Snowden : La NSA « aimerait me mettre une balle dans la tête »

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Par Elodie le

Pour Edward Snowden les choses sont simples. Il n’en est plus à se demander si le gouvernement américain va bien réagir à la prolifération de ses révélations dans tous les grands journaux de la planète ou à imaginer la manière dont il va devoir négocier son retour au pays où il est accusé d’espionnage et de vol de documents confidentiels appartenant à l’État. Non, il en est persuadé : le gouvernement américain veut le tuer.

Wanted Snowden

La semaine dernière, nous vous rendions compte du discours prononcé par Barack Obama justifiant sa politique du renseignement et garantissant à tous transparence et protection de la vie privée.

Julian Assange, autre whistleblower traqué devant l’éternel, s’est fendu d’un commentaire sur CNN où il a estimé que

C’est embarrassant pour un chef d’Etat de parler comme ça pendant 45 minutes et de ne presque rien dire […] lorsque vous avez une organisation aussi puissante que la NSA, c’est une menace. Ce que j’attendais était un mécanisme pour renverser cette tendance. Ce n’est pas ce qui a été annoncé

Seul aspect positif du discours d’Obama : « le président ne parlerait pas aujourd’hui s’il n’y avait pas eu les actions d’Edward Snowden et d’autres lanceurs d’alerte comme lui ».

Il en est un qui a dû écouter cela d’une oreille attentive depuis sa cache de Russie. D’autant que le Président des États-Unis a réglé son cas en quelques phrases lapidaires :

Je dirais que la défense de notre nation dépend en partie de la fidélité de ceux auxquels nous avons confiés les secrets de notre nation. Si toute personne qui s’oppose à la politique du gouvernement peut prendre [ces secrets] dans ses mains et divulguer publiquement des informations classifiées, alors nous ne serons jamais en mesure de garder notre peuple en sécurité, ou de conduire une politique étrangère

L’accusant d’une manière à peine masquée de collusion avec l’ennemi puisqu’il considère que ces révélations donnent des informations sur les méthodes du gouvernement US aux ennemis de la nation.

Snowden, qui estimait il y a peu sa « mission accomplie », ne semble ni rassuré ni refroidi par les propos du prix Nobel de la Paix lors de son discours. Diffusées dimanche soir, ses révélations délivrées lors de sa première interview filmée à la chaine allemande ARD*, depuis son exil en Russie, risquent de faire grand bruit, une fois encore.

La première d’entre elles, démentie vendredi 17 janvier par le Président Obama

Nous ne rassemblons pas de renseignements pour fournir un avantage compétitif aux sociétés américaines, ou des secteurs commerciaux des États-Unis 

Et pourtant, aux dires du jeune ex-consultant de la NSA dans son entretien pour la chaine ARD

S’il y a des informations, par exemple sur Siemens, qui soient dans l’intérêt national, mais qui n’ont rien à voir avec la sécurité nationale, et bien ils prendront cette information quand même

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Un avis qu’il n’est pas le seul à partager. Autre information qui avait fait grand bruit lors de sa révélation et contribué à refroidir les relations entre Berlin et Washington, l’espionnage du téléphone personnel de la chancelière Angela Merkel. L’ex-agent de la NSA juge « qu’il n’est pas très vraisemblable que quelqu’un qui veut surveiller le gouvernement allemand n’écoute que Merkel et pas ses conseillers, pas d’autres membres éminents du gouvernement ou d’autres responsables politiques locaux ».

L’un des points mystérieux qu’il restait à éclaircir était le volume de documents en sa possession, ce qu’ils contenaient et où ils étaient planqués. Edward Snowden y répond dans cette interview à la chaine allemande. Il n’a plus aucun document confidentiel sur lui. Tous ont été remis à différents journalistes à travers le monde. Il n’est donc pas à la manette pour décider de ce qui sort et de quand cela sort. Il affirme d’ailleurs ne pas vouloir et ne pas pouvoir anticiper de nouvelles révélations.

Courage ou inconscience, il persiste et signe en confirmant toutes les dernières révélations et en en révélant d’autres, alors même qu’une des conditions posées par Vladimir Poutine pour lui accorder son asile d’un an était de cesser toutes révélations susceptibles de « nuire aux États-Unis ». Dans une interview organisée en ligne jeudi 23 janvier via le site freesnowden.is, il se disait peu confiant de bénéficier d’un « procès équitable » aux États-Unis :

La loi centenaire en vertu de laquelle j’ai été accusé, qui n’a jamais été destinée à être utilisée contre des personnes travaillant dans l’intérêt public, interdit la défense de l’intérêt public. C’est particulièrement frustrant, car cela veut dire qu’il n’y a aucune chance d’avoir un procès équitable, et aucun moyen pour que je rentre chez moi pour me défendre devant un jury

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Pire, il reste persuadé que le gouvernement américain lui souhaite un tout autre dessein :

Ces gens, et ce sont des fonctionnaires gouvernementaux, ont dit qu’ils aimeraient me mettre une balle dans la tête ou m’empoisonner à la sortie d’un supermarché, pour me voir mourir sous ma douche

Il s’appuie notamment sur un article de BuzzFeed intitulé « Des espions américains veulent la mort d’Edward Snowden » dans lequel un responsable du Pentagone expliquait de manière anonyme (lui) :

J’adorerais mettre une balle dans sa tête

Quand un analyste de la NSA affirmait lui

Dans un monde où il n’y aurait pas de restrictions pour tuer un Américain, j’irais et je le tuerais moi-même

Son avocat russe, Maître Anatoli Koutcherena, a concédé à la télévision russe que son client craignait pour sa vie – lui-même a évoqué des « menaces explicites » contre lui émanant des États-Unis même s’il assure « très bien » dormir – et était protégé par des gardes du corps.

Pour les germanophones, son interview à la chaîne ARD

*L’ensemble des propos d’Edward Snowden délivrés lors de son interview à ARD ont été traduis en allemand et fournis par la chaîne.

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