Test

Test de Spider-Man (PS4) : mygale à lui-même

Notre avis
6 / 10
Jeux-Video

Par killy le

Dur dur de passer après Batman, une petite phrase que se répète tour à tour le Joker, Le Pingouin, Alfred ou encore tous les jeux de super-héros de l’après Arkham. Rocksteady a su imposer un style, cahier des charges implacable en phase avec les habitudes de son époque. De retour après des années de disette, Spider-Man tente tout de même de trouver sa voie en défiant l’homme chauve-souris sur ses terres, en open-city. Clone ou incarnation, une question que s’est souvent posée Peter Parker.  

Le saut de la soie

Le super-héros est par définition un personnage de jeu vidéo déjà prêt : des compétences à tiroirs qu’il est aisé d’intégrer dans un game-design, un univers construit depuis plusieurs années et surtout connu du public, des méchants comme autant de boss. Des éléments à piocher avec gourmandise avant de le mettre en forme au sein d’une aventure équilibrée entre respect de la matière première et divertissement. Le choix est plus complexe qu’il y paraît. Bien des jeux à licence se sont vautrés dans la facilité d’adaptation la plus basique, sans jamais chercher à raconter quelque chose ou à utiliser son média autrement que comme un simple support. Spider-Man est au coeur de cette problématique, en tant qu’oeuvre centrale de l’univers Marvel. Deux choses sont à réussir, à savoir donner au joueur le sentiment de liberté si iconique de la progression au bout d’une toile et une histoire qui l’ancre dans le très complexe lore du héros-araignée de Stan Lee et Steve Ditko.

Sur ce dernier point, le pool d’écriture d’Insomniac – composé à la fois d’auteurs de comics et de scénaristes-maison – a décidé de tabler sur une trame originale. Ils avaient en revanche omis de préciser que c’est en réalité un mélange de plusieurs séries et histoires, amas cellulaire du segment Swing Shift, de Brand New Day et de versions “classiques” des intrigues liées aux Sinister Six, avec même des petits bouts de Silver Sable. Au milieu de tout ça, un fil rouge tente de maintenir l’ensemble dans l’actualité sur fond de de Crispr et de terrorisme, toutefois motivé par de bonnes vieilles vengeances pas du tout grillées. En ce sens, Spider-Man respecte les codes du MCU (Marvel Cinematic Universe), avec ses gros sabots et ses thématiques modernes, auréolées d’humour et de gentil drame. L’un des problèmes vient de la narration, qui parfois se sert avec intelligence des motivations de certains personnages pour créer une progression logique, tout en oubliant souvent des ressorts émotionnels évidents au profit d’un scénario qui doit avancer. Grosso modo, les rapports entre les héros sont valables lorsqu’ils servent l’intrigue. Dans le cas contraire, ils deviennent des archétypes auxquels il est difficile de s’intéresser.

Marvel’s Spider-Man_20180902143139

L’autre souci est que cette adaptation se comporte comme un film correct qui serait étiré sur une quinzaine d’heures avec le challenge principal de savoir quoi mettre pour remplir les trous. Entre les séquences spectaculaires ou riches en émotions pataugent des sous-intrigues un peu nulles qui étendent le jeu comme un ficello trop chaud sans rien apporter d’autres que des infos qui étaient soit évidentes, soit réductibles à un coup de téléphone de 5 mn à Spidey. C’est là la base du problème de ce Spider-Man, s’en tenir à des certitudes.

Un homme à toile en plein New-York

Chaque seconde de jeu en est la preuve, le titre d’Insomniac a du mal à se trouver une personnalité. Avec le regard sans cesse tourné vers les game-design des Batman de Rocksteady et vers Assassin’s Creed, il avance à pas hésitants, bien loin de la grâce féline de l’homme-arachnide. Phases d’infiltrations, missions annexes à base de machins à collecter, bases à vitrifier, pigeons à attraper, les petites tâches constellent la carte de Manhattan comme les guirlandes d’un jeu qui aurait du mal à se faire remarquer. Un enrobage qui coche les cases du contrat du jeu open-world 2018, mais sans passion, sans folie, sans ce qui faisait le coup de génie du pourtant très proche Sunset Overdrive : du fun inventif habillé du challenge du beau jeu. Sunset n’a jamais été une réussite, mais il créait un plaisir d’interaction avec son environnement. Un élément qui devrait pourtant être une évidence dans un univers comme celui de Spider-Man.

D’autant que lorsque s’enchaîne les missions principales, surgit cette folie douce, cette envie d’injecter un surplus d’âme, dans des moments certes classiques mais qui renvoient à ce qu’évoque Spidey. Quelque chose d’aérien, de vif. En termes d’exploration, cette impression est heureusement bien présente et se balancer au milieu des buildings amène une sensation grisante de maîtrise hérissée de vitesse, entre deux bastons de mafieux. Des combats qui ne font pas non plus semblant de ne pas connaître Batman, avec néanmoins le petit plus produit de la vitesse d’exécution. Agile, Peter passe sous les jambes, bondit, enchaîne les juggles comme un joueur relou de Dragon Ball FighterZ dans une fluidité jamais prise en défaut. Les liaisons entre les coups se font avec un rare naturel dans un ballet soyeux où le décor est enfin partie prenante avec jets de motos et de bouches d’égout. Les possibilités d’action sont variées, les contres jouissifs, le divertissement perce à travers le masque.

Va donc, va donc chez Spidey

Des moments de liesse populaire où tout le monde s’en prend plein la tronche qui sont aussi l’occasion pour Spider-Man de projeter de la punch-line, coup de main au joueur dans l’entreprise pas gagnée de s’attacher à cet univers. Il faut noter le travail des comédiens de doublage français, qui parviennent à transcender les personnages dont ils ont la charge, Donald Reignoux en tête. Il donne à Peter une réelle subtilité, entre vitalité débridée et vraie souffrance intérieure. Les autres intervenants sont à l’avenant avec une excellente Jessica Monceau dans le rôle de MJ. Des protagonistes qui deviennent vite chaleureux, également grâce au passif d’Insomniac sur des personnages orientés cartoon, où le focus se fait sur les regards et les expressions surjouées. Le casting perd alors en réalisme pour gagner en vie, favorisant la transmission des émotions. Et c’est derrière ces grands yeux humides que Peter, Norman, Tante May et les autres font le travail de sape de capter le joueur pris dans cette aventure trop diluée. Un subterfuge qui fonctionne pendant un bon moment, devant un divertissement qui fait son boulot, sans cracher sur la licence, honnêtement.

Spider-Man n’est pas un mauvais jeu, il est une commande bien faite. Il est l’énième commande bien faite. Le jeu aurait gagné à être resserré, avec comme point d’horizon qui est Spider-Man et non qu’est-ce qu’une ville ouverte. Dans les tourbillons adolescents où Peter tente de reprendre son souffle, roulé dans des vagues d’amour déçu, de peur des responsabilités et d’acceptation de soi, il y a de quoi faire. Il y a de l’humanité là-dedans. Dans Uncharted 2, une scène donne l’occasion de dire bonjour aux habitants d’un petit village tibétain avec la même touche que celle qui permet de contrer, et ce après une grosse scène d’action. Sans aucune indication. La surprise vient de la nouvelle interaction disponible qui ne sert à rien mais crée un lien. C’est cela qu’il manque ici, l’inutile qui construit. Parce qu’en l’état, tout ce qui est rajouté pour faire durer le jeu, le défait.

Notre avis

Spider-Man est un bon élève. Compilation des idées de bien des jeux avant lui, le titre d’Insomniac enfile son masque avec respect pour une balade entre immeubles sans passion. Dans les toiles collées de-ci de-là se forme au matin une rosée un peu opaque, composée de ce qu’aurait pu être l’aventure. Rien de grave, Spider Man ne chute pas dans les bas-fonds des jeux à licence ratés, mais utilise son sujet comme simple habillage plus que comme véritable inspiration. Dilué par des missions d’infiltration - sans Peter - anecdotiques au mieux, et d’autres qui ont comme seul but de densifier artificiellement l’expérience, le jeu peine à trouver son rythme, à trouver sa voie. Amusant et réussi lorsqu'il s’agit du feeling des acrobaties aériennes, il ne sait pas se réinventer et termine en bout de course après une dizaine d’heures, conclusion qui arrive déjà trop tard. Tous ceux qui attendaient un Manhattan comme trip vertical et parc d’attractions géant pour araignée en goguette devraient être satisfaits pendant un petit moment. Il n’empêche que le sentiment du déjà joué 1000 fois les toise depuis la rue. C’est lui le vrai villain.

6 / 10
Les plus
Les moins
  • Les déplacements grisants
  • Système de combat efficace
  • Une histoire qui se laisse suivre
  • Des personnages principaux attachants
  • Excellent doublage français
  • Plutôt joli et propre
  • Les combats de boss
  • Un jeu bien trop dilué
  • Beaucoup de déjà vu
  • Des missions annexes sans intérêt
  • Chiche en termes d’idées de game-design
  • Manque de rythme
  • Des soucis d’écriture
  • Répétitif
  • La caméra souvent en vacances