2025 marque-t-il le retour de Konami sur le devant de la scène vidéoludique ? Il y a 10 ans, la firme japonaise affirmait que son avenir passait par le marché du jeu mobile. Force est de constater que Konami Digital Entertainement opère un rétropédalage impulsé par son nouveau président Hideki Hayakawa depuis quelques années.
La sortie en octobre 2024 du remake de Silent Hill 2, développé par Bloober Team, est la première étape du renouveau de l’entreprise sur le marché du AAA. Cet été, Konami s’est distingué avec un autre remake d’un titre culte de son catalogue, Metal Gear Solid : Delta Snake Eater. À peine un mois plus tard, voici venu un certain Silent Hill f.
Un moment historique pour les joueurs étant donné qu’il s’agit du premier jeu inédit de la licence depuis le dispensable Silent Hill : Downpour en 2012. Les fans ont donc autant de raison d’être excités qu’inquiets, surtout que le studio NeoBards Enterainement est connu uniquement pour des portages et des compilations de jeux. Silent Hill f signe-t-il le retour en grâce de l’horreur psychologique signée Konami ? Notre test après la, ou plutôt, les fins du jeu.

Un Silent Hill loin de Silent Hill
Une fois n’est pas coutume, Silent Hill f ne vous emmène pas à Silent Hill. La ville brumeuse laisse place à Ebisugaoka, un petit village fictif du Japon des années 1960. Le joueur incarne Hinako, une adolescente évoluant dans un contexte familial particulièrement violent évoqué durant l’introduction du jeu.
Malheureusement pour elle, cette situation déjà dramatique va prendre un tournant horrifique. Le village d’Ebisugaoka se retrouve couvert d’une brume aussi étrange que dangereuse tandis que la population locale disparaît subitement. Hinako ne peut compter que sur ses amis Rinko, Shu et Sakuko, avec qui elle va tenter de fuir les abominations peuplant la bourgade. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu.

Silent Hill f nous expose assez rapidement « la beauté de la terreur » ainsi décrite par Konami. La direction artistique plus qu’audacieuse pour un titre de la saga parvient à nous happer sans difficulté. Les fleurs rouges, le brouillard et les monstres affreux se mêlent habilement pour conférer une identité particulièrement forte à Silent Hill f. La rouille des anciens Silent Hill ne nous manque presque pas.
Le titre devrait aussi faire l’unanimité du point de vue graphique. Les textures et les visages sont très détaillés pour un rendu impeccable aussi bien en mode qualité que performance. Notre partie n’a été entachée d’aucun souci technique ou de baisse de framerate sur PS5 comme ce fut le cas dans Metal Gear Solid Delta : Snake Eater.

Hinako et ses amis, la réussite de NeoBards
Le scénario de Silent Hill f parvient à nous accrocher grâce au charisme de son héroïne et de ses amis, tous dotés d’une personnalité complexe et intrigante. Les échanges entre eux provoquent inexorablement une sensation de malaise typique des jeux Silent Hill.
La finesse de l’écriture et surtout le jeu d’acteur de haute volée participent grandement à notre attachement ou notre antipathie, voire à notre crainte envers eux. La VO est vivement recommandée pour profiter pleinement de ces cinématiques superbement mises en scène.
Il est particulièrement intéressant de voir le survival-horror évoquer les violences intra-familiales et sexistes ainsi que le patriarcat prégnant dans le Japon des années 1960 avec justesse. Silent Hill f aurait même mérité une introduction plus longue, aussi bien pour traiter ces sujets de société que pour donner encore un peu plus de consistance aux proches d’Hinako.

Problème, le suspens et la tension induits avant tout par les intentions nébuleuses de ses personnages finit par s’essouffler. La faute à deux premiers tiers nous laissant un peu trop dans le brouillard sans livrer la moindre clé scénaristique ni sur les personnages majeurs, ni sur la raison pour laquelle Ebisugaoka a sombré dans l’horreur. Le nébuleux folklore japonais que Silent Hill f nous expose constamment fait de moins en moins effet, au point de nous donner l’impression de jouer à un survival-horror assez peu inspiré plutôt qu’à un Silent Hill. Ça, c’est avant que le jeu révèle son plein potentiel.
Ryūkishi07 fait parler sa plume
Sachez-le, Silent Hill f est une œuvre dans laquelle il faut s’investir corps et âme pour la comprendre. L’histoire écrite par Ryukishi07, auteur de l’excellente série de sound novels Higurashi : When They Cry (adaptée en plusieurs anime), prend une autre dimension après la première fin bouclée et la complétion d’une, et même de plusieurs nouvelles parties.
Impossible de comprendre toute la complexité et la subtilité de Silent Hill f sans en passer par là. Konami évoquait déjà cette approche particulière avant la sortie et il n’avait pas menti. Sans atteindre les sommets des précédents titres de la saga, Silent Hill f finit par livrer de très beaux moments de narration au joueur ayant éprouvé tous les tourments d’Hinako pendant 15 heures durant.

Akira Yamaoka, compositeur historique de la licence, vient donner du relief aux temps forts du récit accompagné de Kensuke Inage, connu pour son travail sur Dynasty Warriors. Les compositeurs utilisent habilement les instruments de musique traditionnels du Japon, particulièrement ceux à corde, pour véhiculer peur et tension dans Silent Hill f.
Les musiques de jeu sont de bonne qualité, surtout dans les moments les plus émouvants. Toutefois, il faut bien reconnaître que l’absence de thèmes mémorables comme dans les précédents épisodes se fait un peu ressentir.
Où sont les niveaux à la Silent Hill ?
Silent Hill f détonne donc dans son récit par rapport aux précédents épisodes. Sa structure risque aussi de faire grincer des dents les fans inconditionnels de la saga. Silent Hill f est une longue fuite en avant quasiment du début à la fin. Entendez par là que les zones dans lesquelles il faut débloquer de plus en plus de portes en fouillant et en résolvant des énigmes jusqu’à arriver à la « conclusion » dudit lieu n’existent presque plus.
Dans ce Silent Hill f, il n’y a que deux lieux capables de tenir la comparaison avec l’hôpital, la prison ou l’appartement des précédents Silent Hill. Cependant, elles se révèlent bien moins étendues et bien plus faciles à boucler. Le level-design encore moins dans le deuxième monde dans lequel Hinako passe lorsqu’elle perd connaissance.

Les niveaux deviennent alors bien plus plats et la direction artistique beaucoup plus sage, à tel point qu’on finit par se lasser de ces passages de l’autre côté. Globalement, l’homogénéité visuelle des lieux visités est assez regrettable. Silent Hill f ne nous fait jamais « voyager », alors qu’il s’agissait pourtant d’un des points forts des précédents épisodes. Il y a donc un deuil assez difficile à faire, surtout après la sortie du remake de Silent Hill 2.
Un faux pas au niveau des énigmes
Globalement, même la qualité des énigmes laisse à désirer. Dans le mode de difficulté le plus élevé, les énigmes sont soit trop alambiquées, soit étrangement simples. On s’accommode de la complexité des textes disponibles pour en venir à bout, qui changent en fonction de la difficulté choisie.

En revanche, beaucoup de puzzles reposent sur l’identification de symboles et de dessins bien trop abstraits pour rendre leur réalisation plaisante. On ne retrouve pas l’ingéniosité des précédents volets dans les énigmes, à de rares exceptions près. La disparition de la combinaison d’objets, qui ajoutait un peu de subtilité à la progression, est un autre point noir.
En quelque sorte, on peut considérer que Silent Hill f est à Silent Hill ce que Resident Evil 4 est à RE : un jeu plus linéaire et orienté davantage vers l’action, au détriment des puzzles. Malgré tout, cette structure est justifiée par la construction du récit. On sent l’envie de NeoBards Entetainement de rendre la complétion de plusieurs runs plus fluide et agréable que dans les Silent Hill de l’ère PS2. À ce niveau, le pari est réussi.
Le Silent Hill le plus nerveux
Silent Hill F prend aussi ses aises du côté du système de combat. Vous pouvez oublier les armes à feu : Konami et Neobards Entertainement ont décidé d’orienter les affrontements uniquement autour des armes de mêlée. Plutôt logique, étant donné que la sportive Hinako n’a jamais pris de cours de tir.
L’adolescente peut donc s’équiper de différentes armes au combat : du traditionnel tuyau au couteau en passant par les armes lourdes comme la masse ou la hache. Attention, car les armes de brisent dans cet épisode. Hinako peut asséner une attaque légère, une attaque chargée et placer une esquive juste avant le coup de l’ennemi pour récupérer son endurance. Du classique.

Elle dispose d’une autre ressource capitale en combat : la concentration. En appuyant sur une gâchette, une jauge se remplit progressivement. Une fois complète, la jeune fille est en mesure d’infliger une attaque dévastatrice. Attention, ce coup surpuissant consomme de la santé mentale, une jauge placée juste au-dessus des PV.
Que serait un bon affrontement de combat rapproché sans un contre ? Un coup chargé déclenché pendant une attaque contrable (le monstre brille en rouge) permet de riposter et d’étourdir l’adversaire. La concentration allonge quelque peu la fenêtre du contre. En revanche, prendre un coup dans cet état réduit drastiquement la santé mentale.
Heureusement, Hinako peut collecter différents types d’objets pour remonter sa vitalité et sa santé mentale. À vous de voir si vous préférez les conserver ou faire des offrandes aux autels, qui servent aussi à sauvegarder. Vous obtiendrez alors de la foi à dépenser pour augmenter les statistiques d’Hinako ou à utiliser pour recevoir des accessoires aux différents effets.

Le système de combat de Silent Hill f n’a pas la prétention de réinventer la roue. Il est assez moderne pour ne pas nous faire pester – malgré des hit boxes parfois un peu cassées – sans nous transcender non plus. Les combats de boss sont plus travaillés que dans les précédents opus, ce qui est appréciable.
Silent Hill f aurait tout de même bien fait de doser au niveau de la quantité de combats. La fin de l’aventure ressemble plus à un épisode de Resident Evil que de Silent Hill avec des affrontements intempestifs assez vite expédiés en mode de difficulté Histoire, mais particulièrement longs en mode Brouillard.
Le design des monstres, lui, est une franche réussite. Il se trouve dans la droite lignée des épisodes précédents : très malaisant à cause de sa réinterprétation « originale » de l’anatomie humaine.
Silent Hill f est disponible sur PC, PS5 et Xbox Series dès maintenant.
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