[Critique] Mauvaise Graine

Cinéma

Par Fabio le

Représentant italien pour l’Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère, Mauvaise Graine raconte le destin de deux jeunes transalpins prisonniers de leur vie de petit caïd drogué.

En ce début 2016, le duo a le vent en poupe. Après Belgica et Les Ardennes, deux (bonnes) réalisations belges qui ont mis à l’honneur des fratries – pour le meilleur et surtout pour le pire -, c’est au tour de Mauvaise Graine de témoigner des difficultés de la jeunesse à trouver sa place. Pour Cesare (interprété avec brio par Luca Marinelli) comme pour Vittorio (Alessandro Borghi), celle-ci se situe d’abord à la marge. Le parcours des deux garçons est balisé : c’est le « petit coup » au bistrot le matin, la sieste ou la partie de football l’après-midi, l’alcool fort, la drogue et les flirts quand vient la nuit tombée. Les personnages ne semblent alors pas pouvoir s’éloigner de leur quotidien de sale gosse de la banlieue romaine, jusqu’au moment où l’hallucination de trop survient chez Vittorio, qui décide (d’essayer) de quitter cet univers d’émotions kaléidoscopiques pour embrasser une vie de travail, plus digne et plus utile.

À partir de là, Mauvaise Graine devient une épopée au plus intime des deux personnages qui excellent devant la caméra du réalisateur italien. De la routine destructrice mais (paradoxalement) rassurante naît alors un fol espoir, et à l’argent facile se substitue brusquement l’argent qui se mérite. C’est ici que la relation entre les deux amis en prend un coup et devient le(s) nœud(s) du récit. Mauvaise Graine devient tour à tour une histoire d’amour, puis de haine, chassé-croisé – parfois énervant – entre ombre et lumière, entre drogue et travail précaire, et dans lequel les deux « frères », comme deux extrémités d’un élastique, s’étirent et se retrouvent, avant de s’éloigner de plus belle.

mauvaisegraine

Derrière son côté film de (petit) gangster, Mauvaise Graine est en réalité une épopée psychologique et sensible, qui peut malheureusement irriter par ses nombreux allers et retours entre espoir et rechute (plus une bande-annonce qui pourrait faire croire à un film plus punchy qu’il ne l’est). Reste que le jeu des acteurs est impeccable, et la caméra au plus près de leurs émotions. Un film humaniste qui résume bien de quoi est faite une vie humaine, en somme, d’espoirs fous et de hasards malheureux.
Mauvaise Graine, en salles le 11 mai