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Test Elden Ring Nightreign : aussi chaotique que prometteur

En multipliant les parti-pris audacieux, le studio a accouché d’un titre extrêmement dynamique et chaotique qui, malgré un certain manque de maturité, laisse entrevoir de longues heures de divertissement entre amis.

Nightreign, le nouveau jeu unique en son genre de FromSoftware, va enfin débarquer ce vendredi, pour le plus grand plaisir des fans d’Elden Ring et de ses illustres prédécesseurs qui l’attendaient impatiemment depuis des mois. Sa formule hétéroclite parviendra-t-elle à convaincre les fans du studio ? Voici notre avis après quelques heures de jeu.

Elden Ring à la sauce roguelike

Avec Nightreign, le studio a clairement affiché son intention de prendre ses distances avec la recette qui a fait le succès des Dark Souls et d’Elden Ring. Et dès les premières minutes, il est évident que cette nouvelle production n’a quasiment rien à voir avec ses prédécesseurs.

Avant de lancer une partie, la première étape consiste à choisir un personnage parmi les huit options disponibles. Ces héros ne sont pas vraiment des bases qui peuvent être modelées à loisir au cours de la partie comme dans le Jeu de l’Année 2022. En pratique, chacun de ces héros représente une classe différente, avec ses propres mécaniques.

Le Wylder, par exemple, est un combattant polyvalent plutôt axé sur la mobilité, tandis que le Guardian fait plutôt office de tank. L’Ironeye se positionne comme un archer spécialisé dans le combat à distance – un point qu’il partage avec la Recluse, la magicienne de la troupe.

Chacune de ces classes dispose d’un bonus passif, d’une compétence active qui peut être utilisée régulièrement au cours de la partie, et surtout d’une compétence ultime qui doit être chargée en attaquant des ennemis et peut radicalement changer le cours d’une rencontre. Le Raider, par exemple, peut faire émerger une gigantesque obélisque qui inflige de lourds dégâts, mais dispose aussi d’un intérêt purement utilitaire. Elle offre un refuge aux joueurs qui, une fois perchés dessus, peuvent par exemple prendre le temps de se soigner… ou canarder allègrement des adversaires impuissants dans le cas de l’Ironeye ou de la Recluse. L’Executor, de son côté, peut carrément se transformer en une gigantesque bête capable d’infliger des dégâts colossaux.

Executor Ultimate
© Journal du Geek / FromSoftware

Dans un second temps, les joueurs peuvent modifier leur personnage grâce à des reliques gagnées à la fin de chaque partie. Elles offrent une grande variété de bonus passifs, et même parfois actifs, et ajoutent donc une composante roguelite au jeu.

Une fois l’équipe préparée et l’expédition validée, l’escouade est propulsée dans une région appelée Limveld (qui rappelle beaucoup Limgrave, dans Elden Ring) pour une expédition découpée en trois journées distinctes. L’objectif : engranger autant de puissance que possible sous forme de niveaux et d’équipements pour vaincre les boss intermédiaires qui marquent la fin des deux premiers jours.

Pour monter en niveau, la recette est simple : il suffit de s’approcher d’un site de grâce pour dépenser les runes obtenues en se débarrassant des nombreux ennemis qui jonchent la carte. Mais contrairement aux précédents titres de FromSoftware, le joueur ne dispose d’aucun contrôle sur les statistiques à attribuer : il suffit d’une pression sur un bouton pour gagner un niveau et des bonus prédéterminés en fonction de la classe choisie.

Level Up Nightreign
© Journal du Geek / FromSoftware

De la même manière, la gestion de l’équipement change considérablement. Premier point : les armures passent complètement à la trappe, et les contraintes de poids qui limitent généralement les combinaisons possibles disparaissent complètement. Les builds sont composés exclusivement de talismans qui confèrent des bonus passifs et d’armes partiellement randomisées.

Ces dernières sont directement tirées d’Elden Ring, et ceux qui connaissent déjà l’arsenal du magnum opus de FromSoft sur le bout des doigts s’y retrouveront assez rapidement. La subtilité, c’est que chaque arme est agrémentée de bonus complètement aléatoires, dans la plus pure tradition des roguelikes. Par exemple, la même arme peut apparaître avec un bonus aux dégâts de saignement, des bonus passifs, ou encore une compétence spéciale assez exotique. Il existe aussi différents niveaux de rareté, de commun à légendaire, qui offrent des bonus plus ou moins impactants. En pratique, il existe donc un nombre ahurissant de variantes possibles.

Nightreign Boss Rewards
© Journal du Geek / FromSoftware

Tout l’enjeu, c’est de réussir à se construire un build cohérent dans le feu de l’action pour vaincre les redoutables ennemis qui vous attendent aux quatre coins de la carte, et surtout, à la fin de chaque nuit (voir plus bas).

Forcément, comme toujours dans les jeux avec une composante roguelike, le hasard a tendance à jouer un rôle significatif. Parfois, il semble quasiment impossible de trouver des armes viables ; mais lorsque les planètes s’alignent, on peut rapidement se retrouver avec un build à la fois jouissif et extrêmement performant. Par exemple, lors d’un de nos runs avec la Recluse, nous sommes tombés sur une arme dotée du sort Lightning Spear et sur plusieurs autres équipements et consommables améliorant les dégâts de foudre. La recette parfaite pour pulvériser n’importe quel ennemi – à l’exception des boss qui représenteront toujours un défi substantiel.

Nightreign Lightning
© Journal du Geek / FromSoftware

Une pression temporelle permanente

Il faut admettre que ces partis pris de design sont assez déroutants au premier abord, surtout pour ceux qui apprécient de passer du temps à theorycrafter méticuleusement des builds originaux. Mais ils prennent tout leur sens lorsqu’on tient compte des contraintes de temps, omniprésentes dans ce nouveau titre. Ceux qui sont habitués au gameplay relativement lent et méthodique des précédents opus sont prévenus : en comparaison, Nightreign est beaucoup plus dynamique et chaotique que ses prédécesseurs.

En effet, les joueurs n’auront pas la possibilité d’explorer l’intégralité de la carte chaque jour à cause de la principale mécanique qui structure le déroulement de chaque partie : la Nuit. En pratique, il s’agit d’une zone circulaire qui rétrécit continuellement.

Nightreign Night
© Journal du Geek / FromSoftware

Cette mécanique tirée des Battle Royale force les joueurs à élaborer rapidement une stratégie d’exploration efficace pour maximiser les chances de trouver du butin de haut niveau. Dès les premières secondes, l’escouade a intérêt à se mettre d’accord sur les points d’intérêt à visiter en priorité, en tenant compte des besoins de chaque personnage et de la difficulté des ennemis qui y résident.

Pour faciliter cette exploration, FromSoftware a implémenté de nouvelles mécaniques qui fluidifient grandement l’expérience. Par exemple, les personnages ont accès à un nouveau type de sprint très rapide qui permet de naviguer efficacement entre les différents points d’intérêt (forteresses, Everjails…) malgré l’absence de monture. Il est aussi possible d’escalader l’environnement, ce qui n’était pas possible dans Elden Ring. En outre, les dégâts de chute n’existent pas dans Nightreign, et il est donc possible de sauter d’une falaise pour prendre un raccourci sans la moindre conséquence.

Cette dynamique ajoute une composante tactique très intéressante qui n’existe absolument pas dans les autres titres du studio. Par exemple, une stratégie simple consiste à farmer les camps d’ennemis relativement faibles pour minimiser les risques. Mais cela implique aussi d’engranger moins d’expérience et de trouver du butin de moins bonne qualité, ce qui devient de plus en plus problématique au fil de la partie.

À l’inverse, l’équipe peut aussi décider de s’attaquer aux mini-boss locaux, qui sont bien plus rémunérateurs. Mais ces derniers ont tendance à être très difficiles pendant la première journée, avant que les combattants n’aient eu le temps d’engranger suffisamment de puissance. En cas d’échecs répétés, on prend donc le risque de perdre un temps précieux et de passer le reste de la journée à fuir la progression de la Nuit plutôt que de farmer.

Une lutte constante pour la survie

Et il s’agit généralement d’un scénario catastrophe, car le moindre retard accumulé peut avoir des conséquences dramatiques. En effet, une fois que le cercle de la Nuit s’est entièrement refermé au terme des deux premières journées, le groupe se retrouve face à un (ou plusieurs) boss, là encore tirés d’Elden Ring. Et ces rencontres déterminantes peuvent rapidement virer au fiasco si les joueurs ont mal géré leur journée et qu’ils arrivent mal préparés.

Si les étoiles s’alignent et que le groupe parvient à survivre à ses deux premières nuits, il gagne l’accès à une zone refuge qui permet d’ajuster son équipement, de dépenser ses runes et d’effectuer toutes les dernières préparations nécessaires sans devoir craindre la pression imposée par la Nuit. Il est crucial de rentabiliser ce temps mort, car à la sortie de ce sanctuaire, l’équipe se retrouve face à un Nightlord, le boss final de la partie.

Ces Nightlords sont des super-boss redoutables et surtout entièrement originaux. Contrairement aux autres boss et ennemis de Nightreign, ils n’ont pas été recyclés d’Elden Ring. Nous n’avons eu l’occasion d’en affronter qu’un seul pendant notre test, mais il s’agissait d’un adversaire particulièrement mémorable : Gladius, un formidable monstre à trois têtes clairement inspiré du célèbre Cerbère. Nous ne nous attarderons pas sur les mécaniques du combat pour préserver l’effet de surprise, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il nous a fait forte impression avec son moveset extrêmement dynamique et son design somptueux ; il s’agit assurément d’un boss de très grande qualité, dans la plus pure tradition des jeux de FromSoftware. Il nous tarde déjà d’affronter les autres Nightlords à la sortie du jeu, car la qualité de cette rencontre laisse déjà entrevoir des combats plus spectaculaires et stimulants les uns que les autres.

Et les joueurs solo, dans tout ça ?

Si vous ne disposez pas d’un groupe d’amis rompus aux souls-like, qu’à cela ne tienne : Nightreign offre la possibilité de jouer en solo. Mais il est important de préciser qu’il s’agit d’une expérience radicalement différente. Après une poignée de tentatives, il devient vite évident que le jeu est clairement pensé et équilibré pour le multijoueur. Cette option semble presque avoir été ajoutée par dépit, afin que les joueurs solitaires puissent tout de même se joindre à la fête – mais c’est indubitablement un titre qui prend tout son sens en groupe.

Le premier obstacle, c’est la difficulté brute, qui augmente de façon exponentielle en solo. Il ne semble pas vraiment y avoir de mécanisme de scaling pour rendre les expéditions plus abordables, et les aventuriers solitaires doivent donc surmonter les mêmes défis que les groupes complets, sans réduction des points de vie ou des dégâts des ennemis. Autant dire que le challenge s’avère corsé.

Nightreign You Died
© Journal du Geek / FromSoftware

En outre, sans coéquipier pour vous ranimer en cas de faux pas, les combats contre les boss deviennent extrêmement punitifs. La moindre erreur d’inattention peut immédiatement mettre fin à un run prometteur, ce qui a évidemment tendance à être frustrant. En attendant un éventuel équilibrage, les expéditions solo seront donc réservées aux joueurs très expérimentés. De notre côté, même avec des centaines d’heures à notre actif sur la franchise Dark Souls et Elden Ring, nous n’avons pas réussi à vaincre le boss final en solo. Skill issue ? Sans doute – mais il s’agit tout de même d’un point à garder en tête.

Mais le point le plus important ici, c’est que jouer seul revient à se priver d’un tas de synergies potentielles avec les autres membres du groupe. Et c’est bien dommage, car cette complémentarité rend les parties beaucoup plus stimulantes. Cela ne signifie pas forcément que le jeu n’a aucun intérêt dans ces conditions. Mais si vous envisagez de vous offrir Nightreign avec l’objectif d’en profiter exclusivement en solo, sachez que vous jouerez à un jeu totalement différent.

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Notre avis

Nous avons été assez déroutés par cette première expérience sur Nightreign. La dynamique globale du jeu est si différente de ce à quoi FromSoft nous a habitués depuis une quinzaine d’années qu’il faut un peu de temps pour prendre ses marques, et certaines facettes du jeu semblent encore un peu brutes de décoffrage. On pense notamment à l'absence de chat vocal, qui complique fortement la coopération dans un jeu où elle est pourtant essentielle. Il nous reste aussi de nombreuses questions par rapport aux mécaniques de randomisation – un point crucial pour la longévité des jeux construits sur ce modèle. Après quelques parties, l’exploration de Limveld commençait déjà à devenir un tantinet redondante, surtout lors de nos parties en solo.

Mais nous n’avons pas encore eu le temps d’explorer toutes les mécaniques additionnelles qui se débloquent au fil de la progression, et nous sommes curieux de voir dans quelle mesure elles contribuent à diversifier l’expérience. Et au-delà du manque de maturité compréhensible dont souffre Nightreign, il faut admettre que le potentiel de cette boucle de gameplay est immédiatement évident. C’est une vraie bouffée d’air frais pour les vétérans des Dark Souls et d’Elden Ring. Le fait de pouvoir enfin profiter de ces mécaniques si jouissives dans un jeu spécifiquement conçu pour le multijoueur met décidément l’eau à la bouche, et il nous tarde déjà de découvrir tout ce que le jeu a à offrir.
Note : 8  /  10

Les plus

  • Concept audacieux qui fonctionne
  • Boucle de gameplay frénétique et addictive
  • Enfin un vrai "Souls" multijoueur

Les moins

  • Expérience solo clairement délaissée
  • Quelques doutes par rapport à la randomisation
  • Pas de crossplay et de chat vocal

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