Le chiffrement mis à mal en Russie

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Par Elodie le

Les députés russes proposent d’obliger les FAI et éditeurs à fournir un moyen de déchiffrer les communications au FSB, les services secrets, afin de lutter contre le terrorisme. Whatsapp, Viber mais aussi Telegram sont ciblés.

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C’est dans le cadre de l’examen d’une loi anti-terroriste que les députés russes ont déposé une proposition de loi visant à inclure une backdoor dans toutes les applications de messageries chiffrées, afin que le FSB, le successeur du KGB, puissent avoir accès à l’ensemble des communications passées dans le pays. Et ce, à des fins de lutte contre le terrorisme.

Whapsapp, Viber ou encore Telegram, qui proposent le chiffrement de bout-en-bout sur leurs services, sont particulièrement visés par cette loi. Le texte, déposé à la Douma, la chambre basse du Parlement de Russie, a déjà obtenu l’aval du Comité de la Douma pour la sécurité et la lutte contre la corruption.

Les amendes encourues par les entreprises contrevenantes s’élèvent à 1 million de roubles, soit 14 000 euros. Pas de quoi faire trembler ces géants de l’high-tech. Pour un citoyen lambda en revanche l’amende peut atteindre 3 000 roubles (41 euros) pour un particulier ou 5000 roubles (70 euros) pour un fonctionnaire qui refuserait de fournir sa clé de chiffrement.

Avec la crise économique qui frappe la Russie, accentuée par des mesures de sanctions de l’Union européenne imposées en marge du conflit ukrainien, le salaire moyen russe a chuté de 6,1 % en un an, passant de 1 058 dollars par mois en 2012 à 433 dollars aujourd’hui.

Supportrice de la mesure, la sénatrice russe Elena Mizula, également à l’origine de l’interdiction de la propagande homosexuelle en 2013, appelle à l’adoption du projet de loi pour protéger la jeunesse. Selon elle, des extrémistes utilisent ces messageries pour « laver le cerveau » des adolescents et les inciter à en découdre avec les autorités.

« Nous devrions peut-être revoir l’idée d’un filtrage préalable », a-t-elle proposé notamment pour bloquer la diffusion de message délivrant des méthodes de suicide. Une proposition qui se heurte au chiffrement de bout-en-bout, comme l’a rappelé le ministre des Communications Nikolai Nikiforov.

Fragiliser le chiffrement par l’implémentation de backdoors reviendrait à affaiblir la sécurité des infrastructures et entreprises russes.

Un débat au long cours toujours d’actualité aux États-Unis, où la bataille entre le FBI et Apple autour de l’iPhone de San Bernardino a donné lieu à une guerre de tranchées entre les agences gouvernementales US et l’industrie high-tech. La France et le Royaume-Uni ne sont pas en reste et ont également tenté de s’attaquer au chiffrement avec plus ou moins de réussite.

Quelle que soit la mesure adoptée, subsiste toujours la même problématique : il n’existe pas de porte dérobée uniquement accessible aux forces de l’ordre et personne bien intentionnée, comme l’avait rappelé Tim Cook. Affaiblir le chiffrement et intégrer une backdoor, c’est offrir la possibilité à des hackers ou des gouvernements étrangers de s’en servir. Pour des conséquences tout aussi néfastes.

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