Luc Besson lance « First », son ciné à 25€ la séance

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Par Elodie le

Qui a dit ? : « Bientôt il y aura beaucoup moins de salles de cinéma, elles seront plus grandes, équipées de plein de jolies choses. Aller au cinéma vous coûtera 50 dollars, ou 100 ou peut-être 150 dollars. » George Lucas.

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Et il ne croyait pas si bien dire. Depuis quelque temps, une nouvelle lubie voit le jour : faire du cinéma un loisir VIP. En décembre dernier, les cinémas Pathé inaugurait une nouvelle salle, Place de Clichy à Paris : pour 2€ de plus, vous aviez accès au carré VIP, placement tout pile en face de l’écran, fauteuils spacieux et plus confortables, reléguant ainsi les gueux dans le poulailler. Faisant dire à l’époque à Sylvain Metafiot pour RAGEMAG :

Rappelons que la place de ciné coûte, en moyenne, 10 euros en tarif normal. Si en plus le film est en 3D, il faut débourser 2 voire 3 euros de plus pour avoir l’air d’un parfait crétin et choper un mal de crâne pire qu’un lendemain de cuite avec Bradley Cooper. Encore une invention à la con. Petite info au passage : les scénarios ne s’améliorent pas avec la 3D ! Un film moisi en 2D le restera avec une dimension supplémentaire. Même avec la 3D, même sur un écran IMAX diffuseur d’arôme te fouettant le visage des embruns salés de la sueur d’aisselle de Kate Winslet, Titanic restera une bouse infâme.

Sur ce dernier point, je ne suis absolument pas d’accord (cf « Si tu sautes, je sautes ! » Émotion.)

Désormais, c’est au tour de Luc Besson, le plus ricain des réalisateurs-scénaristes-producteurs français, d’inaugurer, via sa société EuropaCorp, un multiplexe avec deux nouvelles salles de ciné baptisées « First » ». Oui, First. Comme First class. Et ça en a tout l’air. Jeunes, parents, petits et grands, venez partager un moment inoubliable et populaire devant un bon film impeccablement lovés dans des fauteuils en cuir inclinables, avec tablette tactile pour passer commande de victuailles sans bouger le petit orteil. Pour 25€ seulement (oui, seulement), vous pourrez déguster une assiette de saumon et tarama et siroter une coupe de champagne (comme chez Mamie pour un 25 décembre. Vous ne rêvez pas, c’est Noël avant l’heure). En option ? Bouteille de champagne et pop-corn à la truffe (on est en First, pas de vulgaire pop-corn salés). Au moins, si le film est nul, vous pourrez vous saouler et finir dans un éclat de rire.

Plus qu’un cinéma, ce lieu dédié à l’émotion, sous toutes ses formes et pour tous, propose des spectacles de toutes natures projetés sur des écrans géants. Conçu par Luc Besson afin d’associer la pointe de la technologie à un confort optimal, EuropaCorp Cinemas est un lieu de partage des émotions, célébrant le plaisir de se divertir ensemble

Sans rire ?

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Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec leur cinéma VIP ? Cherchent-ils à en faire un plaisir élitiste où se faire une toile devient un caprice de fin gourmet. Est-ce la peur de voir les salles obscures se déserter pour le streaming ou le piratage alors qu’à chaque nouvelle année, les chiffres ne cessent d’infirmer cette tendance ? Alors, pour éviter une potentielle hémorragie il faut trouver de nouvelles astuces pour faire venir toujours plus de monde au cinéma mais aussi aller chercher une population qui n’a pas pris pour habitude de s’y rendre ?

Il faudrait peut-être prendre le problème dans le sens inverse. La pléthore de films qui sortent toutes les semaines, la vitesse à laquelle ils se trouvent éjectés du haut de l’affiche s’ils ne sont pas immédiatement plébiscités, la piètre qualité de certains de ces films, voire d’une grande majorité, entre blockbusters vus et revus et comédies têtes d’affiche insipides.

Alors certes, ce n’est qu’un ciné parmi tant d’autres, situé dans une zone « internationale », Roissy, dans ce qui se veut le temple de la consommation First class, il y a des places « standards » à 10€ et toute initiative entreprise pour faire aimer le cinéma et vibrer d’émotion les amoureux du 7e art est louable. Mais est-ce bien le cinéma du futur plébiscité par les spectateurs ? De la qualité, du confort, de bons films, oui. Mais, pitié.

Pour en savoir plus : l’essor des nouveaux multiplexes en France

Le pari risqué de Luc Besson dans l’exploitation de salles