Quiconque a déjà fabriqué des stickers chez soi connaît le rituel approximatif que proposent les machines de découpe traditionnelles type Cricut. Avec sa caméra embarquée et son module de découpe laser, la xTool M2 vient corriger le problème, et ouvrir nos horizons en matière de DIY. Un nouveau monde s’offre à nous, encore faut-il savoir par où débuter. Car c’est peut-être là que la marque peine encore à s’imposer : qui dit laser si forcément plus de risques, ce qui peut avoir pour effet de décourager les débutants.

xTool M2 : trois têtes, une seule boîte
Le xTool M2 se présente comme un grand coffre de 610 x 569 x 180 mm pour 12,3 kg. Sa conception fermée et (relativement) compacte lui permet donc d’être stockée sur une étagère quand elle n’est pas utilisée. On peut aussi faire le choix de ranger tous les accessoires dedans pour gagner encore plus de place, ce qu’on ne vous conseille toutefois pas. En termes d’espace, on est sur le parfait compromis entre des ambitions professionnelles (la machine accuse une surface de travail maximale de 42 x 32 cm) et une utilisation amateure pour les passionnés de DIY.
La M2 embarque une tête magnétique interchangeable : la version de base propose un laser à diode bleue 455 nm de 10 W, taillé pour le bois, le carton, la feutrine, le cuir et le papier. Deux modules viennent s’y greffer en option : un laser 20 W pour aller plus vite et plus épais, et un infrarouge 3 W (1064 nm) qui attaque les métaux et les plastiques que la diode digère mal. La troisième tête est aussi la plus intéressante : la machine propose un module jet d’encre quadrichromie qui dépose de la couleur (en théorie) sur n’importe quel matériau. C’est assez bluffant pour les débutants : le changement de module ne nécessite qu’une poignée de secondes. On branche un câble USB sur le côté, la tête se clipse grâce à son système aimanté, et le tour est joué. Comparé aux systèmes à vis de la génération précédente, le gain est immédiat, et permet de penser des projets bien plus complexes, sans réelle contrainte.

Quelles différences entre les têtes amovibles ?
- Diode bleue 10 W (incluse). C’est la tête de base, en 455 nm, qui grave et découpe. Elle traverse 8 mm de tilleul et 3 mm d’acrylique noir en un seul passage. Parfaite pour le bois, le carton, le cuir, la feutrine et le papier, elle peine en revanche sur le métal, qu’elle marque à peine sans spray dédié.
- Diode bleue 20 W (option, 459 €). Même longueur d’onde, puissance doublée. On gagne en vitesse et en épaisseur : 10 mm de tilleul et 8 mm d’acrylique noir en un passage. L’acrylique transparent reste hors de portée des deux diodes, puisque la lumière bleue le traverse sans le couper.
- Infrarouge 3 W (option, 459 €). Sa longueur d’onde de 1064 nm est bien mieux absorbée par les métaux. C’est la tête qu’il faut pour graver proprement de l’inox, de l’aluminium, des bijoux ou certains plastiques techniques, sans spray de marquage.
- Jet d’encre CMJN (option, 169 €). La tête qui fait la différence. Elle imprime en quadrichromie à 1 200 x 1 200 dpi sur les supports poreux (papier, bois clair, tissu, feutrine, cuir). Elle permet d’imprimer un visuel puis de le découper dans la foulée, mais sur une zone limitée à 300 x 294 mm.
- On retrouve aussi dans certains packs (et en option à 259 €) le support rotatif RA3 Lite pour graver directement sur les gourdes et les supports arrondis.
Si la M1 Ultra a longtemps voulu jouer la concurrence face à Cricut, la M2 abandonne la partie, en se concentrant pleinement au laser, et en abandonnant la lame de découpe et le stylo traceur. Pour le vinyle et le papier épais, il faudra miser sur une autre machine. Notez aussi que les accessoires de la génération M1 ne sont pas compatibles avec la M2. À l’usage, la facture risque de vite grimper.
Des caméras très précises

C’est là que le M2 se démarque vraiment. La machine embarque trois caméras : une vue globale sur le capot, une caméra de détection de flamme dans un coin de la zone de travail et une caméra de précision directement sur la tête. Couplé au logiciel xTool Studio, l’ensemble corrige les déformations de perspective en temps réel. On ferme le capot, la machine photographie le contenu du plateau, mesure seule la hauteur du matériau, reconnaît les chutes de bois posées en vrac et propose des réglages adaptés. xTool annonce une précision de positionnement de 0,2 mm grâce à la caméra de tête, et force est d’admettre que cette dernière ne nous a jamais pris en défaut. Encore une fois, le contraste entre les possibilités techniques de la machine et la manière dont la marque met un point d’honneur à faire simple est assez bluffant.

Les compromis existent, cependant : l’absence d’un tapis en nid d’abeille pour protéger la plaque de la machine nous a donné quelques sueurs froides, d’autant plus qu’xTool se réserve bien de nous montrer des plans de travail abimés par le temps et l’usage. Aussi, les pinces magnétiques fournies pour maintenir le matériau ne tiennent pas correctement sur le plateau aimanté. Au point qu’il ont plusieurs fois fait rater notre projet, en bougeant après la calibration de la tête. Après quelques utilisations, le scotch de peintre est rapidement venu remplacer les pinces, quitte à accélérer encore un peu plus l’usure du plan de travail. Notons aussi l’absence d’un bouton d’arrêt d’urgence et de clé de sécurité, ce qui peut effrayer pour un utilisateur novice.

L’impression couleur, la vraie nouveauté
Le module jet d’encre est ce qui justifie l’existence du M2 face à un laser fermé classique. Par rapport au M1 Ultra, la cartouche passe de CMJ à CMJN avec un vrai noir dédié, le volume grimpe de 15 à 40 ml et la résolution verticale double, à 1200 x 1200 dpi. Sur le papier, c’est une très belle avancée : l’impression n’est pas aussi nette et éclatante qu’elle le serait avec une imprimante dédiée, mais elle permet une large variété de supports, à condition qu’ils soient clairs et poreux (bois, tissu, carton, etc). Grâce à la fonction print then cut, on peut ainsi imprimer son support, puis le découper en quelques minutes. C’est pratique, irréprochable en termes d’alignement, et vraiment différenciant. Aucune autre machine ne propose cette fonctionnalité sur le marché.

Les limites sont toutefois nombreuses, et il ne faut pas vous attendre à des miracles : l’encre est à l’eau, elle ne résistera donc pas bien au lavage ou aux intempéries. On l’a dit, il est nécessaire d’imprimer sur un support clair, à cause de l’absence d’encre blanche. Aussi, certains bois poreux ont tendance à faire baver les aplats, tandis que les surfaces lisses comme le verre, le métal ou la céramique exigent un revêtement d’accroche préalable.
Vous avez dit brûlure ?
Un laser, ça brûle. Avec la disparition de sa lame, la xTool M2 ne propose plus que la découpe laser, même sur les matériaux les plus fins. La question n’est donc pas de savoir si la machine marque les bords, mais sur quels matériaux elle les marque trop. Le bois et la feutrine encaissent très bien, le papier et le tissu beaucoup moins : sur ces deux supports, la découpe laisse un liseré roussi que ni l’assistance d’air ni les réglages officiels ne parviennent à supprimer. Même constat sur l’impression et la découpe de stickers, pourtant vendu comme l’une des arguments phare de la M2 : impossible d’utiliser un support vinyle, et le papier autocollant vendu par xTool

Prix et disponibilité
Le xTool M2 démarre à 649 € en pack Standard, machine seule avec la tête laser 10 W. Le kit de Base, qui ajoute le module d’impression CMJN, passe à 799 € hors promotion. La version Deluxe, toujours en 10 W mais mieux accessoirisée, atteint 989 €. Les modules s’achètent aussi à l’unité : 169 € pour le jet d’encre, 259 € pour le rotatif RA3 Lite et 499 € pour l’infrarouge 3 W. C’est l’encre qui risque de poser problème à l’usage. La cartouche CMJN se négocie entre 88 et 99 €, elle n’est pas rechargeable, il n’existe aucune alternative tierce et les quatre couleurs sont réunies dans un même corps : le noir épuisé, tout part à la poubelle, même s’il reste du cyan.


