Chronique du WE : Quand l’Ergonomie fait Tablette rase

Chronique

Par Lâm le

Hoho, comment ne pas parler tablettes, le jour de la sortie de la plus people d’entre elles, l’iPad ? Pourtant, je ne vais pas revenir sur ce modèle en particulier (ouf) pour cette 5e Chronique, car je préfère creuser un débat inhérent au format lui-même : d’un point de vue ergonomique, les tablettes ont-elles une raison d’être ? Sont-elles un form factor aussi naturel que leur simplicité le laisse paraître ? Ergonomie donc, mais aussi positionnement et nouveaux usages, autant de terrains sur lesquelles ces dernières réservent des surprises, parfois loin de ce que les ingénieux, marketeux ou bureaux de tendances auraient pu imaginer.

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Après quelques mois d’utilisations de différentes tablettes (PMPs, Kindle, iPad) par toute l’équipe du JDG, voici quelques conclusions – avec des photos sexy de Greg en cerise sur le gâteau.

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Les tablettes, donc. Voilà, tout le monde a son avis dessus, on est pour, on est contre etc., les tests et débats débordent sur le net. Au JDG, nous aimons globalement le concept, tout en attendant clairement d’en voir plus que l’offre actuelle, mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

Car s’il existe un vrai point de débat autour du form factor tablette, c’est bien son ergonomie. Et que l’on s’entende bien : nous ne parlons pas du software, mais bien de l’objet lui-même. Car il ne faut pas oublier les changements induits par un écran pur, sans autre aspérité supplémentaire.

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//UNE LECTURE DE HAUTE TENUE

Le premier et plus simple, c’est sa tenue, sa prise en main. Contrairement à un laptop par exemple, la tablette ne se pose pas mais se tient, en main dans son usage principal. Et cela change beaucoup de choses, à commencer par la lecture-même, qui en sort grande gagnante.

En effet et vous l’avez sûrement remarqué, les articles et les textes sur le web et plus largement, consommés via ordinateurs, ont généralement raccourci en taille ces dernières années. Pourquoi ? Parce que la lecture sur ordinateur est généralement considérée comme pénible.
Pourquoi ? (je fais l’enfant qui pose des questions sans cesse) Parce que les écrans, qu’ils soient de technologie CRT ou LCD, fatiguent les yeux : balayage, retro-éclairage et autres effets de scintillement sont les ennemis de nos globes occulaires.

jdg-cwe-tablette-11Le Kindle, représentant le plus connu de la technologie E-Ink.

Et pourquoi la tablette, alors (rha, sale gosse) ? Parce que déjà, certaines, eBooks en tête, utilisent de l’encre électronique et offrent ainsi un confort de lecture analogue à celui de l’impression. MAIS AUSSI (je devance le prochain Pourquoi) parce que ces dernières se tiennent donc en main.
Cela permet une inversion importante par rapport à l’ordinateur : ce n’est pas votre corps qui s’adapte à l’emplacement du texte, mais le texte qui s’ajuste à votre position. Développons. Si vous lisez souvent des livres, des magazines ou des quotidiens, vous rendrez compte que vous changez très souvent de position et la distance entre l’objet et votre œil. Faites un test et vous le verrez : votre bras réajuste constamment sa position par rapport à vos yeux. C’est un mécanisme destiné à ne pas engourdir et rigidifier votre corps, qui a besoin de bouger régulièrement.

jdg-cwe-tablette-1Lecture d’un magazine. Imperceptiblement, les bras ajustent la position de lecture de manière optimale.

Dans le cadre d’une lecture sur ordinateur (desktop ou laptop), c’est l’inverse qui se produit. L’écran ne bouge pas (ou peu) et c’est vous qui devez vous y ajuster, entraînant, en plus de la fatigue oculaire, un inconfort physique au bout de 10 minutes de lecture, spécialement au niveau de la nuque.

jdg-cwe-tablette-2Greg force un peu le trait, mais c’est bien ce rapport qui se produit : notre corps se « tend vers » le contenu.

La tablette offre alors un compromis quasi idéal. Les livres seront idéaux sur des eBooks, les magazines, mangas/comics/bd et les articles web comme cette chronique, presque parfaits sur les iPad et consors. On attend bien évidemment le meilleur des deux mondes : les écrans hybrides, mêlant encre électronique et rafraîchissement rapide pour le multimédia.

Car si l’on revient sur le cas des tablettes de type Joojoo et iPad, il ne faut pas oublier que leurs choix technologiques, en ce qui concerne les écrans, induisent un autre soucis : poids et autonomie. En effet, non seulement les écrans classiques sont plus encombrants, fragiles et lourds que les interfaces à encre électronique, mais leur besoin en énergie induit de grosses batteries, aujourd’hui les éléments les plus imposants et lourds d’une tablette. Il suffit de voir les entrailles de l’iPad pour s’en convaincre.
Et cela a son importance ! Après l’avoir utilisé tous les jours depuis quelques semaines, je peux vous assurer que l’iPad est un cauchemar pour les poignets ! Impossible de lire un livre… Comme un livre, genre quelques heures, bien plongé dedans. L’iPad, pourtant un des devices les plus légers du moment (autour de 700 grammes – sans module 3G) est au moins 300 grammes trop lourd ! Et pour préciser sur ce modèle, sa finesse et le côté carré de sa tranche n’arrangent rien. Et posent l’autre grand problème des tablettes : comment les tenir ?

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//UN PLAN PAS SI SIMPLE

Et oui, la tablette, à force de vouloir tout dénuder, devient aussi un appareil compliqué à prendre en main. Des preuves ? Mais oui, cas par cas et en images :

– Ecrire.
Avec son profil, la tablette se tient par le rebord avec une main, l’autre tapotant sur le clavier. Vous l’aurez vite compris, ce déséquilibre, ajouté au poids, devient un vrai calvaire pour le poignet, un calvaire allongé par le fait que l’autre main ne peut tapoter qu’à un ou deux doigts, et en faisant attention, car tapoter plus rapidement et donc plus fort revient à charger encore plus le bras de soutien. Bref, on met plus de temps à taper sur le clavier et le calvaire n’en n’est que plus long et pénible etc. Un cercle vicieux.

jdg-cwe-tablette-4Pouce droit says : « J’en peux plus T.T »
Index gauche says : « Je peux pas me grouiller T.T »

On pourrait alors penser au mode d’écriture le plus répandu et le plus pratique en déplacement : par les pouces, comme sur les smartphones. Cela marche à merveille et l’on tient solidement l’appareil à deux mains. Problème, les clavier sur les tablettes sont trop grands et trop loin des bordures pour que les pouces puissent atteindre naturellement toutes les touches. Retour donc à la case départ.

jdg-cwe-tablette-5Les claviers au pouce sont parfaits… Jusqu’à une certaine taille d’appareil et d’écran !

Ecrire, bis.
On se dit alors qu’il suffit de poser la tablette sur ses genoux si on est assis, ou contre ses cuisses si on est couché dans son canapé. Erreur ! Pensez une fois de plus à vos poignets (et n’ayez pas de pensées sales) et votre dos ! Eh oui : la tablette, contrairement à l’ordinateur, propose une vraie divergence d’ergonomie : les plans d’interaction et de consultation sont les mêmes. Je m’explique : un ordinateur est composé, dans sa partie utilisateur d’un écran et d’un périphérique de saisie. Ces derniers sont placés pour suivre le corps humain : l’écran est (théoriquement) vertical pour faire face au regard de l’utilisateur, quand le clavier/souris est horizontal, pour respecter la position de confort des bras. Nous l’avions vu lors de la seconde chronique (LINK///), les bras ont besoin de se poser sur une surface horizontale. Nous obtenons ainsi deux plans utilisateurs, un vertical et un horizontal.

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Avec la tablette donc, ces deux plans sont fusionnés en un seul, celui de l’écran. Et forcément, un des deux en souffre tôt ou tard.
Démonstration en image avec notre hôtesse maison, Greg.

jdg-cwe-tablette-6Posée sur vos genoux, la tablette est à l’horizontale et vous force donc à vous pencher pour intéragir correctement avec le contenu. Bonjour le mal de dos (on a testé).

jdg-cwe-tablette-8En position verticale, la tablette offre un clavier absolument cauchemardesque pour les poignets ! Pliés vers le haut, ces derniers tirent tout l’avant-bras, tout en se trouvant en position extrêmement douloureuse et idéale pour contracter un syndrome du canal carpien (on a également testé, impossible d’écrire un post de blog dans ces conditions).

– Regarder du contenu.
J’avais posé le problème avec la Sony PSP et il n’a pas changé avec les tablettes : comment voulez-vous regarder un film ou même une série télé en tenant constamment un appareil ? Le problème ne se pose pas avec les laptops, puisque la partie inférieure de la charnière (clavier, hardware) est un support naturel pour l’écran. Les tablettes sont de leur côté de véritables culs de jatte : pas de support intégré en vue.

jdg-cwe-tablette-10Le Sony Vaio et l’iPad… Plus son support, livré séparément. Et dans un avion, ce dernier n’est pas assez stable contre la plus infime des vibrations.

Dans diverses situations, j’ai donc tenté de les cäler : sur mes genoux quand je suis assis, sur mes cuisses que je suis assis, sur le dossier avant dans les trains, les avions… Résultat, la tablette glisse ou tient tant bien que mal et l’on n’est jamais rassuré, souvent à raison.

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//ACCESSOIRES, MAIS INDISPENSABLES

Les problèmes du clavier et visionnage peuvent bien évidemment être résolus avec des housses, des supports additionnels et autres claviers dédiés. Mais cela met en lumière l’autre déception inhérente à la tablette : contrairement au desktop, au laptop ou au téléphone, c’est le seul form factor hi-tech qui demande de manière obligatoire un accessoire pour être utilisé de manière satisfaisante.

jdg-cwe-tablette-9L’iPad et ses accessoires, dont certains déjà indispensables : la housse support, le clavier…

Non seulement c’est balo, mais cela remet en cause tout l’argument vente des tablettes : leur pureté absolue d’un point de vue design. On le sait tous, les accessoires sont souvent achetés pour être finalement laissés au placard. Alors si on doit se trimballer la ribambelle d’accessoires pour un appareil qui se pose comme une alternative plus simple et plus légère de l’informatique… Le fantasme de l’écran pur, un prix à payer.

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//SE METTRE A TABLETTE

La tablette, ordinateur grand public ou d’appoînt ultime ? D’un pur point de vue ergonomique, pas si sûr. Ou alors pas dans cette génération. Nos quelques cas démontrés plus haut montrent que ce form factor est très prometteur, mais également très contraignant pour vraiment exceller et rester polyvalent, sans trahir ses promesses d’origine : simplicité, unicité.

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Pour vraiment s’affirmer, la tablette de demain devra à mon sens :

– Se baser sur un écran hybride, pour une lecture optimale, quelque soit la source.
– S’alléger, pour que son utilisation soit plus agréable et plus naturelle
– Gagner encore en autonomie (pour les tablettes multimédia)
– Offrir un système de saisie novateur, et non hérité d’un objet ergonomiquent différent, l’ordinateur
– En enfin plus simple, trouver un moyen de tenir debout.

Des challenges pour la plupart facilement surmontables pour qu’enfin, la Tablette fasse Loi.

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“Les chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas necessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”

(nda : cette chronique développe et approfondit une première réflexion amorcée sur mon blog)