprenant pour un aussi grand artiste. Première chose à faire donc, est de passer aux musiques originales dans le menu des options.

Les erreurs et les lacunes s’accumulent et peuvent donner le sentiment que ce remake est une horreur. Dans sa refonte, c’est en partie le cas, mais sous toutes ces couches peu agréables reste une aventure unique, aux personnages marquants et au rythme maitrisé. Le genre d’odyssée qu’il est difficile d’oublier tant sa simplicité bienveillante parle au coeur. Pour autant et même si l’original a pris un coup de vieux, il est meilleur, mieux équilibré et conserve une part de magie, ici perdue. Vous laisserez de côté un chouette doublage japonais rajouté pour l’occasion, mais comme les personnages n’ouvrent jamais la bouche, ce n’est pas une grande perte.

Notre avis

Modèle parfait d’un remake raté, Secret of Mana ne va pas parler à grand monde. Les joueurs nostalgiques ne pourront que se sentir floués par cette reprise paresseuse, qui se permet qui plus est de casser encore un peu plus le gameplay. Et les nouveaux venus ne mettront pas 40 € dans un jeu qui ressemble à un mauvais free to play pour smartphone. Le plus triste derrière ce jeu, c’est qu’il a d’immenses qualités, masquées par un opportunisme cynique. Après Shadow of the Colossus et Final Fantasy XII : The Zodiac Age, il faut un sacré courage pour présenter un tel projet de remake sans claquer des genoux. Récupérez Secret of Mana sur Super Nintendo Mini ou sur smartphone, et découvrez sa générosité. Le jeu le mérite, pas ce remake.

4 / 10
Les plus
Les moins
  • Une aventure fabuleuse pleine de rebondissements
  • Des personnages mémorables
  • Une bande-son inoubliable (dans sa version originale)
  • 3 ou 4 réorchestrations qui valent le coup
  • Le doublage japonais
  • Visuellement pauvre
  • La direction artistique qui casse tout
  • Aucun changement dans l’I.A.
  • Un gameplay pire qu’à l’époque
  • Zéro lypsinc
  • Des plantages
  • Des réorchestrations de l’enfer