Analyse : les opérateurs communiquent sur l’achat de fréquences 4G

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Nous en parlions hier, l’ARCEP a mis aux enchères et vendu des bandes de fréquences 4G ces deux derniers jours. Le journal “Le monde” indiquait hier en milieu de journée que Free et Orange avaient obtenu 2 bandes de 5 MHz chacun, pour 932 millions d’euros et que les deux autres opérateurs (Bouygues et SFR) avaient eux obtenu 1 bande chacun pour 466 millions d’euros.

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Cette information avait été confirmé dans la soirée par l’ARCEP, suivie de peu par les 4 opérateurs qui, sans surprise, sont tous ravis du résultat de cette enchère. Il est normal que les opérateurs, quel que soit le résultat de la vente pour chacun d’entre eux, communiquent de façon positive, mais il est aussi très intéressant de voir quels sont les axes utilisés par les opérateurs pour défendre leur résultats.

Pour orange :

Les fréquences basses, caractérisées par d’excellentes qualités de propagation, sont indispensables pour le plan Essentiels2020 d’Orange qui vise une expérience client incomparable, dans un contexte de croissance exponentielle du trafic. Les fréquences 700MHz serviront à renforcer la capacité et les débits du réseau très haut débit mobile d’Orange pour offrir la meilleure qualité de service, particulièrement à l’intérieur des bâtiments et dans les zones rurales, et à préparer l’introduction de la 5G dès que cette technologie sera disponible.

On pourrait presque dire que l’opérateur historique est pragmatique dans son communiqué, même si l’opérateur commence bien dans le début de son communiqué par parler de sa position de numéro 1 et de la largeur de son portefeuille de fréquence, il revient très vite sur des considérations beaucoup plus terre à terre. C’est le seul opérateur à avancer directement dans le communiqué l’utilité concrète de cet achat alors qu’il s’agit sûrement d’un des opérateurs qui en avait le moins besoin. Notons aussi qu’Orange parle déjà de la 5G et se permet un petit commentaire sur le prix de ces bandes, qu’il considère comme correspondant au marché européen.

Pour Free :

Iliad est le 1er investisseur parmi les opérateurs télécoms français en consacrant près de 28% de son chiffre d’affaires à ses investissements. Free Mobile couvre aujourd’hui près de 60% de la population française en 4G avec 5 400 sites en service dont la majorité est raccordée en fibre optique, ce qui permet à ses abonnés de bénéficier du meilleur débit descendant 4G*.

Le plus jeune des opérateurs ne communique pas du tout de la même manière que le plus ancien, même si les deux ont obtenu deux bandes de fréquence. Alors qu’Orange est plus pragmatique dans sa communication, Free choisi les chiffres qu’il avance, même s’ils ne sont pas directement en rapport avec la vente, ou alors un peu sortis de leur contexte. Ainsi quand Free avance que 28% de son chiffre d’affaires est investi, il faut bien rappeler que Free est un jeune opérateur en train de construire son réseau et qu’il est donc nécessaire que la marque investisse massivement, de plus, le chiffre d’affaires de Free n’est pas vraiment comparable avec celui d’Orange. En terme de quantité d’argent, il n’est pas dit que Free investisse plus que les autres.

Pour Bouygues :

Ainsi, en prenant en compte les fréquences 900 et 2100 MHz, le patrimoine spectral de Bouygues Telecom représente désormais 25% des ressources disponibles, soit le meilleur ratio MHz/client du marché.

Bouygues est beaucoup plus concis dans son communiqué et profite de la bonne réputation de son réseau pour continuer à communiquer dans ce sens-là. L’opérateur indique qu’il dispose du meilleur ratio MHz/client, ce qui n’est pas vraiment un véritable atout en soi, mais force est de constater que l’opérateur n’a pas l’habitude de faire dans la demi-mesure quand il s’agit de mettre en place son réseau.

Pour SFR :

Le portefeuille de fréquences basses du Groupe comprend désormais 25 MHz au total, réparti en 5 MHz dans la bande de 700 MHz, 10 MHz dans la bande 800 MHz et 10 MHz dans la bande 900 MHz. Associées aux 55 MHz que possède le Groupe dans les fréquences hautes, le portefeuille total de SFR compte désormais 80 MHz (post refarming 1800 MHz), ce qui en fait le portefeuille le plus pertinent du marché.

Je dois bien avouer que le communiqué de SFR est selon moi le plus intrigant, l’opérateur se contentant de parler de l’investissement le plus pertinent du marché, sans prendre la peine de préciser en quoi ce portefeuille serait plus pertinent que ceux de la concurrence. Le groupe indique aussi que cela conforte sa position de leader dans le très haut débit en France… Alors que les autres opérateurs n’arrêtent pas de critiquer Numéricable-SFR pour sa promotion de la fibre optique câblée (FTTB), moins performante que la fibre jusqu’au consommateur (FTTH).

Au bout du compte, on se rend compte que même si l’achat de bandes de fréquences est toujours nécessaire pour les opérateurs pour ne pas prendre de retard par rapport à la concurrence et pour mettre en avant leur réseau, il n’est pas forcément évident pour tous les opérateurs de le justifier. De plus, les opérateurs savent très bien que si communiquer sur l’achat de nouvelle fréquence est quasiment obligatoire (d’où ces communiqués) il n’est pas dit que ces achats se répercutent tout de suite pour les utilisateurs. C’est bel et bien l’installation de nouvelles antennes et infrastructures qui fera le succès de ces nouvelles fréquences. Cependant, pas un mot de la part des opérateurs sur ce sujet.