[Chronique] Kinect : ce produit sacrifié sur l’autel du business

Par killy le

Très soucieux de leur image, les éditeurs de jeux vidéo ont longtemps cherché à cultiver une certaine philosophie dans leur communication. Mais un jour, sans prévenir, ces derniers se sont mis à la promesse électorale. Dès lors, le consommateur n’était plus à l’abri de rien.

Sacrifice_of_Kinect

E3 2013, Microsoft se lance dans la démonstration de sa nouvelle machine, la Xbox One, en première ligne. Conférence d’ouverture, l’entreprise doit abattre ses cartes, sortir plus beau tour de magie de sa belle boîte pleine de manipulations habiles. Tout connecté, politique de l’occasion mutilée, etc., comme toujours le public applaudit, les joueurs pleurent. Twitter est en feu, des gens se défenestrent, d’autres invoquent Satan et Microsoft prépare un rebondissement qui ferait passer Game of Thrones pour un Dawson avec des épées. Quelques jours plus tard, l’éditeur annonce l’abandon de la majeure partie des limitations qui avaient choqué les futurs acheteurs potentiels.

Un rétropédalage épique qui mélangeait un aveu d’échec évident et l’acquisition d’une bonne conscience prompte à faire passer l’entreprise pour une firme humaine, à l’écoute de son public. Un 360° aerial qui avait rendu fou d’envie Tony Hawk, mais qui avait aussi installé une certaine méfiance chez le public. En indiquant vouloir à tout prix conserver Kinect, dispositif qui a pesé lourd dans la différence de prix entre la Xbox One et la PS4 – 100 € précisément – Microsoft tendait la joue à des petites gifles. En toute logique, un changement de politique à ce niveau était attendu. Surtout si les ventes s’en trouvaient affectées. Mais en parangon du nouveau gameplay, l’entreprise répétait en boucle que le périphérique faisait partie intégrante de l’ « expérience Xbox One ». Dont il ne reste aujourd’hui plus grand chose.

Kinect Dave

Kinect me suive

Plutôt que d’assumer sa direction, Microsoft a une nouvelle fois préféré glorifier les courbes de ventes, avec petites bougies et incantations. Dans la logique actuelle, le concept n’est pas une route balisée mais un simple point de départ : l’idée n’est qu’une potentialité marchande. Si les acheteurs ne suivent pas, peu importent les discours, le fait de se renier n’est pas inenvisageable, bien au contraire. Une réflexion suivie notamment par Nintendo avec sa 3DS, marketée sur sa gestion de la 3D stéréoscopique mais qui, un peu plus de 2 ans plus tard, voyait arriver une version sans 3D, artifice inutile et frein à une bonne différenciation DS/3DS. La subtilité étant que les deux machines sont ici uniques par leur design et leur fonctionnalité. L’aveu de non pérennité de la technologie est là, mais le consommateur a l’illusion d’un choix qui « modifie » son ressenti. Très malin. C’est le problème de l’abandon de Kinect. À deux consoles équivalentes, identiques, le choix est uniquement une conséquence du prix. Au même tarif que la PS4, la Xbox One sans Kinect peut espérer reprendre un peu d’énergie, mais la communication de Microsoft devient opaque, fébrile et basée sur la patience.

Un joueur informé qui ne cesse de voir le prix baisser va-t-il se jeter sur les versions Kinect free ? Ou attendre une nouvelle amputation ? En revanche, cette stratégie peut convaincre le grand public, orienté lui vers le prix en priorité. Au final, Microsoft prend le risque de perdre en crédibilité auprès d’un acheteur potentiel informé, mais semble tenter d’attraper justement le grand public. Un mouvement sentant la panique, d’autant que Kinect, malgré le surcoût, avait la possibilité de devenir un argument et surtout de différencier clairement, encore une fois sur le concept même, la Xbox One. Raté. Le choix n’en est que plus flou, les ventes dépendant désormais davantage d’une communauté fidèle. En un sens Microsoft n’avait pas vraiment d’alternative. Mais avec un mur au fond de l’horizon, il vaut mieux se demander comment l’escalader que de foncer dedans et nier l’accident une fois sorti des soins intensifs.

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