Une direction artistique toujours sublime
Le premier élément qui frappe dès que l’on lance Hades II, c’est sa patte graphique inimitable. Le jeu hérite directement de la maestria artistique de son prédécesseur, avec un souci du détail omniprésent et une patte stylistique toujours aussi aguicheuse. Le rendu final est certes assez différent, notamment à cause de la palette de couleurs beaucoup plus froide, mais cette nouvelle identité correspond parfaitement au changement de ton et d’atmosphère qui accompagne ce second volet.
Et Hades II ne se contente pas d’être un plaisir pour les yeux ; cela vaut aussi pour les oreilles. Le sound design est d’excellente facture, aussi bien au niveau artistique que fonctionnel. La bande originale, même si elle est un peu moins chargée en véritables chefs-d’œuvre qu’Hades premier du nom (mention spéciale au duo entre Orphée et Eurydice), reste néanmoins soignée, mémorable, et parfaitement calibrée pour soutenir le titre dans sa globalité.
Une narration aux petits oignons
Au-delà de son impact artistique, Hades II se distingue également par son casting aux petits oignons. Comme dans Hades I, on se retrouve rapidement confronté à une multitude de personnages intelligemment ancrés dans la mythologie grecque, tous attachants, bien écrits, et doublés avec énormément de soin.
Comme à l’accoutumée, chacun de ces protagonistes dispose de son propre arc narratif complet qui s’intègre élégamment à l’histoire principale. Cette dernière est un brin moins intimiste, et peut-être moins percutante que celle d’Hades I – notamment parce que l’antagoniste principal, le titan Chronos, est moins omniprésent que ne l’était le maître des Enfers. Mais pas d’inquiétude : la structure narrative si efficace du premier opus, qui consiste à distiller la progression au fil des runs en fonction du chemin emprunté par le joueur, reste présente et fonctionne toujours aussi bien.
Dans l’ensemble, on reste sur un récit prenant, grandiose par moments – et c’est suffisamment rare pour être souligné dans l’univers des roguelikes où cette composante a tendance à être sacrifiée sur l’autel du gameplay pur et dur. Encore une fois, Supergiant a réussi à combiner les deux avec un niveau de maîtrise et de cohérence saisissant qui n’a tout simplement aucun équivalent dans le genre, au point de se hisser au niveau de certains RPG traditionnels entièrement construits autour de l’histoire qu’ils racontent. Du grand art, tout simplement.
De nouvelles mécaniques bien intégrées
Si l’histoire ne vous intéresse pas, et que vous êtes plutôt du genre à masser vos boutons comme un forcené lors des dialogues pour retourner jouer le plus vite possible, qu’à cela ne tienne : vous en aurez aussi pour votre argent – à condition d’accepter quelques divergences fondamentales par rapport au premier opus.
Pour commencer, chaque type d’attaque dispose désormais d’une variante Oméga, qui nécessite de charger l’attaque en question pour obtenir un effet unique souvent dévastateur en échange d’une nouvelle ressource, la magie. À elles seules, ces attaques Oméga changent radicalement le fonctionnement des six armes disponibles, ainsi que la façon dont elles interagissent avec les différentes bénédictions – ces pouvoirs accordés aléatoirement par les Dieux de l’Olympe au fil des parties.
Des bénédictions plus nuancées
Ces dernières ont aussi fait l’objet d’une refonte quasi-totale. Globalement, ces pouvoirs ont plus tendance à apporter des avantages purement “numériques”, de type +10 % aux dégâts des attaques, que des changements drastiques de gameplay. Et lorsque c’est le cas, ils ont tendance à être plus difficilement accessibles ; par conséquent, il existe moins de “run-winners” immédiats à l’impact démesuré. Les changements apportés à Athéna et Arès, deux divinités qui avaient tendance à trivialiser de nombreux runs, sont très symptomatiques de ce changement de philosophie clivant.
En ce qui nous concerne, c’est globalement un bon point pour l’équilibrage et la diversité des builds. Mais cela a aussi pour effet de diminuer l’impact mécanique de chaque bénédiction et des différentes synergies. Par conséquent, la sensation grisante de trouver la pièce parfaite du puzzle, celle qui va transformer un bon build en machine à tuer à la fois très efficace et divertissante, est un peu moins vive. Certains apprécieront cette évolution qui introduit davantage de nuance stratégique – d’autres regretteront peut-être la régression de cet “effet bingo” qui rendait certains runs exceptionnellement jouissifs.
Mais au bout du compte, Supergiant a tout de même réussi à renouveler le pool de bénédictions pour rafraîchir l’ensemble tout en gardant un niveau de qualité globalement similaire. Et en prenant un peu de recul, on réalise vite qu’il s’agit d’un sacré exploit. Le studio aurait aisément pu se reposer sur les lauriers de Zagreus en recyclant les trois quarts du contenu ; à la place, il a pris un gros risque qui s’est avéré payant, et cette audace mérite d’être applaudie des deux mains.
Un arsenal un peu moins grisant
En revanche, notre verdict sera un peu moins élogieux au niveau des armes. L’originalité et la variété sont là, certes, mais certains aspects (les variantes que l’on débloque au fil de l’aventure) manquent d’un petit je-ne-sais-quoi. La diversité de l’impact visuel et mécanique des différentes armes qui rendait l’arsenal d’Hades I aussi exceptionnellement complémentaire est moins perceptible, et on constate un certain niveau de redondance et d’homogénéité qui n’existait quasiment pas auparavant.
Par conséquent, nous nous sommes retrouvés à jouer la majorité de nos parties en n’utilisant qu’une grosse moitié des aspects disponibles, contre quasiment tous dans Hades I. De notre point de vue, certaines armes finissent par devenir fonctionnellement assez similaires quand les bénédictions le sont également.
Ça se sent aussi au niveau des Aspects : beaucoup de variété, certes, mais une bonne moitié des variantes n’a pas le même impact fonctionnel que dans Hades I, et nous avons donc eu tendance à les laisser de côté. Cela n’enlève rien à la qualité globale de l’arsenal, qui reste jouissif dans l’ensemble, mais on ne peut s’empêcher de regretter un peu l’élégante simplicité des armes d’Hades I.
Des boss sublimés et des tonnes de contenu
Les boss font aussi partie des éléments qui ont énormément évolué. En plus d’être deux fois plus nombreux grâce à l’intégration d’une deuxième route, ils sont aussi plus variés, mais aussi plus tactiques, et demandent une approche beaucoup plus méthodique qu’auparavant.
Par rapport à Hades I, où la majorité des gros ennemis relevaient davantage de la pauvre pinata impuissante que du véritable boss, il est beaucoup plus important d’appliquer correctement la bonne stratégie et de faire attention à ce qui se passe à l’écran. Certains estimeront sans doute que cela impacte négativement le rythme des combats. De notre côté, il s’agit cependant d’une évolution bienvenue ; la majorité des boss sont tout simplement plus intéressants et mieux construits, et cela rend la progression plus stimulante.
C’est d’autant plus agréable qu’ils servent de pivots au milieu d’une quantité de matière impressionnante. Hades I était déjà bien fourni à ce niveau-là, mais le deuxième opus laisse entrevoir une montagne de contenu additionnel que nous sommes encore loin d’avoir épuisé, malgré une grosse cinquantaine d’heures investies depuis le début de l’early access.
Entre les innombrables prophéties à réaliser, l’amélioration et la maîtrise des 24 aspects, l’entraînement des cinq animaux de compagnie avec leurs effets uniques, les défis du Chaos ou encore les niveaux de difficulté supplémentaires accessibles à travers le système de Peur, les amoureux du jeu pourront sans aucun doute y investir plus d’une centaine d’heures sans sourciller.
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