NSA : À la recherche du nouveau Snowden

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Par Elodie le

Ce n’était qu’une rumeur, c’est désormais confirmé : un an après la révélation de l’existence d’Edward Snowden à l’origine du scandale PRISM/NSA, un nouveau lanceur d’alerte appartenant à la “communauté du renseignement” serait présent aux États-Unis – ou ailleurs – et actuellement recherché par le gouvernement qui tenterait de l’identifier.

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Début juillet

Deux médias allemands (ARD et WRD) révèlent que la NSA s’intéresse aux réseaux Tor et Tails et récupère les adresses IP de tous les utilisateurs via l’un des plus redoutables outil d’espionnage de PRISM, Xkeystore.

Ce sont trois spécialistes – Jacob Appelbaum, Aaron Gibson et Leif Ryge – du réseau Tor qui ont levé le lièvre grâce à une partie du code source de Xkeystore. Comment l’ont-ils obtenu ? C’est à partir de cette question que les doutes sur l’existence d’un nouveau lanceur d’alerte se sont fait jour. Pour certains experts, il est clair que ce fait d’arme n’est pas à mettre au compte de Snowden. Cory Doctorow, du site BoingBoing, cite anonymement un expert pour qui « ce code source ne fait pas partie des documents d’Edward Snowden ».
Cette surveillance a éveillé les soupçons sur l’existence potentielle d’un nouveau lanceur d’alerte.

Août

Peu de temps après, The Intercept publiait de nouvelles révélations « d’une source faisant partie de la communauté du renseignement », une nouveauté puisqu’il n’a jamais hésité à attribuer ses révélations à Edward Snowden quand elles provenaient des documents subtilisés. Pourquoi ne pas le faire dans ce cas précis si Snowden en est l’auteur ? L’existence d’un nouveau whistleblower est donc probable puisque les informations recueillies proviennent d’un document élaboré par le National Counterterrorism Center (ou Centre national de l’antiterrorisme) daté d’août 2013, soit après le départ d’Edward Snowden d’Hawaï (en mai 2013 pour Hong Kong avant de trouver asile en Russie), il n’avait donc plus la possibilité d’avoir accès à ces documents.

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Le document en question, intitulé « Les réalisations stratégiques 2013 sur les identités terroristes », ne porte pas sur les pratiques de surveillance de la NSA et autres agences de renseignement mais sur une base de données compilant l’ensemble des individus soupçonnés de terrorisme ou connu comme tel. Ce système, baptisé Terrorist Identities Datamart Environment (Tide), comprendrait à ce jour plus d’un million de noms. Dans un autre, 680 000 personnes à travers le monde sont soupçonnées d’être impliquées dans des activités en lien avec le terrorisme dont 280 000 « n’ont pas d’affiliation reconnue à un groupe terroriste ». Sous la présidence Obama, cette base de données aurait particulièrement grossie et désormais, 47 000 personnes sont blacklistées (liste no fly) et ne peuvent donc embarquer sur un vol en partance ou à destination des États-Unis.

Ce document de douze pages, publié sur The Intercept, est étiqueté « Secret » et « NOFORN » (pour No Foreigner) ce qui signifie qu’il ne doit pas être diffusé et partagé avec un gouvernement étranger. Néanmoins, ce document a une qualification inférieure à la grande majorité de ceux subtilisés par Snowden qui portaient la mention « TOP Secret », grade le plus élevé regroupant les documents les plus sensibles du gouvernement.

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Bruce Shneier, cryptologue et sommité mondialement reconnue dans le domaine de la sécurité informatique, écrivait dimanche sur son blog : « Je pense qu’il y a un second leaker quelque part ». Ce à quoi Glenn Greenwald, qu’on ne peut soupçonner d’être mal renseigné, rétorquait: « Cela me semble clair sur ce point ».

Glenn Greenwald qui, en février 2013, dans une interview mais également dans son livre Nulle part où se cacher, ne doutait pas qu’Edward Snowden puisse « certainement » créer des vocations.
Sentiment partagé par Cory Doctorow : “Si c’est vrai, c’est une nouvelle importante, puisque Snowden a été la toute première personne à faire fuiter des documents de la NSA. L’existence d’une seconde source potentielle signifie que Snowden a peut-être inspiré certains de ses anciens collègues à prendre du recul et avoir un regard critique sur l’attitude cavalière de l’agence à l’égard de la loi et de la décence ».

La rumeur a repris de plus belle et vient donc d’être confirmée par des responsables américains à CNN ce 6 août. Ils seraient désormais convaincus de l’existence d’un nouveau leaker qui, à la manière de Snowden, entreprendrait de divulguer des documents secrets. En juin, Der Spiegel publiait une enquête sur la collaboration entre la NSA et les services de renseignement allemands (BND) dont les informations ne provenaient pas des documents d’Edward Snowden.

Cependant, à l’heure actuelle, rien ne permet d‘affirmer qu’il y a un lien entre les informations de juillet sur la surveillance du réseau Tor et Tails et ce nouveau lanceur d’alerte. Par ailleurs, l’importance des documents subtilisés par cette personne n’a pas été communiquée – Edward Snowden pour sa part s’était fait la malle avec quelque 1,7 million de documents (record à battre) – les responsables américains sont encore sur sa trace et cherchent à l’identifier.

La panique engendrée par la découverte d’une taupe dans ses rangs est donc en train de se reproduire. Qui est-il, que veut-il, que possède-t-il ? L’une des plus grandes craintes de l’administration américaine vient de se réaliser.
Après Chealsea Manning et Edward Snowden, voici donc qu’un autre de ses membres choisit de lever le voile sur les petits secrets de l’agence de renseignement américaine et ce, malgré une communication très dure à l’égard de Snowden. L’administration américaine n’a pas hésité à le qualifier de traître, à le traquer à l’autre bout de la planète, à exiger de plusieurs pays l’interdiction de survol de son territoire de l’avion présidentiel bolivarien, engendrant son atterrissage en catastrophe pour la fouille de l’appareil à la recherche d’un potentiel passager clandestin, etc. Quelle va être sa réaction face à ce nouveau camouflet ?

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Les États-Unis ont toujours décrit et tenté de faire passer ces personnes pour des solitaires, des gens simples d’esprit ou perturbés. Si Chelsea Manning a un profil psychologique plus complexe que Snowden, ce dernier a, dès le départ, expliqué et justifié son geste et ses motivations, de façon claire, posée, sans esprit de revanche mais dans une volonté d’alerter l’opinion sur l‘ampleur des opérations de surveillance des USA – exercées en son nom – afin de susciter un débat public mondial.
L’administration US est d’autant plus sous tension qu’elle n’a plus le soutien de la majorité de l’opinion et de la communauté internationale qui a subi de manière massive et continue sa surveillance.

Risque d’épidémie ?

Le pire pour l’administration américaine serait que Snowden ait crée des vocations. Cependant, si second whistleblower il y a, celui-ci ne semble pas pressé de sortir du bois, quand bien même les États-Unis seraient dotés d’une loi qui protège les lanceurs d’alerte contre les agences de renseignement… dont Edward Snowden ne peut se prévaloir.

Wanted Snowden

À la différence de Snowden, ce leaker ne semble pas prêt à livrer son identité, expliquer son geste et ses motivations dans une vidéo à l’attention du monde entier. Quelques grands journaux internationaux ne semblent pas non plus prêts à divulguer au compte-goutte et à un rythme soutenu les confidences de la NSA que ce second whistleblower aurait subtilisé. Enfin pour le moment du moins.

Christopher Soghoian de l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) s’alarme déjà de la manière dont cette affaire sera traitée et les conséquences possibles pour cette personne encore non identifiée :

« S’il y a un(e) second(e) lanceur d’alerte, personne ne lui rendrait service en confirmant quelles histoires ne proviennent pas des documents de Snowden. »




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