Twitter 1 – Erdogan 0. La justice turque, par le biais du tribunal administratif d’Ankara, a ordonné ce jour la levée du blocage du réseau social Twitter, inaccessible depuis jeudi soir dernier à la demande du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, mêlé à un scandale de corruption.

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Depuis le jeudi 20 mars au soir, l’autorité turque des télécommunications (TIB) a bloqué l’accès au réseau Twitter sous l’impulsion du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. À la veille d’élections décisives le 30 mars (des municipales encore), des opposants au régime ont publié des enregistrements téléphoniques piratés dans lesquels Erdogan est mis en cause concernant une vaste affaire de corruption.

Empêtré depuis plusieurs semaines dans ce scandale de corruption dont il serait le personnage central, et mis à mal sur la scène internationale depuis les manifestations du parc Taksim Gezi, le Premier ministre a voulu (re)prendre les choses en mains, dans un premier temps en dénonçant des « montages » et un complot de l’opposition avant de censurer le réseau social. Mal lui en a pris.

Il faudrait expliquer à Erdogan en quoi consiste « l’effet Streisand », il aurait peut-être réfléchi à deux fois avant d’envisager pareille folie et d’« éradiquer Twitter ».Le focus est désormais mis sur la Turquie et ces fameux enregistrements dont l’homme fort du régime souhaitait empêcher la publication sur le réseau.

Dans un premier temps, c’est Twitter qui a mis en place un substitut, traduit en anglais et en turc, pour contourner le blocage par SMS.

Ce qui n’a pas empêché des internautes avisés de contourner le blocage aux moyens de VPN (Virtual Private Network), du réseau TOR ou de la modification de leur DNS (pour Domain Name System).

La toile s’est alors fait l’écho de la censure et s’est déchaînée contre le chef du gouvernement. Détournement et saillies à la clé.

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Comme le souligne Libération, le président turc lui-même avait annoncé aux journalistes dimanche dernier que le blocage serait prochainement levé

« Il n’est pas légalement possible de fermer Internet et de tels sites. Je pense que le problème sera réglé bientôt

Lui-même fervent utilisateur du réseau, Abdullah Gül avait dénoncé sur son compte la censure exercé par son Premier ministre contre le réseau alors même qu’il est à l’origine de la promulgation, le 18 février dernier, d’une loi sur le contrôle d’internet donnant la possibilité à l’autorité gouvernementale des télécommunications (ITB toujours) de bloquer tout site internet, sans qu’aucune décision de justice ne soit rendue, sous prétexte qu’il porte « atteinte à la société » et/ou que son contenu soit jugé « discriminatoires ou insultants à l’égard de certains membres de la société« .
Prétexte qu’Erdogan a pris au pied de la lettre et à son compte.

Malheureusement pour lui, depuis et malgré la censure, la publication de tweets n’a pas freiné, bien au contraire :

Après la toile, les médias du monde entier s’en sont fait l’écho et les personnalités politiques internationales n’ont pas tardé à réagir. Washington a dénoncé « une entrave à la liberté d’expression ». La Commissaire européenne en charge des Nouvelles Technologies, Neelie Kroes, n’a, quant à elle, pas mâché ses mots.

L’interdiction de Twitter en Turquie est sans fondement, inutile et lâche. Le peuple turc et la communauté internationale verront cela comme une censure. Ce qui est bien le cas

Et en effet, mardi 25 mars, par la voix de Rupert Colville, un porte-parole, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a enjoint Ankara à lever le blocage de Twitter :

« Nous sommes préoccupés par le fait que le blocage de l’accès à Twitter depuis le 20 mars par l’agence des télécommunications puisse être incompatible avec les obligations internationales de la Turquie en matière de droits de l’Homme ». Rappelant que « les personnes doivent voir leurs droits protégés lorsqu’elles sont en ligne comme lorsqu’elles sont non connectées. Aussi nous exhortons les autorités à annuler le blocage de Twitter » »

Ce mercredi 26 mars, le tribunal administratif d’Ankara, a ordonné la levée du blocus, cette mesure étant « contraire aux principes de l’Etat de droit ». « Si le tribunal a rendu une telle décision, alors nous l’appliquerons » a déclaré pour sa part le vice-premier ministre du pays, Bülent Arinç.

Le Premier ministre aura réussi une chose : rendre Twitter encore plus populaire qu’alors. Interrogé par The Guardian, l’agence We are Social précisait que le nombre de tweets publié en Turquie depuis le blocage a connu une hausse de 138% !

Le processus de transition de la gouvernance du Net de Washington à une gouvernance mondiale s’annonce de bien bon augure…

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