Edward Snowden sélectionné pour le prix Nobel de la Paix

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Par Elodie le

Deux parlementaires norvégiens ont officiellement sélectionné le whistleblower et ancien consultant de la NSA, Edward Snowden, pour le prix Nobel de la Paix 2014.

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L’homme par qui le scandale est arrivé, qui a révélé, non pas l’espionnage d’un pays envers le reste de la planète, mais son ampleur, ses pratiques, ses moyens, l’étendue de son champ d’action, de ses cibles et potentiellement les atteintes aux libertés qu’il engendre.

Pour cela, depuis juin 2013 et le début de l’affaire, il est considéré comme un traitre par certains, comme un héros moderne par d’autres, il est depuis réfugié en Russie et est accusé d’espionnage et de vol de documents confidentiels appartenant à l’Etat dans son pays où un simulacre de procès l’attend, si ce n’est pire selon ses dires.

Quoiqu’il en soit, après Assange et Bradley Manning avant lui, il aura permis que s’ouvre un débat mondial sur les méthodes du monde du renseignements – donc de ceux qui nous gouvernent – plus particulièrement de l’Agence Nationale de la Sécurité américaine (NSA) et la protection de la vie privée des citoyens à l’ère du numérique.

C’est ce que les deux parlementaires souhaitent souligner. Pour Bard Vegar Solhjell, membre du Parti socialiste de gauche et ancien ministre de l’Education et de l’Environnement :

Il a contribué à révéler le niveau extrême de l’espionnage par des États d’autres États et des citoyens

Comme il l’explique avec son collègue Snorre Valen (membre du même parti) dans leur lettre au Comité Nobel norvégien, malgré le fait qu’ils ne soutiennent pas l’ensemble de ses actions, ils saluent sa volonté d’exposer « la nature et les prouesses technologiques de la surveillance moderne. »

Pour M. Solhjell, « Snowden a contribué à ce que les gens sachent ce qui se passe et à stimuler le débat public » sur la confiance dans l’Etat de droit qui est « une condition fondamentale de la paix ».

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Primé en 2009, Barack Obama est diamétralement opposé  à Edward Snowden, son discours sur la NSA ressemblait plus à une ode à l’Agence de renseignement qu’une remise en question de ses pratiques. En revanche, il était beaucoup moins nuancé le concernant, alors même que le président déclarait vouloir soutenir la législation protégeant tout lanceur d’alerte du gouvernement lors de sa campagne en 2008. Les temps changent… :

Je dirais que la défense de notre nation dépend en partie de la fidélité de ceux auxquels nous avons confiés les secrets de notre nation. Si toute personne qui s’oppose à la politique du gouvernement peut prendre [ces secrets] dans ses mains et divulguer publiquement des informations classifiées, alors nous ne serons jamais en mesure de garder notre peuple en sécurité, ou de conduire une politique étrangère

D’autant que l’ancien agent de la NSA reste persuadé que l’Agence « aimerait [lui] mettre une balle dans la tête ».

Bien que le Prix Nobel de la Paix se voit auréoler d’une portée politique et symbolique très forte, les derniers prix décernés laissent songeur : en 2012, l’Union Européenne fut récompensée « pour plus de 60 ans d’avancées dans le domaine de la paix, la réconciliation entre les peuples, la démocratie et les droits de l’homme en Europe », alors que cette dernière se trouvait en pleine politique d’austérité et que l’éventualité d’une exclusion de la Grèce de la zone euro était sur toutes les lèvres. En 2013, le prix Nobel de la Paix était décerné à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), en plein conflit syrien, après avoir accepté l’offre si généreuse de Vladimir Poutine, comme pour se donner bonne conscience d’avoir trouvé une sortie de crise moins honteuse que celle de ne tout simplement pas en trouver.

Bien que de nombreuses personnes aient la possibilité de proposer un candidat : ministres, parlementaires, magistrats des tribunaux internationaux, les anciens lauréats et membre du comité d’élection – Snowden avait déjà été nominé en 2013 par un professeur de sociologie suédois, Stefan Svallfors – il y a très peu de chance que le prix Nobel de la Paix lui soit décerné, ne serait-ce que par le courroux engendré par les États-Unis en représailles.