Les fourmis préviennent les embouteillages bien plus efficacement que nous

Science

Par Felix Gouty le

Les fourmis préfèrent ne pas circuler plutôt que de former des embouteillages qui impacteraient les rendements de la colonie.

Dans son roman L’Apocalypse est pour demain, Jean Yanne, imaginait un futur où l’humanité vivrait au sein d’embouteillages sans fin. Une étude, publiée dans eLife et menée conjointement par des chercheurs français du Centre national de recherche scientifique (CNRS), américains et australiens, affirme que ce scénario serait tout bonnement impossible chez les fourmis. Audrey Dussutour, spécialisée en cognition animale au Centre de biologie intégrative de Toulouse, et ses collègues ont conduit plus d’une centaine d’expériences sur une super-colonie de fourmis argentines (Linepithema humile, de leur nom complet), étudiant tous les cas possibles de variations de flux et densité du trafic. En établissant un parcours de leur nid à une zone présentant de la nourriture, ils ont observé leur comportement face à des modifications de la largeur du chemin et au nombre d’individus en circulation (de 400 à plus de 25 000). Leurs observations ont ainsi mis en évidence des adaptations très efficaces et très éloignées du comportement humain.

L’augmentation de la densité (soit, le nombre d’individus en fonction de la largeur du terrain) n’a en effet pas le même impact sur le flux selon qu’il s’agisse d’humains ou de fourmis.  « Chez les fourmis, lorsque la densité augmente, au lieu de voir baisser le flux, il reste constant parce qu’elles accélèrent. Et lorsque cela devient plus compliqué, elles changent de stratégie et tente de se contourner pour éviter les collisions », explique la chercheuse Audrey Dussoutour. Du reste, à trop forte densité, les fourmis ne s’engagent pas dans le trafic et préfèrent attendre qu’il se désengorge pour éviter les ralentissements et les collisions. Ces différences s’expliquent par plusieurs facteurs selon les chercheurs. D’abord, les fourmis ne redoutent généralement pas les collisions. Leur exosquelette suffit à les protéger, à moins que le trafic n’atteigne une trop grande vitesse de circulation. Deuxièmement, contrairement aux automobilistes, elles ne sont pas soumises à des règles imposées de régulation du trafic indépendantes. Enfin, elles circulent toutes dans un but commun : veiller à ce que la colonie ne manque pas de nourriture. Cet objectif les pousse à faire passer la fluidité du trafic avant leurs propres intérêts et ainsi à adapter le flux en fonction des besoins de l’ensemble de la population.