Wikileaks publie les emails personnels de John Brennan, directeur de la CIA

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Par Elodie le

Le site Wikileaks publie les documents censés provenir de la messagerie personnelle du directeur de la CIA John Brennan, piratée récemment par un jeune hacker.

 JIM WATSON/AFP/Getty Images)
JIM WATSON/AFP/Getty Images

Il n’aura pas trainé. Mercredi 21 octobre, le site Wikileaks publie une série de documents censés provenir de la messagerie AOL de John Brennan, « utilisée occasionnellement pour des projets liés au Renseignement », explique le site.

Une fuite qui intervient seulement quelques jours après qu’un jeune lycéen a affirmé au New York Post et sur Twitter avoir piraté la boite mail du directeur de la CIA.

Une intrusion confirmée par l’agence de renseignement américaine : « un délit » perpétré avec des « intentions malveillantes ».

Les 6 documents publiés sont datés d’entre 2007 et 2009, période à laquelle John Brennan n’était pas encore directeur de la CIA. Cette dernière assurant qu’il n’y a « aucune indication que les documents publiés jusqu’à maintenant soient classés confidentiels ».

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Que contient cette première salve de documents ?

— Le document leaké le plus sensible pour le moment et le plus embrassant pour John Brennan est sans doute le formulaire SF-86 complété en 2008, pour une vérification de ses antécédents.

Rempli par toute personne souhaitant se voir accorder une accréditation secret défense afin d’accéder à des documents sensibles, ce formulaire contient un ensemble d’informations très personnelles : le nom, l’âge, le sexe, le numéro de sécurité sociale, les informations du passeport, assurance-vie éventuelle, l’historique familial, le statut marital, les anciens lieux de résidence, les éventuels prêts contractés, les antécédents médicaux, le nom des enfants, des proches et même des voisins, les contacts avec des ressortissants étrangers, etc.

Wikileaks l’a publié dans son intégralité, sans l’avoir expurgé ou même effectué une quelconque censure. Comme de coutume avec le site, régulièrement blâmé pour cela. Certains lui reprochant de livrer en pâture le nom des personnes citées dans plusieurs documents publiés, mettant leur vie en danger.

À cette date, Brennan était à la tète d’une société spécialisée dans le renseignement, The Analysis Corp (TAC) selon Wikileaks, la biographie publiée par la CIA précise qu’il travaillait dans le secteur privé.

— Un document, intitulé « Énigme de l’Iran », est un mémorandum sur la place stratégique de l’Iran sur la scène mondiale au cours des prochaines décennies, suivi de recommandations adressées à Barack Obama avant sa toute première prise de fonction en janvier 2009.
Transparait déjà la nécessité de dialoguer et négocier avec l’Iran

— Deux documents datés de mai et juillet 2008 évoquent la torture. L’un attribué au vice-président de la Commission du Sénat sur le renseignement, Christopher Bond, expliquant comment rendre les méthodes d’interrogatoire « conformes » et « légales ». Ainsi, plutôt que d’énumérer toutes les pratiques autorisées, tous les types d’interrogatoires doivent être considérés comme conformes tant qu’ils ne sont pas explicitement interdits par le manuel des opérations de l’Armée (Army Field Manual).

— l’autre est un projet de loi intitulé « Loi sur les limites des techniques d’interrogation » listant explicitement les techniques d’interrogatoires interdites et précédemment citées dans le document de la Commission, comme le waterboarding (simulation de noyade), les simulations d’exécutions ou obligation de pratiquer des actes sexuels.

— un autre document rédigé par Brennan appelle à une meilleure coopération inter-agences.

Dans un contexte post Guerre Froide et 11 septembre, il propose de nommer, pour 10 ans, le directeur de la CIA et le directeur du renseignement national évitant ainsi les « nominations politiques partisanes » tout en « garantissant la continuité nécessaire à la tête du renseignement américain », peut-on ainsi lire.

— Le dernier document est un fax datant de 2008 relatant la querelle juridique entre la CIA et la société TAC, qui a perdu un appel d’offres.

Cette fuite est un nouveau camouflet pour le renseignement américain après une série de déconvenues similaires. Wikileaks a déjà publié une quantité colossale de rapports militaires (500 000 documents) sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan ainsi que 250 000 câbles diplomatiques US transmis par l’ex-analyste Chelsea Manning (condamnée à 35 ans de prison).

Edward Snowden a mis à jour le système de surveillance tentaculaire de l’agence de sécurité nationale, la NSA.

L’ancien boss de la CIA a lui-même été condamné à 2 ans de prison avec sursis pour avoir transmis des documents confidentiels à sa biographe et maîtresse.

L’administration US a également été victime de plusieurs cyberattaques visant l’OPM. Le bilan, dévastateur, se chiffre en millions de données personnelles de fonctionnaires américains subtilisées (dont le formulaire SF-86) ainsi que 5,6 millions d’empreintes digitales dans la nature.

Wikileaks a d’ores et déjà annoncé qu’il publierait d’autres documents dans les prochains jours.

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