Blackberry et sa vision personnelle de la neutralité du net

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Par Elodie le

Alors que les FAI et opérateurs de télécoms livrent une bataille acharnée dans le débat sur la neutralité du net, qui continue de faire rage de l’autre côté de l’atlantique, Blackberry vient d’apporter sa pierre à l’édifice d’une bien surprenante manière, par la voix de son PDG, John Chen.

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Dans une lettre envoyée au Sénat américain, qui doit se prononcer sur la neutralité du net, le PDG de Blackberry, John Chen livre sa position sur le sujet et redéfinit la neutralité du net de façon toute personnelle.

Contrairement à BlackBerry qui permet aux utilisateurs d’iPhone de télécharger et d’utiliser notre service BBM [BlackBerry Messenger], Apple ne permet pas aux utilisateurs de BlackBerry ou d’Android [le système d’exploitation mobile de Google] de télécharger le iMessage d’Apple. Netflix, qui est un grand défenseur de neutralité du réseau, a discriminé les utilisateurs de BlackBerry en refusant de leur fournir son service de streaming de films.

Comme le note The Verge, le définition de la neutralité du net est « insuffisante » pour le PDG et ne doit pas seulement consacrer la non-discrimination dans le flux de données mais également dans les applications et services.

Pour rappel la neutralité du net est le principe selon lequel les FAI s’engagent en une égalité de traitement entre tous les flux de données transitant sur leur réseau, sans discrimination, quelle qu’elle soit. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent dérouler des voies rapides à un Nextlix, Youtube ou toute autre firme moyennant rémunération, ou brider un service par rapport à un autre et vous n’aurez donc pas à payer pour avoir un débit plus rapide. Ce qu’avait pourtant expliqué le pdg dans un premier temps avant de s’égarer.

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John Chen – PDG de Blackberry

Par conséquent, la neutralité doit s’appliquer aux applications et au contenu si nous voulons vraiment un Internet libre, ouvert et non-discriminatoire. Tous les clients Internet mobile doivent avoir la possibilité d’accéder aux applications et contenus qu’ils veulent, et les fournisseurs de ces applications/contenus ne doivent pas être autorisés à discriminer selon le système d’exploitation.

Car étendre la neutralité du net aux applications et services utilisant ce réseau parait un non sens et posent d’autres questions qui n’ont rien à voir avec ce principe. Qu’Apple créé des services qui ne peuvent fonctionner que sur ses terminaux ou des applications téléchargeables uniquement sur iPhone ou iPad, attrait à la politique stratégique de la firme.
Pour le PDG, les FAI sont des « transporteurs », ils sont « comme les chemins de fer du siècle dernier, en construisant des pistes pour acheminer le trafic dans tout le pays » et les applications sont les « voitures » circulant sur ce chemin de fer. Que tout le monde ait accès au chemin de fer sans discrimination est une chose, le choix de la voiture (dont l’offre est très large) en est une autre.

On imagine non sans mal la frustration du PDG qui doit se sentir isolé, les développeurs boudant sa plateforme, mais comme le résume bien The Verge :

Des connexions Internet fiables et rapides sont un service public nécessaire, un service sur lequel un nombre grandissant de personnes et d’entreprises s’appuient pour leur travail. iMessage, Netflix et n’importe quelle autre application qui manque à la plateforme incomplète de BlackBerry ne constituent pas –en tant que groupe– un besoin économique équivalent. Si BlackBerry veut que ces services tournent sur ses téléphones, sa meilleure stratégie serait de développer un meilleur système d’exploitation, ce qui attirerait plus d’utilisateurs et donc plus de développeurs.

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Pendant ce temps-là aux États-Unis, la bataille ne faiblit pas. Dans son discours de l’Union, Barack Obama a réaffirmé son « intention de protéger un internet libre et ouvert, étendre sa portée à chaque salle de classe, et chaque communauté et aider les gens à construire des réseaux plus rapides. ».

Dans cette optique il a demandé à la FCC de « neutraliser » les règles qui régissent les FAI et leurs confèrent une trop grande protection, la Commission doit se prononcer à ce sujet et celui de la neutralité du net en février. Si la plupart pressent une volonté de la FCC de consacrer Internet comme un « service public », FAI et opérateurs, soutenus par les Républicains, ne l’entendent pas de cette oreille et font pression pour que la Commission n’active pas « l’option nucléaire » en octroyant le droit à des municipalités de construire leur propre réseau Internet public.
Les Républicains opposent entre autre à cela l’argument du libre fonctionnement du marché mais aussi une décision de justice datant de janvier dernier qui dénie à la Commission l’autorité légale pour imposer la neutralité du net aux FAI.

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