[Robot] Avec leurs dummies, Dartmouth compte révolutionner le football américain et bien d’autres sports encore

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Par Elodie le

Créé par deux étudiants de Thayer, l’école d’ingénierie de Dartmouth, le robot Dummy alloué à l’équipe universitaire de football américain promet de révolutionner ce sport et nombre d’autres encore. Des muscles, beaucoup de cerveaux, la NFL et Will Smith inside. Une histoire comme seule l’Amérique sait en créer.

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L’évocation des robots du futur nous renvoie quasi exclusivement à des perspectives effrayantes que les films ou autres documentaires d’anticipation ne font qu’accentuer.
Quand le robot ne remplace pas in fine l’Homme sur la chaîne de production, le développement des IA les conditionne irrémédiablement à vouloir un jour, au mieux le réduire à l’esclavage, au pire l’exterminer devant l’obsolescence et l’inutilité patente de l’espèce humaine (Terminator, Matrix, Battlestar Galactica, etc.).

Cependant, certains robots sont également conçus pour remplacer l’homme… tout en lui rendant service. Le Mobile Virtual Player (MVP) fait le travail qu’aucun homme n’aimerait ou ne pourrait faire bien longtemps.

« 90 % des blessures et commotions surviennent à l’entrainement »

Imaginez-vous en face d’une ligne de footballeurs US, casqués, armurés, qui foncent vers vous, un à un, pour vous plaquer, encore, et encore, et encore. Les chocs à répétition que votre corps endure.
Réjouissant n’est-ce pas ? C’est là que le MVP, beau bébé d’1 mètre 80 pour 90 kilos, entre en jeu. Littéralement. Grâce à ce Dummy, ou mannequin d’entrainement, les joueurs peuvent s’entraîner aux plaquages sans risquer de blessures et commotions, légion dans ce sport.

Comme nous l’a expliqué Buddy Teevens, coach de l’équipe universitaire de football américain de Darthmouth rencontré sur le campus de l’université à Hanover, « 90 % des blessures et commotions surviennent à l’entrainement ». Les diminuer de 50 % offre des opportunités non négligeables, pour l’équipe, les joueurs et les différentes ligues (NFL, NCAA College football).
Mais allez trouver une alternative à ces exercices quand ils représentent une partie considérable de l’exercice de ce sport.

Dans un premier temps, sans solution, le coach Teevens a pris la décision radicale, voici 5 ans, d’arrêter tout plaquage effectué par ses joueurs lors des séances d’entrainement.
La nouvelle de cette décision radicale de stopper les plaquages player-on-player a fait l’effet d’une bombe, aussi bien au sein de son équipe que du côté des entraîneurs d’autres équipes qui le traitaient tantôt de « fou » ou « d’idiot ». Il a tout de même permis ces exercices sur des mannequins fixes et autres sacs d’entrainement.

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Frustré que ses joueurs ne puissent s’exercer sur un adversaire en mouvement, afin de coller au mieux à la pratique réelle, le coach s’est livré à John Currier, ingénieur en recherche et professeur à la Thayer School of Engineering de Dartmouth.

Deux étudiants de Thayer, Elliot Kastner et Quinn Connell respectivement ancien joueur de Big Green (le nom donné à l’équipe de football US de Dartmouth) et de l’équipe de rugby, ont alors eu l’idée de développer ce dummy comme projet de fin d’études.
Ses premiers pas ont été effectués le 26 août. Depuis, c’est une véritable déferlante qui s’abat sur Dartmouth, vainquant toutes les réticences.
Contrôlé à distance via une télécommande, le robot, qui existe en deux exemplaires, peut s’adapter à toutes les phases de jeu et simuler un adversaire en mouvement au cours des entraînements.

Si la partie technique reste confidentielle, elle est actuellement en train d’être brevetée, Elliot Kastner assure qu’elle est flexible : les changements et améliorations étant très faciles à appliquer au fur et à mesure des différents retours formulés par les joueurs, finalement conquis, et du staff de l’équipe.


[La vidéo publiée par le récemment nommé capitaine de rugby de l’équipe olympique des États-Unis, Madison Hughes (fraîchement diplômé de Dartmouth) est devenue virale en quelques heures et a grandement contribué à populariser le Dummy.]

Deux semaines après ses débuts officiels, la 4e version du dummy foulait la pelouse du Dartmouth field avec le plein assentiment de l’équipe, comme nous la confié Brian Grove, running back et également ingénieur.

Aujourd’hui, Kastner et Connell souhaiteraient peaufiner un peu plus leur création afin de rendre son contrôle plus aisé et ses mouvements toujours plus réalistes. De même, ils souhaiteraient en faire une version plus petite, nombre d’enfants pratiquent ce sport dans les écoles, c’est donc un enjeu majeur pour que ce sport continue à être pratiqué dans les meilleures conditions et surtout, en toute sécurité.

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Ce Dummy, qui ne coûte que 3 500 dollars à fabriquer – une pacotille, pourrait intéresser nombre d’institutions, d’écoles et d’équipes, aussi bien de football américain que de rugby, à travers le monde. Les opportunités sont assez phénoménales.

Pour Buddy Teevens, « à moins que nous ne changions la façon dont nous enseignons ce jeu, nous n’aurons plus de jeu à enseigner. »

Des paroles qui font écho à celles de Barack Obama, prononcées quelques jours avant le Superbowl, la grande messe du football US :
« Je suis un grand amateur de football américain, mais je dois vous dire que si j’avais un fils, je réfléchirais longtemps avant de le laisser pratiquer ce sport », avait-il alors confié au journal The New Republic.

La NFL a payé des millions de dollars, poursuivie par plus de 5 000 anciens joueurs

Ajoutant, « On entend des histoires à propos de joueurs universitaires qui subissent plusieurs de ces mêmes problèmes, avec des commotions et ainsi de suite et ils n’ont aucun recours. »

Le robot de Dartmouth pouvant être une (grande) partie de la solution, quand bien même les chocs et plaquages lors d’un match sembleraient bien difficiles à éviter.

La NFL (Ligue Nationale de Football) s’est d’ores et déjà montrée intéressée par le sujet et est venue sur le campus constater de ses propres yeux. Après des années de poursuites judiciaires intentées par plus de 5 000 anciens joueurs de la ligue lui reprochant les séquelles irréversibles (dont des commotions cérébrales), sciemment dissimulées, engendrées par la pratique de ce sport, cette dernière a consenti à la signature d’un accord d’un montant d’un milliard de dollars pour les joueurs et leur famille. Une class action entamée après le suicide d’anciens joueurs.

Parmi ces séquelles, la CTE, (chronic traumatic encephalopathy ou encéphalopathie traumatique chronique en VF), un type de commotions cérébrales (autrement appelées traumatismes crâniens). Une maladie diagnostiquée par le docteur Bennet Omalu. Le premier à avoir fait le lien entre les chocs répétés subis par les joueurs, menant à des commotions, et les dommages à long terme observés sur leur cerveau. Une vérité que peu étaient prêts à attendre et qui fait l’objet d’un film justement nommé Concussion avec Will Smith dans le rôle du docteur lanceur d’alerte.

Les mails hackés de Sony Pictures lors de l’attaque informatique massive perpétrée en novembre dernier, dont le New York Times se fait l’écho, révèlent d’ailleurs que le studio a cherché à « adoucir » le scénario et sa commercialisation pour ne pas s’attirer les foudres de la NFL, O combien puissante Outre-Atlantique.

« Des moments peu flatteurs pour la NFL » ont ainsi été modifiés ou supprimés selon un email envoyé en août 2014. En somme, il ne fallait pas en faire un film à charge. Ce que dément formellement Sony ainsi que le réalisateur du film Peter Landesman.
Quoi qu’il en soit, le film doit sortir en décembre 2015 aux États-Unis (le 2 mars 2016 en France), une apparition à la fin du film, comme une sorte d’épilogue porteur d’espoir et de changements, serait bienvenue pour le MVP et le staff de l’équipe. La sortie du film étant l’occasion idéale pour populariser le sujet et le robot avec.

Et pourquoi pas voir un Dummy arpenter le tapis rouge lors de la première du film. Un happy end made in USA.

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De g à d : Buddy Teevens, EC, Elliot Kastner, John Currier